On appelle ça l'effet rebond. Et il est écologiquement désespérant. Ce rebond, c'est celui du consommateur qui, lorsqu'il dispose d'un appareil électrique plus performant, moins énergivore, tend à l'utiliser un peu plus et à annuler ainsi une partie de son économie d'énergie. Les propriétaires de panneaux photovoltaïques ne sont pas épargnés par cet effet rebond, selon une étude d'Axel Gautier et Julien Jacqmin (HEC-Liège) publiée dans la dernière livraison des Regards Economiques de l'Ires (Institut de recherches économiques et sociales). Sur un échantillon représentatif de 800 ménages, 19% confient en e...

On appelle ça l'effet rebond. Et il est écologiquement désespérant. Ce rebond, c'est celui du consommateur qui, lorsqu'il dispose d'un appareil électrique plus performant, moins énergivore, tend à l'utiliser un peu plus et à annuler ainsi une partie de son économie d'énergie. Les propriétaires de panneaux photovoltaïques ne sont pas épargnés par cet effet rebond, selon une étude d'Axel Gautier et Julien Jacqmin (HEC-Liège) publiée dans la dernière livraison des Regards Economiques de l'Ires (Institut de recherches économiques et sociales). Sur un échantillon représentatif de 800 ménages, 19% confient en effet avoir vu leur consommation électrique augmenter depuis l'installation de panneaux photovoltaïques. Les deux chercheurs lient cet effet rebond au mécanisme de financement des prosumers (ceux qui sont à la fois consommateurs et producteurs d'électricité). " Les certificats verts ont incité les ménages à construire des installations de relativement grande taille, produisant plus que leur consommation historique, écrivent-ils. Le compteur qui tourne à l'envers les a ensuite incités à consommer leur surplus de production car ceux-ci ne sont pas valorisés par le GRD (gestionnaire de réseau). " On préfèrera, par exemple, utiliser l'électricité " gratuite " pour alimenter un chauffage électrique d'appoint plutôt que de relancer la chaudière au gaz ou au mazout. En moyenne, un ménage qui installe des panneaux photovoltaïques d'une capacité supérieure à sa consommation historique verra sa consommation augmenter de 35% après l'installation. On est vraiment loin des objectifs poursuivis... Axel Gautier et Julien Jacqmin avancent dès lors une double proposition de révision de la tarification, afin d'orienter les comportements. La première vise à rendre la redevance pour l'utilisation du réseau un peu moins dépendante des volumes consommés et un peu plus de la puissance maximale effectivement utilisée. " La mise en place d'un tarif de pointe encourage les ménages à déplacer leur consommation de pointe et à lisser leur consommation ", écrivent-ils. A l'heure actuelle, 95 % de la facture des ménages wallons est calculée sur base volumétrique contre 70% au niveau européen. La seconde remplace le système du compteur qui tourne à l'envers par un compteur à double flux, qui distingue les prix d'achat et de vente de l'électricité. Le GRD payerait ainsi au prix de gros - et non plus de détail - l'électricité injectée par les prosumers. Le cas échéant, le prix d'injection pourra être majoré pour maintenir la rentabilité des investissements photovoltaïques, précisent Axel Gautier et Julien Jacqmin. " Il sera alors possible de mieux valoriser l'énergie verte décentralisée, par exemple en variant les prix de rachat de l'électricité injectée par les prosumers en fonction des prix du marché et des économies induites en termes d'émissions carbone, concluent-ils. Grâce à ce changement de tarification, les prix pourront mieux jouer leur rôle de signal et encourager les bons comportements de la part de l'ensemble des consommateurs. "