Le circuit direct est en vogue dans divers domaines. Plusieurs pays exportateurs de brut ont adopté ce modèle à partir des années 1980. Le dernier en date vient de l'Est : Lukoil. Les trois premières lettres de son nom font référence aux trois entreprises pétrolières d'Etat qui fusionnèrent en novembre 1991 pour lui donner naissance. Initiateur de l'opération : Vagit Alekperov, alors vice-ministre russe du Pétrole et du Gaz... qui en deviendra le premier actionnaire avec pas moins de 23 %. Ou comment un grand commis de l'Etat s'invite dans le club des oligarques milliardaires... Il faut reconnaître à l'ex-camarade Alekperov une vision stratégique judicieuse : créer un grand groupe intégré pour pouvoir tenir tête aux majors occidentales. Les pétroliers américains ne seront d'ailleurs pas insensibles aux charmes de leur nouveau confrère russe : Arco entrera au capital dès 1995, suivi par ConocoPhillips en 2004. Ce dernier grimpera même à 20 %, avant de faire marche arrière.
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Le circuit direct est en vogue dans divers domaines. Plusieurs pays exportateurs de brut ont adopté ce modèle à partir des années 1980. Le dernier en date vient de l'Est : Lukoil. Les trois premières lettres de son nom font référence aux trois entreprises pétrolières d'Etat qui fusionnèrent en novembre 1991 pour lui donner naissance. Initiateur de l'opération : Vagit Alekperov, alors vice-ministre russe du Pétrole et du Gaz... qui en deviendra le premier actionnaire avec pas moins de 23 %. Ou comment un grand commis de l'Etat s'invite dans le club des oligarques milliardaires... Il faut reconnaître à l'ex-camarade Alekperov une vision stratégique judicieuse : créer un grand groupe intégré pour pouvoir tenir tête aux majors occidentales. Les pétroliers américains ne seront d'ailleurs pas insensibles aux charmes de leur nouveau confrère russe : Arco entrera au capital dès 1995, suivi par ConocoPhillips en 2004. Ce dernier grimpera même à 20 %, avant de faire marche arrière. Avec 0,7 % des réserves pétrolières prouvées dans le monde et 2,1 % de la production, Lukoil pourrait paraître de taille moyenne. Erreur : hors groupes publics, il est le numéro 2 mondial, derrière Exxon Mobil ! Première entreprise à offrir ses actions en Bourse de Moscou en 1994, un an après sa privatisation, Lukoil fut aussi la première à racheter un concurrent américain : en 2000, elle acquiert (une large part de) Getty Oil Marketing et ses quelque 1.300 stations-service. Ce parc passera ultérieurement à plus de 2.000 unités. Après les Etats-Unis, l'Europe. De l'Est d'abord, où le groupe achète trois raffineries et quelque 2.000 stations-service, puis de l'Ouest. En 2008, cap sur la Turquie, où il met la main sur plus de 600 stations. La Belgique avait précédé en 2007. C'est à ConocoPhillips que Lukoil rachète les 156 stations-service de l'enseigne JET. Le pétrolier américain les avait lui-même acquises cinq ans plus tôt, lorsqu'elles arboraient l'enseigne SECA, marque emblématique qui signa une page dans l'histoire de la distribution des carburants en Belgique. Ce parc sera étoffé en 2012 puis 2013, le groupe russe pénétrant alors aussi le marché néerlandais. Les quelque 250 stations du Benelux, dont 187 dans notre pays, bénéficient d'un approvisionnement proche : Lukoil a, dès 2009, acquis une participation de 45 % dans la Zeeland Refinery de Flessingue, sur l'Escaut, majoritairement détenue par Total. Cette raffinerie s'ajoute aux unités que Lukoil possède en Bulgarie, mais aussi en Sicile, où le double complexe de Priolo peut traiter pas moins de 16 millions de tonnes par an. L'enseigne Lukoil représente 6 % des stations-service en Belgique, mais la proportion est double au niveau du volume vendu. Le groupe russe approvisionne en effet d'autres réseaux, notamment Octa+, ce qui représente au total quelque 400 stations partenaires. L'enseigne met aujourd'hui l'accent sur les boutiques associées à ses stations, l'allongement des heures d'ouverture faisant parfois grincer les dents des franchisés. " Les heures d'ouverture sont déterminées en accord avec le gérant. S'il y a des opportunités, sur base de la localisation ou de la demande croissante