Début mars, la mini-entreprise Echooo annonçait son hébergement au sein de l'incubateur bruxellois The Space et ses premiers milliers d'euros de récolte sur la plateforme de financement participatif Ulule. Oui, vous avez bien lu, il s'agit bien d'une " mini-entreprise ", telle celle à laquelle votre enfant en fin d'études secondaires peut participer... Et il s'agit même d'un perdreau de l'année puisque l'équipe d'Echooo a représenté son école, le Sacré-Coeur de Lindthout de Woluwe-Saint-Lambert, lors de cette cuvée 2020 du concours.
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Début mars, la mini-entreprise Echooo annonçait son hébergement au sein de l'incubateur bruxellois The Space et ses premiers milliers d'euros de récolte sur la plateforme de financement participatif Ulule. Oui, vous avez bien lu, il s'agit bien d'une " mini-entreprise ", telle celle à laquelle votre enfant en fin d'études secondaires peut participer... Et il s'agit même d'un perdreau de l'année puisque l'équipe d'Echooo a représenté son école, le Sacré-Coeur de Lindthout de Woluwe-Saint-Lambert, lors de cette cuvée 2020 du concours. Pour rappel, les mini-entreprises sont l'appellation française d'un programme international appelé Junior Achievement (JA) Worldwide, auquel 110 pays participent et qui fête son centième anniversaire cette année. En Belgique, cela fait 42 ans que le projet Mini-entreprise est implanté et géré par l'ASBL Les Jeunes Entreprises (LJE). Son but ? Stimuler l'intérêt pour l'entrepreneuriat, révéler et renforcer d'éventuels talents en ce domaine et développer la capacité de passer des idées aux actes. " L'objectif est que les jeunes, même s'ils n'ont pas envie de devenir entrepreneurs, aient une vision positive de l'entrepreneuriat, complète Thierry Villers, directeur de l'ASBL. Avec le projet Mini-Entreprise, nous voulons les amener à mettre en place un vrai projet (produit, service, événement...) et à mettre en pratique les compétences entrepreneuriales. " Le projet se fait en groupe et dure sept à huit mois. Il ne s'agit pas ici d'apprendre de la théorie, mais d'aller rapidement sur le marché. " Concrètement, les élèves acquièrent un vrai petit capital et sont accompagnés par des coachs pour créer un business plan, trouver des coopérateurs, des fournisseurs, créer un prototype, le tester, l'adapter... Ils ont un compte en banque à gérer, une vraie comptabilité à tenir, des assemblées générales à organiser. Bref, tout est réel et leur donne les bases pour un jour lancer leur propre business s'ils le souhaitent. " C'est la LJE qui, dans la même lignée, fait alors transiter les élèves qui sont encore dans un projet expérimental vers une véritable phase de création de leur entreprise. L'ASBL est ainsi en contact avec de nombreuses structures comme le point d'information 1819 et les incubateurs étudiants-entrepreneurs (StartLab), par exemple. En 2019-2020, le projet a rassemblé plus de 3.363 mini-entrepreneurs répartis dans 414 mini-entreprises. Depuis 2001, le nombre de ces mini-entreprises est en croissance constante. " Chaque année, environ 150 partenaires bénévoles coachent nos mini-entrepreneurs et près de 1.000 professionnels viennent partager un point précis de leur expérience ", précise Thierry Villers. Au terme de l'année, la majorité des jeunes déclarent avoir trouvé l'expérience Mini-Entreprise fun et enrichissante. " Cela permet à certains élèves de se rendre compte qu'ils ne sont pas faits pour cela tandis que cela en conforte d'autres dans leurs envies. A un âge où ils doivent faire un choix d'études, les mini-entreprises leur montrent que l'entrepreneuriat est aussi une option. " Le programme est d'ailleurs reconnu par la Commission européenne comme une des meilleures pratiques de sensibilisation à cet esprit d'entreprendre. Ainsi, 15 à 20 % des élèves y ayant participé créent plus tard leur propre entreprise, soit trois à cinq fois plus que le reste de la population. Pour en revenir à nos neuf élèves de la mini-entreprise Echooo, ils ont su attirer l'attention des jurés de cette année en présentant Prism, un projet de poubelle connectée. L'idée de départ était de créer un système aidant chaque travailleur en entreprise à revoir et réguler sa quantité de déchets. Comment ? Avec une poubelle qui, grâce à des capteurs de poids, mesure le volume de déchets en temps réel et envoie ces données vers une application mobile. Cette application, accessible à tous les employés, leur permet de prendre conscience de leur production personnelle de déchets. En effet, selon l'Observatoire du bureau responsable, un travailleur produit en moyenne 130 kg de déchets par an, dont beaucoup ne sont pas recyclés. " Nous étions désireux de monter un projet constructif pendant notre dernière année scolaire et ne pas nous contenter de suivre les cours, raconte Sébastien Francotte, l'un des neuf membres d'Echooo. Nous souhaitions trouver une activité extrascolaire riche en apprentissages. Lorsque le projet Mini-Entreprise nous a été présenté, nous y avons vu une opportunité de cumuler une vraie expérience professionnelle avec un risque très limité. " L'équipe du Sacré-Coeur de Lindthout a dès le début voulu travailler sur un projet à impact positif. " Nous avions participé aux manifestations pour le climat, l'idée d'un projet 'vert' s'est donc imposée, poursuit Sabine Michaelis, autre membre de l'équipe. Comme acteurs de la société, nous estimons que cela fait partie de nos missions. " La mini-entreprise s'est d'abord tournée vers une idée modifiant la consommation en général, puis vers la gestion des déchets. " Nous avons affiné notre projet et c'est ainsi que l'idée de la poubelle est née. " Avec