Neuf points sur 30. En 10 matchs de championnat, le Royal Sporting Club d'Anderlecht n'a empoché que neuf petits points cette saison et stagne désespérément en fond de classement. Au stade Constant Vanden Stock fraîchement rebaptisé Lotto Park par le président Marc Coucke (1,35 million d'euros empoché pour ce naming), la crise n'a jamais été aussi profonde et les supporters exigent aujourd'hui la résurrection.

Leur désolation est d'autant plus palpable que les espoirs étaient immenses au moment de la reprise du club mauve et blanc, fin 2017, par le serial entrepreneur flamand. Avec un tel homme d'affaires à sa tête, garant de succès à répétition (Omega Pharma, Mithra, Pairi Daiza, Durbuy, etc.), Anderlecht ne pouvait que prétendre à un nouveau titre de champion de Belgique et renouer, pensaient les fans, avec les hautes sphères européennes pour y jouer un joli rôle d'outsider.

Patatras ! Un an et demi après l'arrivée effective de Marc Coucke à la tête du club bruxellois (le businessman est officiellement entré en fonction le 1er mars 2018), Anderlecht n'est plus que l'ombre de lui-même. Le Sporting a non seulement déçu ses supporters par son jeu insipide, mais il a surtout terminé à la dernière place des play-offs la saison dernière, ce qui l'a privé de Coupe d'Europe, une première pour les Mauves depuis... 55 ans ! Outre le camouflet sportif, c'est aussi un coup dur pour l'entreprise anderlechtoise qui voit ainsi s'évaporer plusieurs millions d'euros traditionnellement livrés par cette compétition de prestige.

Deux messies sinon rien

Certes, le mauvais souvenir d'une absence européenne aurait pu être rapidement effacé puisque cette désastreuse saison s'est terminée par une annonce spectaculaire censée redonner de l'espoir aux fans d'Anderlecht : le retour de Vincent Kompany, enfant chéri du club, ancien capitaine de Manchester City et des Diables Rouges, avec cette fois la double casquette de joueur-manager au Parc Astrid. Mais là non plus, la greffe n'a pas pris en ce début de championnat 2019-2020 et l'équipe a continué de sombrer, multipliant les défaites cinglantes et les critiques acerbes.

Anderlecht est privé cette saison de Coupe d'Europe, une première pour les Mauves depuis... 55 ans !

Débordé, " Vince The Prince " s'est cherché, blessé, perdu. Jusqu'à cet ultime coup de poker annoncé il y a quelques jours à peine : l'arrivée ou plutôt le retour au bercail d'un " nouveau " sauveur en la personne de Franky Vercauteren, Anderlechtois de coeur, qui endossera le costume d'entraîneur principal pour le prochain match des Mauves prévu le 20 octobre. Sa présence discrète en tribune vendredi dernier à Charleroi semble toutefois avoir déjà servi d'électrochoc : les Mauves ont enfin renoué avec la victoire et empoché trois points lors de leur dernière rencontre de championnat.

La morale de cette histoire qui est loin d'être terminée ? Elle est floue, évidemment, mais elle est surtout truffée de questions. Un redoutable homme d'affaires fait-il un excellent président de club ? Doit-il ou, du moins, peut-il gérer son entreprise footballistique comme une firme classique ? Et s'il fait correctement le job d'un point de vue financier ou managérial, est-il forcément responsable des piètres résultats sportifs de son équipe ? Nous aurions aimé poser ces questions au principal intéressé, mais Marc Coucke n'a pas donné suite à notre demande d'interview. C'est donc vers d'autres acteurs, dirigeants, entrepreneurs, présidents et spécialistes du ballon rond que nous nous sommes tournés pour tenter d'y répondre.

Tirez pas sur l'ambulance !

Premier constat indéniable : Marc Coucke est venu à Anderlecht avec de réelles ambitions. Peu après son intronisation, le président a exposé son plan de gestion pour le club bruxellois en véritable chef d'entreprise, privilégiant le cap de l'équilibre financier et la nécessité de transformer son stade en un lieu phare du networking pour les sociétés et les hommes d'affaires. Offre horeca nettement " upgradée ", tribune agrandie pour le kop des supporters (1.000 places supplémentaires), système cashless introduit sur place, etc. : l'effet Marc Coucke s'est très vite fait ressentir à Anderlecht au niveau du business, laissant ainsi présager le meilleur sur le plan sportif.

