"Les grandes entreprises n'en sont souvent pas conscientes. Pour elles, il s'agit de petits montants et elles pensent que cela ne fait pas une grande différence si elles paient maintenant, après un mois ou après trois mois. Mais pour les petites entreprises, cet argent est crucial. Il peut faire la différence entre la survie et la faillite." Ces mots sont ceux de Peter Van Den Broecke, le directeur financier de Daikin Europe à Ostende. La société a signé un manifeste SME QuickPay, code de conduite par lequel des grandes entreprises promettent de payer rapidement et correctement leurs petits fournisseurs. Dans la pratique, elles s'efforcent de s'acquitter des factures de leurs plus petits fournisseurs dans les 30 jours, avant la fin du mois suivant ou au plus tard dans les 60 jours.
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"Les grandes entreprises n'en sont souvent pas conscientes. Pour elles, il s'agit de petits montants et elles pensent que cela ne fait pas une grande différence si elles paient maintenant, après un mois ou après trois mois. Mais pour les petites entreprises, cet argent est crucial. Il peut faire la différence entre la survie et la faillite." Ces mots sont ceux de Peter Van Den Broecke, le directeur financier de Daikin Europe à Ostende. La société a signé un manifeste SME QuickPay, code de conduite par lequel des grandes entreprises promettent de payer rapidement et correctement leurs petits fournisseurs. Dans la pratique, elles s'efforcent de s'acquitter des factures de leurs plus petits fournisseurs dans les 30 jours, avant la fin du mois suivant ou au plus tard dans les 60 jours."Le manifeste est tant un gentlemen's agreement qu'un label de qualité. Les entreprises peuvent valoriser leurs bonnes intentions de paiement et leur engagement en faveur de la responsabilité sociale des entreprises", considère Jean-Louis Coppers, le CEO du courtier en assurances crédit gantois CRiON. "En libérant le capital bloqué dans les factures ouvertes, les grandes entreprises marquent du respect envers le petit fournisseur et elles s'assurent d'une chaîne de livraison saine et stable."CRiON a vu le problème des paiements tardifs augmenter ces dernières années et a pris l'initiative pour le code éthique. Il existe pourtant une directive européenne dont le but était de combattre les retards de paiement entre commerçants et de protéger les PME contre l'augmentation des factures non payées. Cette directive a été convertie dans la législation belge en 2013, mais elle a complètement échoué, estime Coppers."La loi devait créer un cadre de paiement dans lequel le délai de paiement légal de trente jours pouvait être prolongé jusqu'à soixante jours maximum ", explique Coppers. "La réalité s'avère toutefois complètement différente, certainement au niveau de la relation entre les grandes entreprises et les petits fournisseurs. Ces dernières années, les multinationales, notamment et surtout, ont systématiquement augmenté leurs délais de paiement."Une étude de l'université de Maastricht montre que la moitié des PME néerlandaises ont vu les délais de paiement s'allonger ces dernières années. Les géants américains comme Mondelez, Mars, Kellog Company et Procter & Gamble ont amené le délai de paiement contractuel jusqu'à 120 jours ou plus entre 2014 et 2016. Mais certaines sociétés néerlandaises comme Hema, KPN, Douwe Egberts et Albert Heijn se livrent aussi à cette pratique. Et dans le groupe AB InBev, cela dérape complètement. Ses fournisseurs doivent souvent attendre le paiement d'une facture jusqu'à 150 jours et parfois même jusqu'à 280 jours.Selon le European Payment Report 2017 du spécialiste de facturation et recouvrement Intrum Justitia, deux tiers des entreprises belges sont mises sous pression par leurs clients afin qu'elles acceptent des délais de paiement plus longs que ce qu'elles estiment confortable. Les multinationales ont surtout imposé cela à leurs sous-traitants. Il est tout aussi remarquable qu'autant d'entreprises (69%) aient accepté les délais plus longs.Si des multinationales exercent une pression, il est difficile de refuser. La position dominante de ces grandes entreprises contraint beaucoup de petits fournisseurs à accepter une modification unilatérale du délai de paiement. Le fournisseur qui résiste et menace d'aller au tribunal court un important risque de perdre son donneur d'ordre ou client."La directive européenne n'y a rien changé", affirme Coppers. "Un écart contractuel est possible par rapport au délai de paiement de maximum soixante jours. Cet écart ne peut pas être 'manifestement abusif', mais c'est à l'appréciation du juge. Dans la pratique, pas mal de petites entreprises ne connaissent pas cette législation, ou alors elles ne veulent pas mettre la relation client en danger."Guy Colpaert, le CEO d'Intrum Justitia Belgique, souligne que plus de 80% des entreprises belges disent ne pas connaître la directive européenne sur les arriérés de paiements. Le droit de facturer des frais et des intérêts de retard en cas de retard de paiement (après la date d'échéance de la facture) est à peine utilisé.