ce concept, l'équipe d'Echooo a remporté le prix du pitch, celui de l'innovation et celui de la meilleure technique de vente. " Dès le début, nous avons visé très haut pour tirer de ce projet un maximum d'expérience, explique Sébastien. Nous avons donc franchi le pas, parfois un peu nébuleux, de la technologie. Des partenaires nous aident à régler ces aspects technologiques mais nous gardons le lead sur le projet. " Désireux de concrétiser, Echooo a ensuite lancé un crowdfunding qui a permis d'obtenir bien plus que la somme espérée. Cela aide l'équipe à faire appel à des professionnels, du design notamment. " Cela a aussi montré que notre projet suscitait un réel intérêt, c'est gratifiant ", ajoute Sabine. Grâce au financement participatif, Echooo va pouvoir développer ses premiers prototypes et lancer des phases pilotes avec les entreprises qui se sont portées volontaires. Actuellement, Echooo est hébergée à The Space, l'incubateur bruxellois des start-up technologiques en Europe. Mais qu'ont-ils tiré de cette expérience ? " Notre objectif était de faire quelque chose de constructif de notre année scolaire, le défi est relevé à 100 %, s'enthousiasme Sébastien. Nous avons appris plein de choses, notamment à mieux gérer notre temps, à manager une équipe, à pitcher... Ce fut vraiment une école de vie. L'apport des coachs a aussi été très important. Et pour plusieurs d'entre nous, cela a confirmé notre envie de nous lancer dans l'entrepreneuriat. Participer à ce genre de projet sera aussi un atout sur notre C.V. Nous voyons Echooo comme un tremplin pour mettre un vrai produit sur le marché. " Encore faudra-t-il trouver lequel. Depuis trois ans, la grande tendance chez les mini-entrepreneurs est le développement des projets écologiquement responsables ou sociétaux. Une mini-entreprise sur deux y travaille, incluant des questions comme la provenance des matières premières, l'emballage, la livraison des produits, etc. Les jeunes planchent aussi sur des projets liés à la digitalisation. Mais dans une moindre mesure. " C'est souvent pour une question de délais, car le développement informatique prend plus de temps, explique Thierry Villers. On voit toutefois de très chouettes projets, comme la mini-entreprise SensePad, cette année, qui a créé un clavier d'ordinateur simplifié pour les personnes âgées. " On l'a dit, au-delà du projet lui-même, c'est de toute façon l'esprit d'entreprendre qu'il s'agit ici de stimuler en priorité. Une stimulation dont notre pays a bien besoin : " Une étude de la Banque nationale de Belgique a analysé les facteurs influençant le plus l'entrepreneuriat, poursuit Thierry Villers. Dans notre pays, le point faible est une culture entrepreneuriale peu développée. Parmi les freins, on trouve aussi le manque de confiance en soi et le risque lié au statut d'entrepreneur. " L'Institut wallon de l'évaluation, de la prospective et de la statistique (Iweps) a également publié en janvier 2019 les résultats d'une enquête réalisée auprès des élèves de l'enseignement secondaire supérieur. Cette recherche a mesuré l'effet net des mesures de sensibilisation à l'esprit d'entreprendre, sur les compétences, les attitudes et les intentions entrepreneuriales. Il en ressort que les élèves en tirent des bénéfices immédiats : meilleure confiance en leur capacité d'action, capacité à identifier leurs forces et faiblesses, faculté accrue d'adaptation aux circonstances imprévues, meilleure autonomie, etc. Qu'on ne s'y trompe toutefois pas, les cas d'une mini-entreprise débordant du cadre scolaire pour devenir un jour une start-up, comme Echooo, sont rarissimes. Par contre, les entrepreneurs d'aujourd'hui ayant fait leurs premières dents avec ce type de programme sont bien plus nombreux. Prenons l'exemple d'Amandine Sanfratello, 25 ans, à la tête de Taste of Liège, une start-up qui propose des balades gourmandes à Liège... En 2010, Amandine Sanfratello et sa classe participent au programme Mini-Entreprise avec un projet d'écharpes chauffantes et refroidissantes. " Cette expérience m'a donné une vue sur l'entrepreneuriat, une voie à laquelle on ne pense pas spontanément en sortant du secondaire, se souvient Amandine. En cours de projet, j'ai rencontré un étudiant du supérieur qui m'a fait entrer dans sa junior entreprise lorsque je suis arrivée à l'université. Cela m'a confortée dans l'idée d'entreprendre par la suite. " Après des études en Gestion des ressources humaines, Amandine Sanfratello complète sa formation par un master HEC Entrepreneurs tout en développant son projet Taste of Liège avec un ami. En 2017, les deux fondateurs présentent leur projet au VentureLab. Et tout s'enchaîne très vite puisque moins d'un an après, la société était opérationnelle. Le partenaire d'Amandine part alors vivre à l'étranger et la jeune femme se retrouve seule à la tête de la société. " La première année a été très encourageante, se remémore-t-elle. Alors que je visais essentiellement les touristes, j'ai finalement reçu énormément de demandes d'entreprises pour des évènements B-to-B ou des teams buildings qui représentent au final 80 % de notre chiffre d'affaires. " C'était une opportunité, nous permettant d'accueillir des demandes en dehors des périodes touristiques. La deuxième année, Taste of Liège a doublé son chiffre d'affaires. " Sans la crise actuelle du coronavirus, nos perspectives de croissance seraient vraiment positives, commente Amandine Sanfratello. J'avais d'ailleurs monté pour cette année un projet de balades do it yourself... " La cheffe d'entreprise reste toutefois positive. Elle espère, à plus long terme, créer des franchises de la société dans d'autres villes belges. Par Gaëlle Hoogsteyn.