Pourtant, au niveau footballistique, la sauce n'a pas pris et l'équipe a fini par quitter progressivement la tête du classement malgré " l'effet Kompany ". Est-ce la faute à " pas de chance " ou bien le fruit d'une mauvaise gestion opérationnelle ? " Il ne faut pas tirer sur l'ambulance, prévient d'emblée Bruno Venanzi, président du Standard depuis juin 2015. Diriger un club de football n'est pas un métier facile. On est soumis à une pression constante car, contrairement à un business classique, il y a une dimension court-termiste qui est réellement oppressante, surtout lorsqu'on est à la tête d'un club véritablement national comme Anderlecht, Bruges ou le Standard qui sont des marques fortes et qui ont des clubs de supporters dans tout le pays. Vous perdez deux matchs de suite et c'est immédiatement la crise ! Or, dans toute reprise de société, on a besoin d'un peu de temps pour la réorganiser et surtout pour mettre en place la structure des ressources humaines. "

Bruno Venanzi, président du Standard: "Diriger un club de football n'est pas un métier facile. Il ne faut pas tirer sur l'ambulance", dit-il à propos de Marc Coucke à Anderlecht. © BELGAIMAGE

Laisser du temps au temps

Cofondateur du fournisseur d'énergie verte Lampiris au début des années 2000, Bruno Venanzi se montre d'autant plus compréhensif à l'égard de Marc Coucke qu'il a enduré les mêmes difficultés peu après son arrivée au Standard : " La situation financière n'était pas bonne et mon équipe s'est également retrouvée à la dernière place du classement dès les premières semaines, se souvient le président du club liégeois. Mais nous avons finalement réussi à mettre une structure en place. Depuis un an, les comptes sont à l'équilibre et, sur le plan sportif, les résultats sont bons. A Bruges, Bart Verhaeghe a vécu aussi la même chose lorsqu'il a repris, en 2011, un club en difficulté. Il a souffert les premières années, mais ce qu'il a accompli depuis est tout à fait remarquable et le club est aujourd'hui en très bonne santé financière ".

Champion en 2016 et en 2018 (il ne l'avait plus été depuis 2005), le Club de Bruges est en effet cornaqué par le CEO du groupe immobilier Uplace et il est aujourd'hui devenu la référence belge en matière de réussite sportive et économique. Les Blauw en Zwart ont fini par creuser l'écart avec Anderlecht sur les deux tableaux et, après un dernier mercato particulièrement rémunérateur, le club peut désormais viser les 120 millions de budget annuel suite aux retombées financières de sa participation à la très lucrative Ligue des Champions, là où tous ses concurrents de la Jupiler Pro League disposent d'une enveloppe budgétaire qui varie aujourd'hui entre 10 et 50 millions d'euros par an.

Erreurs d'appréciation

La situation problématique d'Anderlecht ne serait-elle dès lors qu'un mauvais moment à passer ? Pas si sûr. Dans les couloirs du Lotto Park, certains pointent tantôt " une méthodologie de gestion beaucoup trop instinctive ", tantôt " la duplication d'un modèle inadapté " dans le chef de Marc Coucke. Avant de reprendre le club bruxellois, l'entrepreneur flamand était en effet le président du KV Ostende qu'il a joliment redynamisé. " Il a cru qu'il pourrait appliquer la même recette magique au Parc Astrid, mais il a complètement sous-estimé l'enjeu, analyse cet expert du football. Anderlecht n'a pas du tout la même caisse de résonance. Or, Coucke ne s'est pas bien entouré pour affronter ce vaste chantier de rénovation du club ( pour le dernier exercice disponible, à savoir la saison 2017-2018 où Marc Coucke n'a été actif que durant trois mois, le club bruxellois a affiché une perte opérationnelle de 5,2 millions d'euros, Ndlr) ."