© ."La culture de paiement dans notre pays est douteuse", estime Colpaert. "À l'échelle internationale, nous restons l'un des mauvais élèves. Tout le monde y participe : les grandes et les petites entreprises, mais surtout le secteur public. Ce dernier a pourtant un rôle d'exemple. Un effet boule de neige est aussi à l'oeuvre : si une PME est payée tardivement par une grande entreprise, elle paiera également elle-même ses fournisseurs plus tard. Et comme presque tout le monde travaille avec des conditions contractuelles, la directive européenne a peu d'impact."Une plus grande mobilité dans les échanges d'argent est pourtant très importante pour l'économie. Des délais de paiement trop longs ont un impact négatif sur la liquidité des PME. De ce fait, leur besoin en fonds de roulement est plus grand ou elles doivent ouvrir davantage de crédits auprès de leur banque. Elles peuvent même se retrouver dans les problèmes. C'est préoccupant, car les PME familiales constituent le coeur du tissu économique en Belgique."Si elles étaient payées à temps, ces entreprises auraient davantage de moyens pour investir dans le développement de leurs activités ou dans le personnel. Les factures ouvertes représentent un capital qu'elles ne peuvent pas utiliser. Elles doivent actuellement attendre jusqu'à ce que ces factures soient acquittées, et utiliser davantage de moyens propres entre-temps. Un cash-flow différé ou négatif ralentit l'expansion et freine l'emploi et l'économie. Dans le pire des cas, cela constitue une menace pour la survie de l'entreprise", explique Colpaert.Du rapport d'Intrum Justitia, il ressort qu'un cinquième des entreprises belges considèrent les mauvaises pratiques de paiement comme une menace pour leur survie. Aux Pays-Bas, ce chiffre est à peu près aussi élevé. C'est la raison pour laquelle quelques grandes entreprises (Heineken, Randstad, Jumbo et Friesland Campina) ont pris l'initiative de 'betaalme.nu' (Payez-moi.Maintenant). Ils s'engagent à cet égard à payer leurs petits fournisseurs dans les trente jours. Fin de l'an dernier, 32 grandes entreprises et 66.000 PME avaient déjà adhéré à l'initiative.Avec le lancement de PME QuickPay en Belgique, CRiON prend exemple sur l'initiative néerlandaise. Sept sociétés, dont Adecco, Resilux, Daikin Europe et USG People, ont déjà souscrit au code. Dans la pratique, elles rédigent un manifeste dans lequel elles indiquent comment et dans quels délais (maximum 60 jours) elles paieront leurs petits fournisseurs."Nous désirons sensibiliser les grandes entreprises à prendre leur responsabilité sociale, et en parallèle donner aux PME une voix plus importante dans ce débat", souligne Coppers. "Elles n'ont souvent aucun pouvoir de leur résister."Les grandes entreprises ont tout de même la liberté de définir dans le code éthique ce qu'elles comprennent par 'petits fournisseurs'. À cet égard, la plupart des entreprises se basent sur le chiffre d'affaires qu'elles génèrent annuellement auprès de ce fournisseur. Daikin Europe considère par exemple tous les fournisseurs avec une facturation annuelle inférieure ou égale à 50.000 euros comme un petit fournisseur et paie ceux-ci en principe pour la fin du mois suivant."J'admets que nous nous débattons encore quelque peu concernant la distinction entre petits et grands fournisseurs", avance Peter Van Den Broecke de Daikin Europe. "Les prix et les délais de paiement font en effet partie des négociations entre client et fournisseur. Nous avons mis la barre relativement basse, à 50.000 euros de chiffre d'affaires, et nous faisons abstraction des fournisseurs liés à la production, pour lesquels des conventions séparées s'appliquent."Le fait que Daikin mette la barre aussi bas provient du fait que dans la pratique, l'application du processus de paiement dans des délais normaux n'est pas aussi simple qu'il n'y paraît. Van Den Broecke : "Tout commence par une facture correcte. Nous garantissons un paiement rapide sous réserve que les fournisseurs satisfassent aux exigences. Mais il y a aussi un processus interne qui fait qu'au moins deux personnes doivent approuver une facture. Cela conduit à une lenteur administrative. Pour Daikin, la signature du manifeste représente aussi un levier pour optimiser ces processus internes."Des délais de paiement corrects font intégralement partie de la politique CSR ('corporate social responsibility' ou responsabilité sociale des entreprises) de Daikin, précise Van Den Broecke : "Nous ne désirons pas faire de profit financier sur le dos des petits fournisseurs. Étant donné les montants en jeu, l'avantage est en outre marginal pour nous en tant que grande entreprise. L'impact sur la liquidité est presque inexistant, alors que les inconvénients pour la PME sont désastreux. Daikin préfère une relation durable entre les deux parties. La responsabilité sociale des entreprises fait partie de nos valeurs, et la relation avec les partenaires commerciaux également."Guy Colpaert d'Intrum Justitia salue l'initiative SME QuickPay : "Nous trouvons cela normal que le salaire soit payé à temps, alors pourquoi cela ne serait-il pas le cas pour un fournisseur ? On a d'urgence besoin de respect pour des délais de paiement équitables. Cela cadre parfaitement avec une politique de responsabilité sociale des entreprises. J'ose espérer que les grandes organisations d'employeurs comme la FEB ou le Voka appuieront l'initiative, de telle sorte qu'elle se transforme en succès. Le secteur public peut aussi y apporter sa contribution, en payant déjà ses factures à temps."