Inspiré du FLIP

Cette étrange nacelle portée par les vagues est en réalité un bateau océanographique. Elle s'inspire du navire américain FLIP (pour floating instrument platform). Tiré par un remorqueur, il ressemble à n'importe quel autre bateau, hormis sa poupe plus fine et très allongée. Sur la chaîne YouTube du Scripps Oceanography, un institut américain d'océanographie, propriétaire du bateau, une vidéo montre le fonctionnement de ce navire très particulier. Une fois au large, l'énorme poupe du bateau se remplit progressivement d'eau, faisant peu à peu basculer la proue, comme si le navire était en train de chavirer, avant de rester bien droit, telle une tour flottant sur l'océan. Le Polar Pod fonctionnera de la même manière.
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Cette étrange nacelle portée par les vagues est en réalité un bateau océanographique. Elle s'inspire du navire américain FLIP (pour floating instrument platform). Tiré par un remorqueur, il ressemble à n'importe quel autre bateau, hormis sa poupe plus fine et très allongée. Sur la chaîne YouTube du Scripps Oceanography, un institut américain d'océanographie, propriétaire du bateau, une vidéo montre le fonctionnement de ce navire très particulier. Une fois au large, l'énorme poupe du bateau se remplit progressivement d'eau, faisant peu à peu basculer la proue, comme si le navire était en train de chavirer, avant de rester bien droit, telle une tour flottant sur l'océan. Le Polar Pod fonctionnera de la même manière. Jean-Louis Etienne connaît bien cette région du globe. Médecin de formation, il explore le monde depuis les années 1970 et se passionne particulièrement pour les régions polaires. En 1986, il devient le premier homme à atteindre seul le pôle Nord. De juillet 1989 à mars 1990, il fait partie d'une expédition qui bouclera la plus longue traversée de l'Antarctique, soit 6.300 kilomètres. " Nous avions emprunté une plateforme de glace qui était descendue des glaciers et qui flottait sur la mer. Une érosion était à l'oeuvre depuis longtemps. Aujourd'hui, ces 600 premiers kilomètres ont disparu ", constate Jean-Louis Etienne. Tracté par un remorqueur depuis Port Elizabeth, en Afrique du Sud, il sera placé dans le courant circumpolaire antarctique. Surnommé les " cinquantièmes hurlants ", ce courant marin encercle le continent blanc. Une fois ses ballasts remplis d'eau, la nacelle du Polar Pod se dressera à 15 mètres au-dessus de la surface de la mer Mais en comptant sa poupe immergée, elle culmine à 100 mètres de hauteur, soit 7 mètres de plus que la statue de la Liberté. Un design particulièrement adapté pour résister aux vents violents et à la houle agitée. Immergé dans des eaux profondes et stables, le Polar Pod tangue très peu et très lentement. " Nous ne sommes pas posés sur la mer. Elle nous traverse, explique Jean-Louis Etienne, explorateur à l'initiative du projet. Nous sommes loin des mouvements imposés par les vagues sur une coque d'un bateau classique. " Le Polar Pod est aussi un bateau silencieux : il se laissera dériver au gré du courant océanique. Des voiles et deux hélices alimentées par un groupe électrogène permettront d'orienter le bateau si nécessaire, et ainsi éviter les icebergs. Autonome en énergie, il sera alimenté par six petites éoliennes dont l'électricité sera stockée dans deux batteries de 50 kWh chacune. Le Polar Pod devrait commencer à dériver autour de l'Antarctique au début du mois d'octobre 2021. Epaulés par trois marins, quatre scientifiques étudieront cette région encore très méconnue. Relevée tous les deux mois, cette équipe de scientifiques étudiera d'abord la faune marine grâce à des hydrophones - des micros placés sous l'eau. Ils étudieront aussi la capacité de cet océan à capter le dioxyde de carbone, principal responsable du changement climatique. " Le CO2 se dissout d'abord dans les eaux froides, explique Jean-Louis Etienne. Nous sommes donc convaincus que c'est le principal puits de carbone océanique de la planète. " Cependant, l'augmentation de la concentration de CO2 dans l'eau n'est pas nécessairement une bonne nouvelle. De plus en plus dissous, le dioxyde de carbone accroît l'acidification de l'eau. " Cela touche la structure calcaire de beaucoup d'espèces, comme du zooplancton ( ces petits organismes qui sont à la base de la chaîne alimentaire, Ndlr) ", explique Jean-Louis Etienne. Un phénomène observé par cette équipe de chercheurs. Ils valideront également les données récoltées par les satellites, comme la vitesse du vent, la hauteur des vagues, la direction de la houle, ou la couleur de l'océan qui permet d'étudier le phytoplancton, à la base de l'alimentation du zooplancton. Enfin, ils étudieront l'impact de l'homme sur cet environnement, en mesurant notamment les concentrations de micro-plastiques présents dans l'océan. Cette expédition devrait durer deux ans.