Le facteur humain est beaucoup plus difficile à gérer dans un club que dans une entreprise." Salvatore Curaba (Easi)

Sociologue du sport à l'ULB, le professeur Jean-Michel De Waele connaît bien les coulisses du football belge et se dit peu surpris des difficultés qu'endure aujourd'hui Marc Coucke au Parc Astrid. " Lorsqu'il a racheté le Sporting d'Anderlecht, l'enthousiasme était unanime et les médias ont présenté cela comme un coup de génie, se souvient l'auteur du livre Football et identités. Il était alors extrêmement difficile de donner une opinion discordante. Or, ce n'est pas parce que l'on arrive à rouler avec une petite voiture à Ostende que l'on peut conduire une Ferrari à Anderlecht ! Ce n'est pas la même chose ! Le problème des entrepreneurs qui débarquent dans le foot, c'est qu'ils perdent complètement leur rationalité. Ils pensent tout connaître de cet univers pourtant très singulier et, même s'ils peuvent être très rationnels dans leurs propres affaires, ils deviennent totalement émotionnels lorsqu'ils arrivent dans un club du foot. Ils manquent souvent d'analyse et de profondeur, et ils multiplient les erreurs d'appréciation. Le gros problème de Marc Coucke, c'est qu'il n'a pas réussi à s'entourer de contradicteurs. Or, il faut pouvoir challenger les idées, mais visiblement, le sens critique est rarement admis à l'intérieur des clubs ".

Fabien Debecq, président du Sporting de Charleroi " En tant que président du club et investisseur, j'ai beaucoup de chance d'avoir un top manager comme Mehdi Bayat ." © PHOTONEWS

Trouver le bon équilibre

Maîtriser l'émotionnel et surtout être capable de déléguer les tâches stratégiques à des personnes compétentes qui ne sont pas nécessairement supporters du club et qui peuvent donc jouer le rôle de contradicteur : voilà les recommandations qui reviennent régulièrement de la part des acteurs gravitant dans les hautes sphères du football.

Patron de la société QNT, spécialisée dans les compléments alimentaires, Fabien Debecq est également propriétaire et président du Sporting de Charleroi depuis 2012 et il a su précisément trouver cet équilibre délicat qui fait que les Zèbres ont fini par renouer avec le succès, tant sur le plan sportif que financier. Avec son complice Mehdi Bayat, administrateur délégué du club, il a pu en effet mettre en place une stratégie payante en laissant de côté la dimension émotionnelle. " Je suis un Carolo pure souche et j'ai racheté le Sporting qui était en faillite virtuelle pour en faire un challenge personnel et redonner une fierté, mais aussi le goût d'entreprendre aux Carolos, confie Fabien Debecq. Je peux évidemment apporter mon expérience dans l'aventure en tant que patron de QNT, mais c'est Mehdi qui fait véritablement tourner la machine au quotidien. En tant que président du club et investisseur, j'ai beaucoup de chance d'avoir un top manager comme lui. Cela me permet de prendre du recul et de ne pas verser dans l'émotionnel car je suis évidemment supporter des Zèbres. Bref, notre duo à Charleroi est une bonne fusion entre deux personnes qui respectent chacune leur position. C'est peut-être ça le secret de la réussite ".

Au moment du rachat en 2012, le Sporting de Charleroi affichait une perte de 4,8 millions d'euros et des fonds propres négatifs évalués à plus de 3 millions d'euros. Aujourd'hui, le club est devenu une entreprise saine avec un chiffre d'affaires qui a quintuplé depuis la reprise (près de 27 millions d'euros pour l'exercice 2017-2018), générant un bénéfice de 2 millions avec des capitaux propres renforcés à 6,5 millions pour cette saison-là. Bref, une belle réussite made in Charleroi.

Un métier compliqué

Redonner de la fierté à une ville et à une région à travers la réussite ou du moins, dans un premier temps, la renaissance d'un club de football, tel était aussi l'objectif de Salvatore Curaba lorsqu'il a ressuscité la RAAL La Louvière en 2017. Ancien joueur professionnel, cet entrepreneur a fondé, il y a 20 ans, la société de services informatiques Easi qui compte aujourd'hui 250 employés et qui vient d'être honorée du titre de " L'Entreprise de l'Année " par EY, BNP Paribas et L'Echo pour la singularité de son management participatif.

