Annuler la dette ne générerait "aucun gain puisque de toute façon la dette ne coûte rien pour l'instant, on a tout le temps qu'il faut pour la rembourser et ça peut être fait par une fiscalité adaptée", "sans limiter les dépenses", a déclaré la professeure au Massachusetts Institute of Technology (MIT) sur France Inter. Ce faisant, celle qui est cette année professeure invitée à la Paris School of Economics (PSE) prend le contre-pied de l'appel lancé par plusieurs économistes et universitaires, dont son collègue Thomas Piketty de la PSE, à un abandon par la BCE des titres de dette publique européenne qu'elle détient. Le président du PS, Paul Magnette, Olivier De Schutter, rapporteur spécial à l'ONU, ou encore l'économiste écolo Philippe Defeyt figurent parmi les 11 Belges signataires de cet appel. "La raison pour laquelle les taux d'intérêt sont à zéro, c'est parce que le marché financier est absolument persuadé que cette dette sera remboursée", a fait valoir l'économiste, citant l'exemple de l'Espagne ou de la Grèce pendant la crise de la zone euro, qui "lorsqu'elles empruntaient en leur propre nom faisaient face à des taux énormes car les investisseurs avaient peur que cette dette ne soit pas remboursée". Pour Esther Duflo, ce débat a d'autant moins lieu d'être qu'il n'y a "aucune pression à court terme" pour rembourser cette dette vu le niveau des taux qui rend le service de la dette indolore. Un raisonnement également tenu par la Banque nationale de Belgique, dont le gouverneur, Pierre Wunsch, a récemment estimé qu'une annulation de dette publique "ne marche pas, est une mauvaise idée et n'est pas nécessaire", précisément en raison de la faiblesse des taux d'intérêt. La présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, a également balayé d'un revers de la main cette idée d'annulation de dette: c'est "inenvisageable". En revanche, "dès que les économies seront reparties sur leur rythme de croisière", il faudra revenir à "des budgets plus équilibrés" et ce sera "l'occasion de repenser à une fiscalité qui soit progressive à l'intérieur des pays et idéalement concertée entre les pays pour permettre justement cette fiscalité progressive", poursuit Esther Duflo. "Plus de progressivité, c'est une réponse à comment rembourser la dette" mais aussi à l'accroissement des inégalités de revenus, a-t-elle ajouté, rejoignant sur ce sujet Thomas Piketty. Preuve que cela n'a rien d'utopique, "dans l'Amérique d'Eisenhower, les taux d'imposition sur les revenus les plus importants étaient de 95-96%", a-t-elle souligné en référence au général qui présida les Etats-Unis de 1953 à 1961. (Belga)

Annuler la dette ne générerait "aucun gain puisque de toute façon la dette ne coûte rien pour l'instant, on a tout le temps qu'il faut pour la rembourser et ça peut être fait par une fiscalité adaptée", "sans limiter les dépenses", a déclaré la professeure au Massachusetts Institute of Technology (MIT) sur France Inter. Ce faisant, celle qui est cette année professeure invitée à la Paris School of Economics (PSE) prend le contre-pied de l'appel lancé par plusieurs économistes et universitaires, dont son collègue Thomas Piketty de la PSE, à un abandon par la BCE des titres de dette publique européenne qu'elle détient. Le président du PS, Paul Magnette, Olivier De Schutter, rapporteur spécial à l'ONU, ou encore l'économiste écolo Philippe Defeyt figurent parmi les 11 Belges signataires de cet appel. "La raison pour laquelle les taux d'intérêt sont à zéro, c'est parce que le marché financier est absolument persuadé que cette dette sera remboursée", a fait valoir l'économiste, citant l'exemple de l'Espagne ou de la Grèce pendant la crise de la zone euro, qui "lorsqu'elles empruntaient en leur propre nom faisaient face à des taux énormes car les investisseurs avaient peur que cette dette ne soit pas remboursée". Pour Esther Duflo, ce débat a d'autant moins lieu d'être qu'il n'y a "aucune pression à court terme" pour rembourser cette dette vu le niveau des taux qui rend le service de la dette indolore. Un raisonnement également tenu par la Banque nationale de Belgique, dont le gouverneur, Pierre Wunsch, a récemment estimé qu'une annulation de dette publique "ne marche pas, est une mauvaise idée et n'est pas nécessaire", précisément en raison de la faiblesse des taux d'intérêt. La présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, a également balayé d'un revers de la main cette idée d'annulation de dette: c'est "inenvisageable". En revanche, "dès que les économies seront reparties sur leur rythme de croisière", il faudra revenir à "des budgets plus équilibrés" et ce sera "l'occasion de repenser à une fiscalité qui soit progressive à l'intérieur des pays et idéalement concertée entre les pays pour permettre justement cette fiscalité progressive", poursuit Esther Duflo. "Plus de progressivité, c'est une réponse à comment rembourser la dette" mais aussi à l'accroissement des inégalités de revenus, a-t-elle ajouté, rejoignant sur ce sujet Thomas Piketty. Preuve que cela n'a rien d'utopique, "dans l'Amérique d'Eisenhower, les taux d'imposition sur les revenus les plus importants étaient de 95-96%", a-t-elle souligné en référence au général qui présida les Etats-Unis de 1953 à 1961. (Belga)