Que fait-il d'autre, finalement, depuis 2016 lorsqu'il apparaît publiquement devant des élus, des commissions ou lorsqu'il s'exprime, comme récemment, dans une tribune donnée au Wall Street Journal ? Mark Zuckerberg est en campagne, mais pas pour briguer un poste à Wahington : pour rester à la tête de sa propre nation de 2 milliards d'utilisateurs. Son programme ? Restaurer la démocratie et redonner du sens aux relations entre les êtres avec un slogan martelé comme un mantra : " réparer Facebook ".
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Que fait-il d'autre, finalement, depuis 2016 lorsqu'il apparaît publiquement devant des élus, des commissions ou lorsqu'il s'exprime, comme récemment, dans une tribune donnée au Wall Street Journal ? Mark Zuckerberg est en campagne, mais pas pour briguer un poste à Wahington : pour rester à la tête de sa propre nation de 2 milliards d'utilisateurs. Son programme ? Restaurer la démocratie et redonner du sens aux relations entre les êtres avec un slogan martelé comme un mantra : " réparer Facebook ". Un slogan qui en rappelle furieusement un autre. Sa profession de foi, c'est Make Facebook Great Again. Car comme le twitteur-en-chef de la Maison Blanche, Mark Zuckerberg en appelle aussi à la restauration d'un âge d'or. Les dysfonctionnements du réseau sont conjoncturels, dus à de mauvaises utilisations. Séparons-nous de ceux qui en font mauvais usage et Facebook sera restauré dans sa pureté originelle : celle d'un outil visant à rapprocher les gens du monde entier. Or, cet âge d'or n'a évidemment jamais existé. Ou alors, avant 2007, quand Facebook n'était pas encore Facebook mais un petit réseau chétif de trois ans d'âge avec moins d'utilisateurs que MySpace... Car le réseau social tel que nous le connaissons aujourd'hui est né en réalité en 2007. C'est la date à laquelle Zuckerberg a eu une illumination en lançant sa " Growth Team " : sept mercenaires chargés de la croissance du réseau, installés au coeur du réacteur, c'est-à-dire des données. Leur mission : initier des techniques disruptives pour attirer de nouveaux utilisateurs mais, surtout, pour les faire rester le plus longtemps possible. La mesure significative (la " North Star ", comme ils l'appellent en interne) n'est plus le nombre d'inscrits mais le nombre de personnes actives par mois. Le nouveau carburant du réseau ce sera l'engagement. C'est l'instant Frankenstein de Mark Zuckerberg. Le moment où tout bascule. Comme le docteur du roman de Mary Shelley, il perd le contrôle de son réseau qui change non seulement de niveau, par une croissance inédite, mais surtout de nature, pour devenir le monstre indomptable qu'il est devenu aujourd'hui. C'est à ce moment-là que les apprentis sorciers lancent de véritables expérimentations sociales, avec pour cobayes l'ensemble des utilisateurs du réseau. Des innovations génialement perverses qui nous apparaissent comme naturelles aujourd'hui. Dont trois emblématiques qui, tout en boostant l'engagement, ont ouvert des boîtes de Pandore dont on mesure les effets aujourd'hui. La première concerne notre vie privée. C'est le fameux et inquiétant système des " personnes que vous connaissez peut-être " lancé en 2008. En s'immisçant dans le huis clos de nos interactions numériques, il a pour objectif de faire atteindre au plus vite, à chaque nouveau venu, le seuil de 10 amis. En en interne, ils l'appellent " le moment magique ", celui où l'internaute bascule dans l'engagement. En 2009, ce sera le coup de génie du " like ", ce petit pouce levé devenu langage universel, qui a dopé l'engagement sur le réseau mais a introduit du même coup l'addiction à la dopamine transformant nos smartphones en " machines à sous ". Et aux alentours de 2012, sentant venir la concurrence, via Twitter notamment, Facebook décide de favoriser le partage d'informations sur le réseau pour améliorer l'engagement. Avec un effet collatéral : celui de mettre mécaniquement en avant les fake news puisque l'algorithme pousse ce qui crée le plus d'engagement. Et ce qui crée le plus d'engagement, ce sont les fake news. Trois rouages qui font de Facebook la machine infernale qu'elle est devenue mais auxquels, bien sûr, Mark Zuckerberg n'entend aucunement toucher puisque c'est le moteur même de son bolide. Que faire alors ? Pour réparer Facebook, son CEO suggère une autre solution qu'il livre dans sa tribune au Wall Street Journal : il faut plus de régulation de la part des Etats ! Où l'on voit qu'il a vite appris ce qui a réussi à l'actuel locataire de la Maison Blanche, à savoir : l'art de rejeter la faute et la responsabilité sur les autres pour se dégager de ses propres problèmes. Après ça, qui peut encore croire que Mark Zuckerberg n'est pas entré en politique ?