" Fin 2016, j'avais décidé de faire un pas de côté et de ne plus m'investir qu'à mi-temps dans Easi, se souvient Salvatore Curaba. Je me suis alors impliqué dans un projet qui visait à redonner vie à la RAAL La Louvière, le club de ma ville natale. Nous avons démarré en Division 3 amateur pour la première saison 2017-2018 et nous sommes directement montés en Division 2 amateur où nous évoluons encore cette année. L'objectif est d'arriver en Division 1B d'ici quatre ou cinq ans, avant d'atteindre la Jupiler Pro League à l'horizon 2025-2027, je l'espère. "

Ambitieux, le fondateur d'Easi -qui vient de céder son poste de CEO à deux membres de son comité de direction- veut copier, dans le monde du football, le modèle qui lui a valu le succès dans son entreprise informatique. Comment ? " En mettant l'humain au centre des préoccupations, affirme-t-il. Ce facteur-là est beaucoup plus difficile à gérer dans un club que dans une entreprise, mais c'est en étant le garant de la sérénité que l'on peut y arriver. La notion de partage est d'ailleurs importante. Chez Easi, nous sommes près de 60 actionnaires et j'ai reproduit le même schéma à la RAAL où il y a plus de 250 actionnaires. Cela dit, dans le football, la pression est énorme, tant de la part de la presse que des supporters, et diriger un club est donc un métier qui est extrêmement compliqué. En résumé, c'est 95% de moments difficiles et 5% de bonheur ! Mais quand on s'est fixé une mission sociale comme je l'ai fait à la RAAL La Louvière, il faut aller jusqu'au bout. Et le fait d'avoir eu une double carrière comme moi, d'abord sur le terrain puis en dehors du terrain, aide énormément dans la gestion d'un club. "

Assembler le puzzle

Considéré comme l'un des hommes les plus puissants de la planète football, Lucien D'Onofrio confirme que le fait d'avoir vécu ce sport en son sein représente un avantage énorme lorsque l'on veut diriger un club. Joueur professionnel dans les années 1960, 1970 et au début des années 1980, l'homme a endossé ensuite un costume d'agent de joueurs qui l'a rendu incontournable dans le milieu. Actionnaire minoritaire et vice-président du Standard de 1998 à 2011, il offrira au club liégeois deux titres de champion en 2008 et 2009, avant de renouer discrètement avec son métier d'agent et de revenir en 2017 à l'Antwerp comme vice-président et directeur technique.

Détenteur d'un des plus gros carnets d'adresses dans l'univers du ballon rond, Lucien D'Onofrio connaît tous les clubs européens sur le bout des doigts, mais refuse toutefois d'exprimer la moindre opinion sur le cas Marc Coucke à Anderlecht. " Il ne m'appartient pas de donner des leçons, tempère celui qui a réussi à refaire de l'Antwerp l'un des candidats sérieux au titre de champion de Belgique. Je ne vais donc pas me prononcer à ce sujet, mais je dirais simplement que diriger un club de football revient à construire un puzzle. Il faut avoir beaucoup de patience. Il faut aussi avoir parfois un peu de chance car une bonne recrue peut se blesser et être indisponible pour de longs mois, ce qui change la donne. Il faut également être capable de gérer ses émotions, mais il faut surtout être certain d'avoir toutes les pièces du puzzle pour avancer. Le plus difficile dans ce métier, c'est de savoir bien s'entourer. Il faut choisir les bonnes personnes et il est évident que le fait de connaître les bases du football aide à faire les bons recrutements."

Sans le dire ouvertement pour ne froisser personne, Lucien D'Onofrio épingle donc les ressources humaines comme pièce maîtresse du puzzle footballistique, une pièce qu'un dirigeant de club manipulera d'autant plus adroitement s'il fait partie du sérail, carnet d'adresses à l'appui. La preuve : à 64 ans, l'ancien agent de joueurs, revenu sur le devant de la scène belge à l'Antwerp, a réussi à imposer un management francophone en terre flamande, ce qui est déjà un exploit en soi.

Lucien D'Onofrio, vice-président et directeur technique de l'Antwerp " Diriger un club de football revient à construire un puzzle. Il faut avoir beaucoup de patience et aussi parfois un peu de chance ". © BELGAIMAGE

