La digitalisation du temps libre a sans doute une grande part de responsabilité dans la méforme actuelle du marché du livre. Depuis le véritable décollage de Facebook en Belgique, les ventes d'ouvrages en langue française n'ont en effet cessé de baisser sur notre territoire et les derniers chiffres de l'Association des éditeurs belges (Adeb) témoignent de cet état de fait. De 264 millions d'euros en 2010, le marché du livre en Belgique a reculé à 252 millions en 2013, avant de chuter à 240 millions l'année dernière, soit une dégringolade de près de 10 % en sept ans à peine.
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La digitalisation du temps libre a sans doute une grande part de responsabilité dans la méforme actuelle du marché du livre. Depuis le véritable décollage de Facebook en Belgique, les ventes d'ouvrages en langue française n'ont en effet cessé de baisser sur notre territoire et les derniers chiffres de l'Association des éditeurs belges (Adeb) témoignent de cet état de fait. De 264 millions d'euros en 2010, le marché du livre en Belgique a reculé à 252 millions en 2013, avant de chuter à 240 millions l'année dernière, soit une dégringolade de près de 10 % en sept ans à peine. C'est une évidence : le Belge passe de plus en plus de temps sur le Web et les réseaux sociaux (186 minutes en moyenne par jour, selon la dernière étude MediaXperience de la RMB en 2016) et lit donc de moins en moins de livres. Alarmant, le constat est encore plus amer pour les éditeurs belges dont la part de marché se réduit davantage. Fortement concurrencés par les ouvrages français qui inondent nos librairies, les livres édités par les maisons belges ne représentent plus que 26 % des ventes aujourd'hui sur notre territoire alors que cette part de marché flirtait encore avec les 31 % en 2010. Dans cette offre de livres " locaux ", la bande dessinée reste une valeur sûre puisqu'elle se taille toujours la part du lion avec plus de 50 % du chiffre d'affaires du livre spécifiquement belge. Pour le monde de l'édition, la digitalisation ambiante ne se limite toutefois pas à la seule pratique des loisirs qui réduit le temps et donc l'argent consacrés jadis à la lecture de romans. En matière de distribution aussi, l'émergence de nouveaux acteurs numériques a fortement contribué à l'érosion du marché du livre sur le territoire belge. Ainsi, depuis quelques années, le géant de l'e-commerce Amazon grignote des parts de marché et réduit de fait la vente physique en librairies et en grandes surfaces. Dans la présentation de ses derniers chiffres, l'Adeb fait ainsi référence à une étude de l'institut Ipsos qui évalue le poids de la livraison de livres via des sites internet à environ 80 millions d'euros. Si l'on ajoute ce chiffre aux 240 millions évoqués plus haut, le marché réel du livre en Belgique pèserait donc 320 millions d'euros et les sites d'e-commerce - majoritairement Amazon - détiendraient 25 % de ce marché. Comparativement à la France où le poids d'Amazon et consorts se situe sous la barre des 20 %, la Belgique cède donc un quart de son chiffre d'affaires réalisé dans le livre à ces acteurs numériques. L'explication est assez simple : chez nous, l'instauration de la tabelle - un mécanisme jadis activé pour compenser les variations de taux de change - fait augmenter le prix des livres français de 10 à 15 %, ce qui pousse les Belges à commander davantage ces ouvrages sur Amazon, plateforme sur laquelle ils peuvent se les fournir au " prix français ". Prévue en 2018, l'application du prix unique du livre lancée par la ministre de la Culture Alda Greoli en Fédération Wallonie-Bruxelles devrait signifier la fin de cette tabelle désuète et donc peut-être réduire la part de marché grandissante d'Amazon sur notre territoire. On peut toujours rêver...