Ce miracle économique et financier peut-il continuer encore longtemps? De nombreux éléments nous font penser que non. Voici les 14 raisons qui l'expliquent.

N°1 De nombreux indicateurs de calcul de risques ou de cherté sont à des niveaux maximum historiques. On peut citer en vrac l'indicateur de Goldman Sachs, celui de Warren Buffet, de Citigroup, le ratio de Shiller. Ils sont tous à des sommets historiques de valorisation.

N°2 Suite à la baisse des taux d'intérêts, le niveau d'endettement des sociétés américaines est à nouveau à un niveau maximum record comme en 2000 et en 2007.

N°3 Après des années de révisions des bénéfices à la hausse, les analystes ont pour la première fois revu les bénéfices des sociétés américaines en baisse pour 2019.

N°4 les appels de marges pour les investisseurs qui empruntent sont bien plus élevés que lors des deux derniers sommets en 2000 et 2007. Il y a donc beaucoup d'investisseurs qui ont emprunté pour investir en bourse. En cas de baisse des marchés ils vont devoir vendre.

N°5 La dette des pays industrialisés au lieu de diminuer est passée de $145 trillions en 2007 à $174 trillons en 2017. Celle des pays émergents est passée de $21 trillons à $63 trillons.

N°6 La courbe des taux d'intérêts aux USA est quasi plate ce qui dans le passé a toujours été annonciateur de récession.

N°7 Ces 5 dernières années, l'inflation variait entre 0% et 2%. On assiste à un début de hausse des salaires aux USA et en Europe ; et la guerre commerciale devrait accentuer la tension sur les prix. Si l'inflation monte, les taux d'intérêt monteront aussi ce qui fera baissé mécaniquement la valeur actuelle de la bourse. Si l'inflation ne monte pas cela sera dû à un ralentissement économique ce qui n'est pas non plus une bonne nouvelle pour la bourse.

N°8 En 5 ans le taux américain à 2 ans est passé de 0.6% à 2.8%. Nous avons donc eu une hausse de la bourse américaine avec en même temps une hausse de tau ce qui n'est pas tenable.

N°9 Les liquidités mondiales diminuent à cause de la politique moins accomodante de la Réserve Fédérale. En Europe, la Banque Centrale Européenne arrête son quantitative easing.

N°10 les prix de l'immobilier aux USA commencent à descendre après 8 années de forte hausse. Le volume des maisons vendues et des nouveaux chantiers est en baisse. Historiquement c'est un signe précurseur de récession.

N°11 Récemment, on observe que lorsque les résultats des entreprises sont en-dessous des attentes, les corrections sont sévères. Par contre, lorsque les résultats sont au-dessus des attentes les hausses sont limitées voire négatives.

N°12 la robotisation croissante de la gestion de portefeuilles implique qu'en cas de hausse de taux et/ou de volatilité, les ordinateurs exigeront de vendre pour respecter les profils de risque des clients. Nous nous attendons donc à un effet d'entraînement.

N°13 Le plein emploi aux USA ne permet pas d'assurer une poursuite de la croissance du PIB aussi importante et indique une fin de cycle économique.

N°14 la régulation est un frein à la poursuite d'une forte croissance des bénéfices dans le secteur technologique aux USA. Elle est la cause de la dégringolade du secteur financier en Europe.

Nous n'avons pas cité volontairement les facteurs géopolitiques comme la guerre commerciale, le Brexit, l'Italie, la Turquie, les gilets jaunes, la montée du populisme car les facteurs géopolitiques ont toujours existé.

En résumé, la réalité d'un niveau général d'endettement trop élevé nous rattrape et limite les marges de manoeuvres pour prolonger le cycle. Être en fin de cycle avec des taux d'intérêts, une inflation et des salaires qui montent dans un contexte de baisse de liquidité et de hausse de la régulation en Europe n'est pas porteur pour les actions. Pour poursuivre la hausse il faudrait que les taux d'intérêts, l'inflation et les salaires ne montent plus. Il faut une guerre commerciale limitée et une régulation limitée. Ce n'est pas exactement la tendance actuelle mais on peut rêver...

Jean-Marc Michelet