Un besoin de professionnalisation

Très discret dans les médias, Lucien D'Onofrio n'en dira pas plus sur ses méthodes de gestion, mais il insiste toutefois sur les bouleversements qui ont secoué l'industrie du football ces dernières années. " Les banques se sont effacées, dit-il, au profit des fonds d'investissement qui s'impliquent davantage dans les clubs, surtout à l'étranger. " Il est vrai que, il y a une dizaine d'années à peine, la plupart des clubs belges avaient encore le statut " rassurant " d'ASBL et que, depuis, les choses se sont accélérées. L'explosion des droits de retransmission, la montée en puissance des sponsors, l'inflation des transferts de joueurs et l'augmentation considérable du budget des équipes ont fait que les clubs ont dû s'adapter et revoir leur modèle économique. " Nous sommes aujourd'hui dans un tout autre monde, renchérit Jean- Michel De Waele, sociologue du sport à l'ULB. Le football belge est véritablement entré dans le 21e siècle où règne le foot business. Ce secteur pèse de plus en plus dans l'économie européenne et mondiale et il y a donc un vrai besoin de professionnalisation dans les structures qui encadrent ce sport".

"Ce n'est pas parce que l'on arrive à rouler avec une petite voiture à Ostende que l'on peut conduire une Ferrari à Anderlecht !" Jean-Michel De Waele (ULB)

De plus en plus, les clubs de foot se transforment effectivement en de véritables entreprises qui ne se limitent plus au package " président, entraîneur, staff technique et joueurs ", mais accueillent désormais de nouveaux métiers touchant à l'horeca, au marketing, à la stratégie digitale et à l'exploitation stratégique de données en tout genre, tant sur le gazon qu'en dehors du stade. Dans ce nouvel environnement managérial, la formation des cadres devient essentielle et des anciens joueurs professionnels choisissent précisément cette voie-là, non seulement pour réorienter leur carrière, mais aussi pour apporter leur expérience du terrain à des présidents parfois déconnectés des réalités du football.

L'option UEFA

Ancien Diable Rouge de 1997 à 2008, Mbo Mpenza a travaillé comme consultant pour différents médias à la charnière des années 2010 avant de se lancer, en 2015, dans un programme d'études international de deux ans mis en place par l'UEFA. Destiné à former d'anciens joueurs aux subtilités du management dans le monde du football, cet Executive master for international players réunissait, pour sa première promotion, 24 profils d'envergure internationale parmi lesquels on comptait notamment le Brésilien Rai Oliveira, le Français Christian Karembeu et donc le Belge Mpo Mpenza. " C'est une formation itinérante qui se tient dans différents pays européens mais aussi aux Etats-Unis, détaille l'ancien footballeur professionnel aujourd'hui âgé de 42 ans. Cela ouvre forcément les portes des clubs, des fédérations et d'autres associations, mais malheureusement, ce diplôme n'est pas encore reconnu en Belgique ".

Depuis, l'ex-Diable Rouge a lancé son propre projet, le Mbo Mpenza Challenge, pour promouvoir l'intégration au sens large à travers des défis sportifs organisés pour les enfants. L'homme n'en reste pas moins attentif à l'évolution du " foot business " et se montre quelque peu perplexe face à la situation vécue à Anderlecht. " Dans toutes les affaires qu'il dirige en dehors du football, Marc Coucke ne va jamais donner les clés à une seule et même personne, constate Mbo Mpenza. Comment a-t-il pu, dès lors, le faire à Anderlecht avec Vincent Kompany qui était à la fois joueur, manager et entraîneur jusqu'il y a peu ? Pour moi, c'est incompréhensible et c'est une grosse erreur de la part de Marc Coucke, d'autant plus que Vincent n'a aucune expérience d'entraîneur, ni même le diplôme nécessaire ! On croit souvent qu'un bon chef d'entreprise peut diriger un club, mais c'est faux, surtout s'il néglige le lien sportif entre lui et les supporters. "

"?Coucke buiten?"Le 4 octobre dernier, les supporters des Mauve et Blanc ont protesté avant le match contre Charleroi. © BELGAIMAGE

Master belge pour futurs dirigeants

Former d'anciens joueurs mais surtout de jeunes étudiants aux subtilités de l'industrie du football pour mieux accompagner les dirigeants de clubs au quotidien, telle est aussi la mission de l'International Football Business Institute (IFBI) qui a ouvert ses portes à Bruxelles il y a trois ans à peine. Sous l'égide de la VUB et de l'ULB, cette " université du ballon rond " propose un master complémentaire en " foot business " reconnu cette fois en Belgique et à l'étranger. Les cours y sont donnés en anglais durant une année académique autour de thèmes aussi divers que l'histoire du football, le marketing sportif, la fiscalité, les droits de retransmission ou encore l'analyse des données statistiques. Riche, le programme inclut plusieurs rencontres de prestige et une série de voyages à l'étranger pour y étudier quelques cas d'école, ce qui explique le montant élevé du minerval fixé à... 40.000 euros.

