Le leader mondial du vaccin GSK qui entend mobiliser ses équipes de recherche belges et utiliser sa technique des adjuvants développée à Rixensart dans le cadre de sa collaboration avec le français Sanofi ; la biotech allemande CureVac qui s'apprête à lancer des essais cliniques chez nous ; l'entreprise carolo de bioprocessing Univercells qui entend produire un vaccin anti-Covid à Jumet... C'est certain : la Belgique confirme son statut de pharma valley en cette période de bouillonnement scientifique. Focus sur quatre projets aux accents noir-jaune-rouge.
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Le leader mondial du vaccin GSK qui entend mobiliser ses équipes de recherche belges et utiliser sa technique des adjuvants développée à Rixensart dans le cadre de sa collaboration avec le français Sanofi ; la biotech allemande CureVac qui s'apprête à lancer des essais cliniques chez nous ; l'entreprise carolo de bioprocessing Univercells qui entend produire un vaccin anti-Covid à Jumet... C'est certain : la Belgique confirme son statut de pharma valley en cette période de bouillonnement scientifique. Focus sur quatre projets aux accents noir-jaune-rouge. Si l'on a l'habitude des mariages de raison entre géants de la pharma et petites biotechs, les alliances entre titans sont, en revanche, beaucoup plus rares. C'est pourtant ce genre de scénario qui est en train de se jouer dans la course au vaccin contre le Covid-19. Respectivement n° 1 et n° 3 mondiaux du vaccin en valeur, le britannique GSK et le français Sanofi ont ainsi annoncé, mi-avril, faire cause commune pour dénicher la dose miracle. Une collaboration aux accents belges. Les deux mastodontes feront en effet reposer leurs travaux sur la technique dite " des adjuvants ". Une technique développée sur le site belge de R&D de GSK, à Rixensart, qui doit permettre une production à plus large échelle. Le recours à un adjuvant revêt en effet une importance particulière en situation de pandémie car cela peut réduire la quantité de protéines nécessaires par dose, permettant donc la production d'une plus grande quantité de doses. Si les équipes de recherche belges de la multinationale seront donc sollicitées dans le cadre de cette collaboration, on ne sait toutefois pas encore à ce stade si le site de production de Wavre sera lui aussi mis à contribution. GSK se contente d'affirmer que plusieurs de ses sites de production, y compris en Europe et aux Etats-Unis, seront utilisés. Niveau timing, les deux entreprises prévoient de lancer des essais cliniques de phase I au deuxième semestre. En cas de succès, elles espèrent pouvoir mettre un vaccin à disposition d'ici le deuxième semestre 2021. Spécialisée dans les vaccins, les traitements contre le cancer, les immunothérapies et les médicaments contre les maladies rares, la biotech allemande CureVac, qui emploie actuellement 500 collaborateurs, a elle aussi élaboré un candidat vaccin contre le Covid-19. Quel lien avec la Belgique, direz-vous ? Eh bien, ce n'est autre que le Belge Jean Stéphenne, ex-patron de GSK Biologicals, devenu GSK Vaccines, qui a été nommé président du conseil de surveillance de l'entreprise début avril. Notre pays sera amené à jouer un rôle important dans l'aventure. Les premières études cliniques, qui devraient démarrer dès le mois de juin, se feront en effet à la fois en Allemagne et... en Belgique. La biotech est en contact depuis des mois avec les autorités allemandes et belges. Elle a décidé de faire reposer ses travaux sur la technologie dite " de l'ARN messager ", une technologie dans laquelle les cellules ont pour instruction de produire certaines protéines qui leur confèrent ensuite une immunité. Cette manière de procéder avait déjà été utilisée par l'entreprise allemande dans le cadre de vaccins contre la rage et la grippe. CureVac procédera par étapes : une première étude sur des adultes n'ayant pas été confrontés au virus, une deuxième sur des personnes ayant été exposées, et enfin une troisième sur des sujets âgés. Il s'agira ensuite de comparer