De toute façon, aucun n'oserait avouer qu'il fait la paillasse. Un patron de multinationale qui admettrait sans détour se lever à midi ? Cela ferait mauvais genre. Sans doute font-ils à l'occasion la grasse matinée (après tout, ce sont des humains normalement constitués !), mais au quotidien leur réveil est réglé de bonne heure. De très bonne heure. Tim Cook, CEO d'Apple, commencerait à envoyer des e-mails dès 4 h 30 du matin, selon la presse américaine. Marissa Mayer, PDG de Yahoo!, ne dort que quatre à six heures par nuit. Tim Armstrong, big boss d'AOL, se lève à 5 h, 5 h 15 grand maximum. Idem pour Ursula Burns (Xerox).
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De toute façon, aucun n'oserait avouer qu'il fait la paillasse. Un patron de multinationale qui admettrait sans détour se lever à midi ? Cela ferait mauvais genre. Sans doute font-ils à l'occasion la grasse matinée (après tout, ce sont des humains normalement constitués !), mais au quotidien leur réveil est réglé de bonne heure. De très bonne heure. Tim Cook, CEO d'Apple, commencerait à envoyer des e-mails dès 4 h 30 du matin, selon la presse américaine. Marissa Mayer, PDG de Yahoo!, ne dort que quatre à six heures par nuit. Tim Armstrong, big boss d'AOL, se lève à 5 h, 5 h 15 grand maximum. Idem pour Ursula Burns (Xerox). Tous ces petits dormeurs ont inspiré Hal Elrod, le dernier coach en développement personnel à la mode, auteur du livre The miracle morning. Un ouvrage qui fait un tabac aux Etats-Unis et qui explique, au fil de ses 172 pages, que le secret des grands de ce monde - et donc de la réussite - est de se lever avec les poules. Peut-être pas à 4 h du mat', mais plus tôt que d'habitude. Au moins avant 8 h (rares sont les travailleurs-parents qui peuvent de toute façon se permettre le contraire) et d'un seul coup (exit donc les sonneries qui retentissent 10 fois d'affilée). Une manière de se dégager du temps. Pour faire quoi ? Peut-être une partie de tennis comme Anna Wintour (rédactrice en chef du Vogue américain) ou une séance de yoga comme Richard Branson (fondateur de Virgin). Hal Elrod conseille pour sa part la méditation, la lecture, le sport... Mais aussi l'écriture : de ses objectifs quotidiens, de ses pensées du moment, d'une citation inspirante... Coucher les mots sur du papier aurait des bienfaits insoupçonnés. Ces habitudes matinales auraient in fine un impact positif sur notre efficacité, notre humeur, notre bonheur. Se réveiller plus tôt n'implique donc pas de commencer plus tôt à bosser. Ça, les CEO précités semblent l'avoir oublié, en workaholics qu'ils sont. "J'ai souvent l'impression que les cerveaux qui fonctionnent très bien ont moins besoin d'heures de sommeil", observe Alia Cardyn, coach en entreprise. Débuter sa journée aux aurores, est-ce vraiment la panacée ? "Je dirais que l'essentiel, c'est de dormir sept à huit heures, répond-elle. Après, il faut faire la distinction : se lever tôt est-il un choix ou une contrainte, parce qu'on ne parvient pas à dormir ?" Peu d'études scientifiques se sont penchées sur la thématique du sommeil patronal. La question mérite pourtant d'être posée : les chefs d'entreprise sont sans cesse sollicités, soumis au stress et aux responsabilités, contraints à des obligations de résultats. On en dormirait mal pour moins que ça. Or trop peu de temps passé au lit peut influencer l'humeur, l'efficacité, la performance... Combiné à d'autres facteurs, cela peut parfois mener à l'épuisement voire au burn-out. En France, une analyse de l'Amarok - l'observatoire de la santé des patrons de PME - a révélé que les dirigeants ferment l'oeil en moyenne six heures trente par nuit, contre plus de sept heures pour Monsieur Tout-le-Monde. En 2012, des chercheurs de l'Université de Liège, les professeurs Philippe Mairiaux et Isabelle Hansez, se prêtaient au même exercice concernant les chefs de PME. Une première en Belgique. Sur 1.161 répondants, 22 % déclaraient dormir moins de six heures. Par ailleurs, le problème de santé le plus souvent cité était la fatigue générale, ressentie par 74,7 % des sondés contre 34 % dans la population active. Suivaient ensuite les douleurs musculaires, les maux de dos et les insomnies/difficultés à dormir, vécues par 58,2 %, contre 20 % dans la population active. Pourtant, peu de dirigeants en parlent ouvertement. Se voilent-ils la face ? Avouer un manque de sommeil