Il y a trois semaines, Airbus publiait ses objectifs de livraison pour l'année 2020. Aujourd'hui, la propagation du Covid-19 oblige la société à revoir son agenda et pousse tout le secteur de l'aviation vers une zone de turbulences. Les taux de réservations ont fortement chuté, les passagers se détournant des voyages en avion, ce qui oblige les compagnies à réduire le nombre de vols proposés, y compris les plus rentables comme les liaisons transatlantiques. Une réduction des vols qui pousse ces mêmes compagnies à revoir leurs perspectives d'embauches.
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Il y a trois semaines, Airbus publiait ses objectifs de livraison pour l'année 2020. Aujourd'hui, la propagation du Covid-19 oblige la société à revoir son agenda et pousse tout le secteur de l'aviation vers une zone de turbulences. Les taux de réservations ont fortement chuté, les passagers se détournant des voyages en avion, ce qui oblige les compagnies à réduire le nombre de vols proposés, y compris les plus rentables comme les liaisons transatlantiques. Une réduction des vols qui pousse ces mêmes compagnies à revoir leurs perspectives d'embauches.Si les engagements dans l'industrie aéronautique stagnent, il n'en est pas de même pour l'impact du coronavirus sur les pertes en terme de chiffre d'affaires pour ces compagnies aériennes. Le 20 février, l'association internationale du transport aérien (Iata) a publié une première estimation de 29,3 milliards de dollars de pertes de revenus. Ce chiffre valait pour un scénario où l'impact se limiterait aux marchés associés à la Chine... Depuis, changement de scénario car le virus a atteint plus de 80 pays. Jeudi, l'association revoyait donc ses estimations de pertes en termes de chiffre d'affaires pour le transport de passagers dans une fourchette allant de 63 milliards de dollars (si la propagation du virus est rapidement contenue) jusqu'à 113 milliards si le coronavirus continue sa progression. Cette estimation ne prend pas en compte les pertes du transport de fret, selon l'AFP.Les chiffres actuels montrent une baisse de 2,8 % du trafic aérien mondial pour cette année, selon la société de conseil pour l'aéronautique Ascend by Cirium, alors que les prévisions de Iata, à la fin de l'année dernière, tablaient sur une croissance de 4,7 % en l'année 2020. Prévisions revues à la baisseDans ce contexte, Airbus ne sera pas la seule société à réévaluer ses prévisions pour l'année en cours. Les dirigeants de l'industrie aérospatiale et des compagnies aériennes ont déclaré qu'ils suivaient la situation au jour le jour. Si Airbus n'a pas encore décidé de réduire ses objectifs de livraison, une source, ayant connaissance de la situation, a déclaré au Financial Time que "plusieurs compagnies aériennes essaient de reporter les livraisons. Il est probable que les perspectives devront être réévaluées avant la fin du mois de mars". Les analystes ont suggéré que, pour Boeing, l'impact des reports pourrait être atténué par l'immobilisation au sol du 737 Max. Airbus a refusé de commenter.La réévaluation de ses objectifs par Airbus et les mesures prises cette semaine par les différentes compagnies aériennes, de British Airways à Ryanair, afin de réduire fortement leurs vols, montrent à quel point la crise du Covid-19 se dégrade rapidement."Le secteur de l'aviation est dans une zone de crise. La situation s'est rapidement détériorée depuis le week-end dernier" déclare Brian Pearce, chef économiste chez Iata. Et d'ajouter que la situation actuelle est bien pire que l'épisode du SRAS. "Cela ressemble plus à la crise financière mondiale, quand, en 2009, les revenus des compagnies aériennes ont chuté de 16 %. Nous n'en sommes pas encore là, mais tout dépendra des gouvernements, voire s'ils parviendront ou pas, à contenir cette épidémie européenne".La compagnie British Airways, filiale du britannique IAG, a annoncé lundi que pour "s'adapter à la baisse de la demande due au coronavirus", elle annulait plusieurs centaines de vols, entre le 16 et le 28 mars, vers certains pays comme l'Italie et l'Allemagne, mais aussi des vols entre l'aéroport de Heathrow, à Londres, et celui de JFK, à New York. Cette décision de couper les routes transatlantiques est assez inhabituelle et témoigne de l'importance de la propagation du virus. Selon Rob Stallard, analyste aérospatial chez Vertical Research, la dernière fois que cette interruption s'est produite de manière durable, c'était pendant la crise financière de 