Il fut un temps où partir à New York vous donnait une idée du futur et cela vous prodiguait de l'énergie. Dès la sortie de l'aéroport JFK, la congestion automobile permanente nous fait déchanter. Alors qu'Hong Kong possède une liaison rapide en train vers le centre-ville, New York continue de vous infliger un interminable trajet jusqu'à Manhattan. L'état des infrastructures publiques (comme celui du métro) n'est pas digne d'une cité internationale et contraste avec l'opulence de certains immeubles aux prix stratosphériques dans un pays qui crée chaque jour plus d'inégalités.
...

Il fut un temps où partir à New York vous donnait une idée du futur et cela vous prodiguait de l'énergie. Dès la sortie de l'aéroport JFK, la congestion automobile permanente nous fait déchanter. Alors qu'Hong Kong possède une liaison rapide en train vers le centre-ville, New York continue de vous infliger un interminable trajet jusqu'à Manhattan. L'état des infrastructures publiques (comme celui du métro) n'est pas digne d'une cité internationale et contraste avec l'opulence de certains immeubles aux prix stratosphériques dans un pays qui crée chaque jour plus d'inégalités. Ces considérations ne découragent pas les entrepreneurs belges (et européens) de tenter de développer leur business outre-Atlantique. D'autant qu'ils peuvent bénéficier des conseils de BelCham, la chambre de commerce belgo-américaine (fondée en 1919 par des entrepreneurs belges à l'occasion de la visite du roi Albert Ier aux Etats-Unis). Le dîner de gala célébrant les 100 ans de cette association, qui conseille et soutient les scale-up et les sociétés déjà bien établies en Belgique et désireuses d'attaquer le marché américain, était l'occasion d'en croiser certains. Comme Christian Loos, fondateur de Brand Kitchen (agence marketing établie dans l'espace coworking de BelCham) qui a géré le branding du site internet de l'association. Lors de notre séjour, nous croisons aussi l'associé depuis 20 ans du Belge Yves Jadot, Alberto Benenati. " Je suis un peu une pièce rapportée, moins médiatique que mon associé belge, confie-t-il. Nous avons revendu nos restaurants ( La Petite Abeille, Ndlr) pour nous focaliser sur les bars. La conjonction d'un immobilier hors de prix et la multiplication par trois du salaire minimum en plusieurs années nous oblige à nous réinventer en permanence. Ici, j'assure une cuisine minimum et, avec ma licence d'alcool, je peux dégager des marges confortables et ne pas enrichir uniquement le landlord. " Avec quatre bars maintenant, repris dans le top 10 des bars du New York Times, il cible les afterwork et l'après-spectacle. " Tu dois en permanence t'adapter ici: il n'y a pas de filet de sécurité, ajoute-t-il. Mais quand cela marche, tu peux concrétiser tes rêves ", précise celui qui s'est maintenant installé avec sa famille à West Hampton, à 90 minutes de New York. " Un journal avait fait le calcul : tu dois gagner 500.000 dollars par an pour vivre en famille avec trois enfants à Manhattan. " Ce soir-là, un soleil généreux se couche sur Manhattan tandis que les limousines défilent devant la Caldwell Factory. Elles débarquent des couples en tenue de soirée pour la " Party of the Century ". BelCham a vu grand pour fêter ses 100 ans. Selon les organisateurs, tout ce que la Belgique compte comme entrepreneurs et hauts cadres dirigeants belgo-américains installés aux Etats-Unis sont là, qu'ils vivent à New York, à Miami ou San Francisco. Certains ont même traversé l'Atlantique pour célébrer un centenaire de ups and downs de l'association. Car oui, comme Big Apple, BelCham a connu des hauts et des bas et n'a pas peur de le dire ni de l'afficher sur les murs de l'exposition retraçant un siècle de présence belge aux Etats-Unis et que chaque invité découvre avant de se rendre à sa table pour cette soirée à 750 dollars le couvert. On y croise notamment Georges