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Cette petite cité du nord profond est la capitale des sables bitumineux. Un mélange de brut lourd, de sable et d'argile, dont on peut tirer du pétrole après une cascade d'opérations, toutes polluantes et énergivores. Trois gisements s'étirent dans les sous-sols. Une dizaine de compagnies les exploitent. L'essor de cette industrie date de l'année 2000, sous l'effet d'une forte demande en pétrole, d'une amélioration des techniques et d'un cadre fiscal taillé sur mesure. C'est la ruée vers l'or (noir). Puis, survient un mouvement de balancier voici deux ans. Avec la dégringolade des cours pétroliers, la rentabilité en prend un coup, les investissements sont reportés, des milliers d'emplois s'envolent. "La fête est finie", résument alors les journaux locaux. Même l'activité de tout le pays plonge dans une légère récession durant les six premiers mois de 2015. Cela, c'était avant les incendies. Ceux-ci ont donc rajouté à la débâcle. Certes, aucune installation n'a été détruite. Mais la production a été stoppée en de nombreux endroits. Environ 1 million de barils par jour n'ont pu être sortis de terre. Non négligeable, quand on sait que l'offre mondiale de pétrole surpasse la demande de 1,5 million de barils de façon continue et que c'est cet écart qui maintient les prix bas (mais qui tend peu à peu à se réduire). En réaction, le prix du baril nord-américain de référence, le WTI, aurait pu se mettre à grimper. Non. Il a à peine réagi durant la semaine du 9 mai. Pourquoi cette insensibilité ? Parce que les stocks américains restent à un top historique : 540 millions de barils. Parce que l'industrie des sables bitumineux promet un redémarrage (relativement) rapide. Parce que le remplacement concomitant du ministre saoudien du Pétrole a monopolisé l'attention. L'économie canadienne devrait marquer le pas dans un premier temps, car le pétrole représente 20 % de son PIB. Avant de s'accélérer sous l'effet de la reconstruction. Classique. Au final, la presse du pays pense que les conséquences de cet épisode ne devraient pas différer d'autres catastrophes du passé. Par contre, pour l'industrie des sables bitumineux, elle est moins optimiste. Le brasier a dégradé son image. C'est comme si Fort McMurray, à force de trop miser sur les combustibles fossiles, avait été rattrapée par le réchauffement climatique qui a asséché ses forêts...