2008-2009.La compagnie low-cost, Ryanair, annonçait, quant à elle, annuler jusqu'à 25% de ses vols, principalement vers et depuis l'Italie, prévus entre le 17 mars et le 8 avril, en raison d'une demande plus faible consécutive à l'épidémie de coronavirus. Plus tôt, Lufthansa et easyJet avaient aussi revu leur capacité de vols à la baisse.Des sources chez Virgin Atlantic ont déclaré que le transporteur avait vu une diminution de 40 % de la demande de voyages par rapport à mars 2019, signe que les inquiétudes concernant le coronavirus affectent également la demande sur les liaisons transatlantiques, et pas seulement sur les vols court-courriers en Europe. Il est probable que dans les jours à venir la compagnie aérienne devienne le dernier transporteur à intensifier les mesures d'urgence de réduction des coûts pour protéger son bilan.Optimisme malgré toutPlusieurs dirigeants de compagnies aériennes européennes ont minimisé les craintes de voir le coronavirus causer des dommages importants et à long terme à la demande de voyages.Présent mardi passé à Bruxelles pour un sommet de l'association Airlines for Europe (A4E), dont font également partie des groupes comme Air France-KLM, easyJet, Lufthansa et TUI, Michael O'Leary, le patron de Ryanair, déclarait : "La panique immédiate à court terme concernant les voyages va très rapidement se résorber. Elle diminuera au cours des deux ou trois prochaines semaines". Et de confier à Belga lors d'un entretien: "Je m'attends à ce que les réservations soient très faibles pendant quelques semaines". Selon lui, "sauf nouvelle poussée du virus ou paranoïa", tout se calmera d'ici les vacances de Pâques. Il ne voit d'ailleurs pas (encore) de baisse des réservations pour cette période. "Le nombre de nouveaux cas va ralentir, les mesures de confinement seront raisonnablement efficaces, la tempête médiatique va se calmer et les gens vont finir par se lasser."Willie Walsh, directeur général d'IAG, dont British Airways est une filiale, déclare que la situation actuelle de l'épidémie de coronavirus n'est pas comparable à celle du 11 septembre et des attaques terroristes. "Le 11 septembre a eu clairement un impact transatlantique, cela s'est traduit par une chute très importante de la demande transatlantique, mais assez rapidement après la réouverture du ciel américain, cette demande est repartie à la hausse". Lui aussi s'attend à ce que cette baisse de la demande se stabilise bientôt. "Si on suit le modèle observé en Asie, on peut s'attendre à ce qu'elle se stabilise en quelques semaines".En mode surviePourtant en dépit de cet optimisme prudent, les compagnies aériennes semblaient être passées en "mode survie", a déclaré Rob Morris, Global Head of Consultancy chez Ascend by Cirium. "L'objectif est de se mettre à l'abri, de réduire les coûts en réduisant autant que possible les horaires, de chercher à réduire les investissements en négociant avec les sociétés de leasing, de profiter de la baisse des prix du carburant qui en résulte, et de s'assurer qu'à la fin de la crise... vous serez toujours en activité", a-t-il déclaré.Mardi, dans un rapport, Andrew Lobbenberg, analyste aviation chez HSBC, a déclaré que les transporteurs européens, cotés en bourse, pourraient voir leurs revenus 2020 diminuer de 87% chez Air France-KLM à 23% chez Wizz Air.Johan Lundgren, directeur général d'easyJet, soulignait que l'importance de ce coup dur, porté au secteur de l'aviation, dépendra de la capacité des pays à contenir le virus. "Nous pouvons voir que quand la situation se stabilise sur certains marchés, à très court terme cela a un effet sur les réservations", précisait-il encore. Toutefois, il a averti que si le virus continuait sa propagation, la situation deviendrait plus difficile.De nombreux dirigeants du secteur de l'aviation s'en tiennent toujours aux objectifs fixés dans les premières semaines de 2020. L'expérience de l'épidémie de SRAS en 2003 avait montré que la demande était repartie rapidement à la hausse - en six à sept mois - une fois le pire passé. "Les deux prochains mois seront cruciaux" a déclaré l'un d'entre eux.Les effets de la propagation du virus en dehors de l'Asie frappent également les transporteurs dits "super-connecteurs", tels qu'Emirates et Qatar Airways, dont les stratégies de croissance ont largement été basées sur la liaison entre les villes d'Extrême-Orient avec le Moyen-Orient, l'Afrique, l'Europe et les Amériques.Traduction: Virginie MoriauxSources : Financial Times, AFP, Bloomberg, Belga