Ugeux, bon pied bon oeil, mentionné à l'année 1997 sur les murs de l'expo, lorsqu'il devint group executive vice president de la Bourse de New York. 1997 est aussi l'année où le premier site internet de Belcham - belcham.org - a vu le jour. Sur les murs, les noms d'entreprises défilent : Barco, Brussels Airlines, AB InBev ou KBC, sans qui la BelCham ne serait pas là aujourd'hui. C'est l'histoire du phénix qui sans cesse renaît de ses cendres, qui se réinvente, pour toujours mieux rebondir à l'image de cette économie américaine qui chaque année produit le quart du PIB mondial avec moins de 5% de la population mondiale de la planète. " Se lancer aux Etats-Unis est le rêve de nombreux entrepreneurs, déclare Marianne Amssoms, nouvelle présidente de BelCham. Et ce n'est pas surprenant. Véritable culture de l'entrepreneuriat, l'économie américaine reste la plus importante du monde. Toutefois, dans un monde de plus en plus polarisé où le libre-échange et la coopération sont soumis à des pressions croissantes, le besoin de soutenir les entreprises et les entrepreneurs dans leur traversée transatlantique est plus fort que jamais. " Nous croisons aussi Stefaan Merckx, CEO de Carta Mundi, présent pour la première fois au dîner annuel de BelCham car il vient de signer un accord en vue d'acquérir la société The United States Playing Card Company. " Les Etats-Unis vont représenter jusqu'à 60% de notre chiffre d'affaires et, pour la première fois, nous aurons des marques iconiques en portfolio comme Bicycle, Bee, Hoyle et Fournier, ainsi que des casinos, précise-t-il. C'est une grande étape pour nous d'arriver au coeur de l'écosystème entrepreneurial belgo-américain. " Il y a fort à parier que ce n'est pas la dernière fois que nous le verrons ici. Entre le bar à oxygène, l'orchestre, le speakeasy, le supermarché de produits belges et le dîner concocté par le chef Bart Vandaele, exploitant plusieurs adresses réputées à Washington, il faut être rapide pour mettre la main sur le duo frère-soeur qui dirige au quotidien la chambre belgo-américaine, à savoir Laurence et Valérie Van den Keybus. " BelCham est un moteur de mobilité sociale, d'opportunités économiques et de progrès depuis 100 ans et cela est dû en partie à des générations de rêveurs et de réalisateurs audacieux, déclare Laurence Van den Keybus. Nous savons que l'Europe offre un sol fertile, mais pour croître rapidement, les entreprises doivent envisager d'entrer aux Etats-Unis. Il en va de même pour les étudiants et les jeunes professionnels. Nous savons d'expérience que cultiver un état d'esprit international contribue à transformer la modestie belge en audace. " L'activité de l'organisation a bien sûr évolué au cours de ces 100 ans. Soutenant au départ la reconstruction des entreprises familiales belges après les deux guerres mondiales, BelCham a ensuite évolué vers l'accompagnement dans le développement de scale-up et d'entreprises outre-Atlantique. Pas mal d'entre elles étaient présentes à ce dîner, tout comme la licorne Collibra, largement ovationnée durant la soirée. Depuis 2014, quelques 200 entrepreneurs belges ont démarré leur activité sur le marché américain via les espaces de coworking et les programmes d'accélération de BelCham, également présente à San Francisco. Plus de 750 jeunes professionnels ont débuté leur carrière internationale grâce au programme d'échange par BelCham et plus de 400 chefs d'entreprise ont pu s'inspirer lors de journées d'innovation et de missions de prospection, créées sur mesure par BelCham. New York se couche et se lève tôt en 2019. Finies les nuits sulfureuses du Studio 54, et même si un des derniers temples de la nuit, le Marquee, se situe à quelques mètres de la fête, la plupart des invités reprennent leur limousine après avoir goûté au food-truck de Waffles and Dinges de Thomas De Geest. De A à Z, la soirée fut bien belgo-américaine.