de la clientèle, nous examinons ensemble la situation en fonction de la rentabilité ", rassure Ivo Hoskens, directeur retail Western Europe. Un autre pays producteur, et non des moindres, était parti à l'assaut du marché européen dès les années 1980 : Koweït. C'est en 1983 que le groupe pétrolier national fonde Kuwait Petroleum International dans le but de " maximiser la valeur du pétrole koweïtien, via le raffinage domestique et international, la pétrochimie et le marketing ", ce dernier terme désignant les réseaux de stations-service dans le langage pétrolier. Un grand pas est aussitôt franchi, avec le rachat des raffineries et stations Gulf dans le Benelux et en Scandinavie, puis en Italie, où le groupe dispose d'emblée de quelque 1.500 points de vente. Attaqué par T. Boone Pickens, le raider texan qui faisait alors régner la terreur dans le secteur pétrolier américain, Gulf se fondra deux ans plus tard dans Chevron. La marque Q8 est créée en 1986 et les années 1990 sont marquées par un pas supplémentaire en Italie (rachat du réseau Mobil), la conquête de la Suède, où l'enseigne OKQ8 est numéro 1, ou encore l'entrée aux Pays-Bas. Sans oublier le spectaculaire renforcement en Belgique où, en 1998 et 1999 respectivement, Q8 achète les stations BP et Aral (ce groupe pétrolier allemand sera racheté par BP en 2003). La marque devient ainsi la seconde de Belgique, après Total. Le groupe koweïtien possède aujourd'hui plus de 3.700 stations-services en Italie et dans le Benelux, ainsi qu'un millier en Scandinavie. Il a par contre rapidement abandonné le marché britannique, où il était entré en force en 1986. Compensation express : en 1988, lors de la privatisation de BP, le Koweït avait acquis pas moins de 20 % de son capital, mais il fut forcé de s'alléger. A défaut de raffinerie, Q8 dispose en Belgique d'une importante unité de production de lubrifiants, devenue à ses dires la plus importante d'Europe. Acquise en 1983, l'usine a fait l'objet d'un investissement de près de 90 millions d'euros, terminé l'an dernier. Capacité : 125 millions de litres, avec possibilité de doubler ce chiffre. Plus que centenaire, le site est situé dans la banlieue sud d'Anvers (Hoboken), en bordure de l'Escaut. Ces dernières années, le groupe s'est diversifié en dehors du domaine pétrolier. En restant dans les carburants d'abord, avec le lancement, en 2015, d'une première station de gaz naturel compressé, en collaboration avec GreenPoint Supplies. Quatre autres ont suivi. Nouvelle étape cette année : Q8 a signé un accord avec EDF-Luminus pour équiper certaines stations Q8 de bornes de rechargement électrique rapide. C'est par le biais d'une filiale établie à La Haye, Oilinvest, que la Libye a investi le marché européen sous la marque Tamoil. En 1988, le groupe acquiert 778 stations-service dans le nord de l'Italie, nombre porté depuis à 1.400 environ. Trois ans plus tard, il ajoute à son réseau 258 stations en Suisse. Il dispose d'une part de marché de l'ordre de 6 % dans ces deux pays. Elle est de 4 % environ en Allemagne, où le groupe libyen opère sous l'enseigne HEM, dupliquée quelque 400 fois. Absente de Belgique, la marque Tamoil a par contre conquis les Pays-Bas en 1993, avec quelque 200 stations-service (largement approvisionnées par Lukoil) et une part de marché également de l'ordre de 4 %. Compte tenu d'une présence encore modeste en Espagne, le groupe dispose aujourd'hui de 2.315 stations en Europe. Le pétrole vendu par le réseau Tamoil ne provient actuellement plus guère de Libye, tient à préciser Oilinvest. Le groupe n'a du reste conservé qu'une seule de ses trois raffineries européennes : celle de Holborn, à Hambourg. Il a fermé celle de Crémone (Italie) et celle de Collombey, en Suisse, dont la reconversion embarrasse sérieusement la Confédération... Oilinvest avait également développé un réseau dans de nombreux pays africains. Jusque dans le département français de la Réunion, où il compte 28 stations-service. Il a toutefois été cédé à un compatriote : OiLibya. Ce n'est pas toujours " du producteur au consommateur " stricto sensu, mais plusieurs pays producteurs ont opéré une importante intégration vers l'aval synonyme de valeur ajoutée.