" Le but de ce master est de former les étudiants à tous les aspects extra-sportifs du football car il y a une véritable demande du secteur, détaille Jos Verschueren, fondateur de l'IFBI. La demande est même mondiale puisque nous comptons cette année, parmi nos 11 étudiants, un Espagnol, un Mexicain, un Colombien, un Indien, un Rwandais et six étudiants belges parmi lesquels se trouve une femme. C'est une grande première et nous en sommes très fiers ! ".

Sur le site de l'IFBI défilent les portraits des alumni dont la plupart occupent aujourd'hui différents postes au sein de clubs et d'associations de football. Parmi eux, le Wallon Aurélien Résibois, diplômé de la toute première promotion en 2017 avec la grande distinction. " A l'époque, j'avais déjà un diplôme d'ingénieur civil et je travaillais depuis huit ans au sein de la société Rotarex qui est spécialisée dans les équipements gaziers, se souvient le jeune trentenaire. Mais j'étais passionné de football et j'avais envie de mieux comprendre cette industrie. J'ai donc suivi cette formation qui était une belle opportunité avec l'objectif de créer un jour ma propre société. Depuis, j'ai repris mon job à temps plein chez Rotarex, mais j'ai développé en parallèle un service de consultance à destination des clubs et des joueurs. Cela me permet de structurer peu à peu mon projet dans le football. "

Un nouveau centre d'expertise

Signe de l'évolution de mentalités, l'Union belge de football a inauguré, le mois dernier, son tout nouveau " Centre de connaissances " afin de poursuivre le développement du football professionnel sur le plan économique. Dans ce projet, la coopération avec l'ULB et la VUB est précisément mise en avant puisque l'Union belge a prévu d'allouer trois bourses de 20.000 euros chacune à certains étudiants du master complémentaire en " foot business " de l'IFBI, ce qui leur permettra de réduire de moitié le coût de leur minerval. " Les trois boursiers effectueront des recherches sur différents thèmes qui touchent de près la Fédération, mais aussi les clubs, explique Manu Leroy, directeur marketing et communication à l'Union belge de football. Ces travaux doivent être bénéfiques à l'ensemble du secteur puisque notre volonté, avec ce nouveau centre de connaissances, est de partager notre savoir et d'aider les clubs à améliorer continuellement leurs compétences, mais aussi d'offrir à nos employés la possibilité de se remettre à niveau avec différentes formations à l'IFBI. Car, en Belgique comme ailleurs, le besoin de professionnalisation se fait de plus en plus sentir dans les différentes structures du football ".

Encadrés par des responsables de l'Union belge, les trois boursiers pourront effectuer des recherches sur des thèmes aussi divers que les nouvelles formes de sponsoring, la customer experience des supporters ou encore l'interprétation du big data dans les stades. Toutefois, l'histoire ne dit pas encore si la gestion du Sporting d'Anderlecht par le président Marc Coucke figurera au programme des priorités...

Que pèse le foot belge?

Dans sa dernière étude dédiée à l'impact socio-économique de la Pro League sur l'économie belge, le cabinet Deloitte s'est appuyé sur les derniers chiffres disponibles des clubs de divisions 1A et 1B, soit la saison 2017-2018. Evalué à 321 millions d'euros, le chiffre d'affaires des 24 clubs professionnels belges provient principalement de la billetterie (92,5 millions), des droits télé (81 millions), du sponsoring et de la publicité (68 millions), de diverses recettes commerciales comme le merchandising ou l'horeca (48 millions) et enfin des primes données par l'UEFA en cas de qualification d'un club pour une compétition européenne (31 millions).

A côté de ces revenus plutôt stables, les clubs de la Pro League bénéficient aussi de cet autre apport financier - cette fois beaucoup plus variable - que sont les transferts de joueurs entre les différentes équipes. Pour la saison 2017-2018, la balance des transferts affichait un résultat positif de l'ordre de 73 millions, ce qui fait grimper les revenus totaux des 24 clubs de divisions 1A et 1B à un montant global de près de 400 millions d'euros pour l'avant-dernier championnat de Belgique.