Depuis des mois, le torchon brûle entre le groupe irlandais Perrigo, qui a acheté à l'automne 2014 Omega Pharma pour 3,8 milliards d'euros, et les anciens actionnaires de référence du groupe pharmaceutique belge, Marc Coucke et le fonds d'investissement Waterland.

Perrigo accuse Marc Coucke et ses amis d'avoir embelli la mariée. Déjà en début d'année Perrigo avait acté une moins-value de 652 millions de dollars sur l'acquisition d'Omega Pharma. Mais lors de la présentation de ses résultats au troisième trimestre, la société irlandaise a été bien plus loin, actant une nouvelle moins-value de 1,67 milliard de dollars (866 millions sur le portefeuille de marques et 804 millions sur le goodwill). Perrigo a donc déjà divisé la valeur d'Omega Pharma par deux et compte traîner les anciens actionnaires en justice. Une procédure d'arbitrage sera introduite avant la fin de l'année. C'est déjà une mauvaise nouvelle pour les vendeurs, car selon la convention passée en 2014 lors de l'achat d'Omega Pharma, Marc Coucke et Waterland doivent en cas de litige constituer une caution de 248 millions d'euros.

Selon Perrigo, les propriétaires du groupe belge n'ont pas présenté en 2014 des comptes corrects. Ils auraient par exemple acté comme produits vendus des stocks simplement mis en dépôt auprès de grossistes en Belgique et susceptibles donc d'être retournés invendus.

A ce stade, de nombreuses questions restent en suspens. Les comptes d'Omega Pharma ont-ils été manipulés ? Et si oui, les auditeurs et les réviseurs le savaient-ils ? S'ils l'ignoraient, comment ont-ils pu passer à côté ?

Diversion ?

Mais Perrigo ne cherche-t-il pas simplement à faire diversion ? Du côté des anciens actionnaires d'Omega Pharma, on rappelle en effet que le management de Perrigo est lui-même sous la pression de ses propres actionnaires depuis plusieurs mois. Des actionnaires qui ont introduit une plainte contre le management parce qu'ils estiment avoir été trompeusement poussés par le management de Perrigo à rejeter une offre de rachat a priori alléchante (à 205 dollars l'action) que le groupe Mylan avait déposée l'an dernier. L'offre avait finalement été rejetée mais les actionnaires de Perrigo se mordent aujourd'hui les doigts : l'action ne vaut plus que 90 dollars. Mais les actionnaires jugent avoir été trompés par le management de Perrigo qui leur aurait fait miroiter des perspectives de croissance qui ne se sont pas réalisées. Alors, qui est responsable de ce flop ? Le management de Perrigo ou les anciens propriétaires d'Omega Pharma ?