Les opérateurs mobiles Proximus, Orange et Telenet géreront à l'avenir les communications d'urgence. Actuellement, les appels des services de secours (ambulances, pompiers, secouristes, etc.) et de sécurité (police, armée, etc.) passent par le réseau développé par l'opérateur public Astrid. Plus de 78.000 utilisateurs sont connectés sur ce réseau qui fonctionne grâce à la technologie Tetra. Utilisé depuis 20 ans par Astrid, ce standard de communication commence à montrer ses limites. D'ici une dizaine d'années, il sera carrément obsolète.

" Nous disposons actuellement des capacités nécessaires pour assurer les communications vocales critiques. Mais les besoins de nos utilisateurs évoluent. De nouvelles applications émergent, qui nécessitent des capacités supplémentaires en termes de données mobiles ", explique Christophe Grégoire, directeur technique d'Astrid. Sur le terrain, les policiers sont amenés à consulter des bases de données en ligne comme le casier judiciaire, le registre des armes ou des immatriculations, illustre Christophe Grégoire. Le développement des bodycams (caméras portées par les officiers de police) pourrait nécessiter l'envoi de fichiers vidéos vers le commissariat. On voit même apparaître des projets pilotes d'ambulanciers équipés de lunettes connectées type Google Glass offrant un contact vidéo en direct avec un médecin urgentiste, qui peut aider à faire un premier diagnostic.

Toutes ces nouvelles fonctionnalités sont gourmandes en données mobiles. Le réseau Tetra n'étant pas suffisamment costaud pour y faire face, il fallait trouver une nouvelle solution. Astrid aurait pu développer lui-même un nouveau réseau. Mais cette option a été abandonnée pour des raisons de disponibilité des fréquences mobiles et de contrainte budgétaire : " La mise à niveau de notre réseau aurait nécessité de tripler ou quadrupler le nombre de mâts où nous plaçons nos antennes ", souligne Christophe Grégoire (Astrid).

Eviter la saturation des réseaux

Les trois opérateurs mobiles ont l'avantage de disposer de réseaux déjà largement déployés. Par contre, ils ne répondent pas parfaitement aux exigences des services de secours et de sécurité. Dans un projet d'arrêté royal, le gouvernement fixe certaines contraintes aux opérateurs afin qu'ils garantissent un accès prioritaire aux communications d'urgence. Sous le contrôle d'Astrid, ils devront mettre en place des dispositifs techniques efficaces pour éviter que les réseaux ne saturent en cas de situation exceptionnelle, comme lors des attentats de Bruxelles en 2016. Ils seront aussi invités à renforcer leurs antennes afin que le réseau continue à fonctionner en cas de black-out et de délestage (un cas de figure de moins en moins hypothétique).

Les opérateurs privés devront enfin veiller à couvrir certaines zones " blanches " où leurs réseaux ne passent pas, mais qui comprennent certaines installations critiques, comme des sites Seveso. Une " rémunération équitable " - qui n'a encore fait l'objet d'aucune estimation budgétaire - sera versée par l'Etat aux opérateurs pour assurer cette couverture étendue.