serait-il considéré comme un aveu de faiblesse, une incapacité à maîtriser tous les aspects régissant leur vie ? Certains sont sans doute dans le déni. D'autres mettent des stratégies en place, bien décidés à ne pas se laisser dépasser. Au début de sa carrière, Tom Van de Cruys travaillait sept jours sur sept. Aujourd'hui, le managing director du fournisseur d'énergie Lampiris met un point d'honneur à marquer une rupture nette entre la semaine et le week-end. "Si je travaille le samedi et le dimanche, je sais que je serai moins efficace le lundi et que le reste de la semaine va en souffrir, raconte-t-il. Je préfère encore me lever à 4 h le lundi que de travailler le week-end !" L'homme est de toute façon un lève-tôt : il quitte son lit à 5 h 30, après sept à huit heures de sommeil (il se couche en général vers 22 heures). Il en profite pour lire les journaux et le sport précède souvent le bureau. Course, vélo, natation... Une manière d'effacer son stress. "Si je le fais le soir, alors je ne m'endors pas, le corps est encore trop chaud." Tom Van de Cruys ne boit pas de café, ne mange pas de sucres, dîne assez léger. "C'est presque une procédure ! Cela m'aide beaucoup à dormir. Puis, passé 20 heures, je ne touche plus à rien en rapport avec le boulot." Une discipline de fer qu'il s'est imposée petit à petit. "Au départ, je travaillais tout le temps. A un certain moment on se rend compte de l'impact que ça a. Surtout quand on a des enfants. On réalise qu'il faut mieux équilibrer la balance." C'est aussi pour garder une pondération entre vies professionnelle et privée que le patron de Lampiris se limite à deux événements en soirée par semaine. Une règle qu'applique également Jean-Jacques Cloquet, CEO de l'aéroport de Charleroi. "On est confronté à beaucoup d'obligations extérieures, il faut essayer de se discipliner", estime-t-il. Réunions, cocktails, conférences, networking... Un chef d'entreprise pourrait passer toutes ses soirées à l'extérieur s'il le voulait, même si la frontière entre loisir et boulot est parfois ténue. Mais pour Jean-Jacques Cloquet, l'aspect le plus pesant de son métier reste la connectivité. "Si on veut, on peut être connecté 24/24 h ! Or ce n'est pas parce que les technologies permettent tout qu'il faut tout accepter." Lui a décidé de ne plus lire d'e-mails une fois rentré chez lui, après 19 h, sauf urgence. "Pour ne pas avoir de soucis dans la tête avant d'aller dormir." Par contre, il n'est pas rare de recevoir un courriel de sa part très tôt, dès 4 h 30. "J'ai la chance de me réveiller naturellement entre 4 h et 4 h 15, sans effort. C'est comme ça depuis que j'ai 15-16 ans ! Je ne suis pas un gros dormeur. Cinq heures me suffisent, même en vacances." Il profite de ces plages matinales pour bosser, depuis son bureau à la maison, au calme. "C'est là que je fais le meilleur job, que je suis le plus concentré. Une fois que la journée a démarré, vous ne gérez plus rien !" Philippe Stassen, directeur de Néobulles, n'est pas un adepte du lever aux petites heures. Son réveil est réglé sur 7 h. Et il dort bien, merci pour lui ! Sauf lorsqu'il voyage, ce qui arrive régulièrement. "Je reviens du Canada, je vais bientôt partir à Tokyo..." De longs trajets en avion qui, couplés aux décalages horaires, peuvent être éreintants. Le Liégeois a dès lors développé sa tactique : il s'efforce de ne pas fermer les yeux à l'aller, histoire "d'accumuler un maximum de fatigue", mais au retour il roupille un max, parfois entre 16 et 17 h. Pour que son sommeil soit profond, il ne boit pas d'alcool, mange léger, réserve une bonne place dans l'avion et s'autorise de temps en temps "une demi-pilule". Chacun sa méthode. Il y a aussi les micro- siestes. "Typiques des gens qui ont un chauffeur, pointe Olivier Willocx, administrateur délégué de la Chambre de commerce et union des entreprises de Bruxelles. Il faut être assis, pas couché. Trois ou quatre minutes qui retapent méchamment. J'en connais qui font ça pendant des réunions..." Il ne citera pas de noms. D'ailleurs, plusieurs patrons contactés n'ont pas donné suite à notre demande. Comme si le sujet les gênait aux entournures. "Cela concerne très fort l'intimité, pointe le CEO de Beci. Certains n'ont besoin que de quatre heures par nuit, d'autres de neuf, mais ils ne vont pas le dire !" Le culte de la performance reste étroitement mêlé à celui du réveil matinal...