les résultats. Et là, les équipes comptent bien sur l'expertise de nos scientifiques, reconnue mondialement ! Il faudra ensuite passer à des études sur des groupes plus importants, mais l'entreprise espère pouvoir éviter une grande étude d'efficacité avec groupe placebo afin de gagner en rapidité. Détenue majoritairement par le milliardaire allemand Dietmar Hopp, et à 20% par Bill Gates, la biotech dispose aujourd'hui de trois usines et une quatrième est en cours de construction. De quoi produire des milliards de doses, assure-t-on. La course au vaccin peut aussi se mener au travers d'alliances entre biotechs. C'est ainsi que l'entreprise carolo de bioprocessing Univercells, connue pour avoir mis au point une plateforme miniature de production de vaccins à bas prix financée en partie par la Fondation Bill & Melinda Gates, vient d'annoncer un partenariat avec la biotech italienne ReiThera, et l'allemande Leukocare. Les trois acteurs se complètent à merveille. ReiThera, soutenue par le gouvernement italien, a mis au point un vaccin monodose basé sur une technologie à base d'adénovirus. Leukokare est de son côté spécialisée dans la formulation de vaccins et traitements. " Nous apporterons, quant à nous, la solution de manufacture, explique Hugues Bultot, CEO d'Univercells. La production se ferait sur notre nouveau site de Jumet. " Le consortium espère fournir pour le début de l'an prochain quelque 6 millions de doses du nouveau vaccin, réservées dans un premier temps à des patients jugés prioritaires. Mais le " triumvirat " dit viser les centaines de millions de doses. " Nous sommes en train de chercher des financements pour mener à bien notre projet, explique le patron d'Univercells. Que ce soit au travers d'une levée de fonds, d'argent non dilutif ou encore d'un soutien de la Banque européenne d'investissement. Nous sommes aussi quotidiennement en contact avec la Fondation Bill & Medinda Gates. Les décisions de financement devraient tomber dans les six semaines qui viennent. " C'est ReiThera qui s'occupera de la production des premiers lots destinés aux essais cliniques, ceux-ci devant commencer cet été si tout va bien. " Notre objectif est de produire en quantité suffisante un vaccin procurant une immunité conséquente et durable, tout cela à 1 ou 2 euros la dose ", explique Hugues Bultot, qui assure que si un vaccin italien débarque aujourd'hui chez nous, c'est loin d'être un hasard. " La Belgique est une terre de collaboration internationale, dit-il. Il y a tout l'historique de GSK, notre autorité de contrôle est capable de comprendre ce que nous faisons, etc. Nous sommes vraiment ravis de participer à la création d'un réseau mondial de production d'un vaccin. " Le géant américain de la pharma Johnson & Johnson serait lui aussi en très bonne voie pour fournir un vaccin contre le Covid-19. Le groupe vient en effet d'annoncer que des essais cliniques sur des humains devraient débuter au plus tard en septembre. Et notre pays est, ici aussi, au centre des opérations. Il faut dire que le vaccin en cours de développement s'appuie sur une technologie mise au point par Janssen Pharmaceutica Belgium, le plus grand site de la multinationale en dehors du territoire américain. Depuis le mois de janvier, c'est donc dans les bureaux de sa filiale belge que sont menées les recherches. En collaboration avec des scientifiques issus de plusieurs institutions universitaires, belges notamment, les vaccins identifiés ont été testés lors d'essais pré-cliniques sur des animaux. Objectif ? Sélectionner le plus prometteur. Johnson & Johnson prévoit que les premiers lots pourraient déjà être disponibles dans le cadre d'une utilisation d'urgence au début de l'an prochain, un délai réduit par rapport au processus normal de développement d'un vaccin. L'objectif est de fournir un milliard de doses à prix abordable, ce qui ne pourra se faire qu'en augmentant la capacité de production. Le géant américain compte d'ailleurs ouvrir un nouveau site aux Etats-Unis, et accroître ses capacités dans d'autres pays.