Première remarque générale : il ne s'agit pas du memorandum d'une organisation patronale mais de l'initiative d'un groupe informel, arguant explicitement de son expérience de terrain en matière de processus de transformation. Et comme cela vient de la base - ou d'une base -, on est prêt à parier que le propos sera écouté autrement, de manière moins spontanément clivée, que si les mêmes idées émanaient de la FEB, de l'UWE, de Beci ou du Voka. Parmi les signataires, on retrouve des figures connues, comme Karel De Boeck, l'ancien patron de Dexia, ou les dirigeants de Domo et Soudal.
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Première remarque générale : il ne s'agit pas du memorandum d'une organisation patronale mais de l'initiative d'un groupe informel, arguant explicitement de son expérience de terrain en matière de processus de transformation. Et comme cela vient de la base - ou d'une base -, on est prêt à parier que le propos sera écouté autrement, de manière moins spontanément clivée, que si les mêmes idées émanaient de la FEB, de l'UWE, de Beci ou du Voka. Parmi les signataires, on retrouve des figures connues, comme Karel De Boeck, l'ancien patron de Dexia, ou les dirigeants de Domo et Soudal. Ces patrons défendent une simplification radicale de l'arsenal législatif, dont la complexité conduit à " la frustration, l'immobilisme et l'inefficience ". Et à l'inégalité aussi. " Les grandes entreprises, aidées des meilleurs spécialistes, utilisent les niches offertes par cette complexité pour bénéficier des plus gros subsides et payer un minimum d'impôt, écrivent ces patrons. Cela accentue la pression sur les braves citoyens et les autres entreprises. " Alors, ni une ni deux, on supprime toutes ces niches et " on ne tolère plus l'optimisation fiscale ". Le PTB pourrait presque cosigner ce passage (mais rassurez-vous, sans doute pas le reste de la lettre ouverte)... Ces patrons sont même ouverts à des hausses fiscales, du moins en ce qui concerne l'environnement car " le climat est notre plus grand défi ". Ils réclament une politique " ambitieuse " et consentent, dans ce cadre, à voir taxés les émissions de CO2, les billets d'avion et les produits énergivores (par exemple parce qu'ils sont importés de pays lointains). Cette fois, ce sont les écologistes qui pourraient les rejoindre... D'autant que la lettre ouverte envisage de doper les énergies vertes, notamment en rendant les panneaux et chauffe-eau solaires obligatoires. Ces taxes environnementales et la fin de l'optimisation fiscale devraient permettre de financer une baisse " significative " de la taxation du travail et l'instauration - dans une logique de simplification - d'une flat tax, fixée à titre indicatif à 20%, sur tous les revenus du patrimoine des particuliers (actions, placements, loyers, successions, etc.) et des entreprises (impôt sur les bénéfices, les dividendes). Attention : financer un allègement structurel de la fiscalité sur le travail par des taxes environnementales, dont le rendement diminuera à mesure que les contribuables adopteront des comportements plus propres, peut s'avérer une dangereuse aventure budgétaire. La première priorité évoquée dans cette lettre ouverte n'est toutefois pas la fiscalité mais le marché du travail. Avec, cette fois, une vision nettement moins à gauche, en évoquant la limitation dans le temps des allocations de chômage et l'activation via des services à la collectivité. Ceux-ci pourraient être rémunérés par des " chèques-volontariat ". Innovation : ces patrons intègrent clairement l'immigration dans la politique de l'emploi. Pour eux, les migrants qui ont une bonne chance d'obtenir un permis de séjour devraient très rapidement avoir accès au marché du travail et aux services à la collectivité. Ce qui, disent-ils, faciliterait " leur intégration ". Ils suggèrent également de plancher sur une immigration ciblée pour les métiers critiques ou en pénurie. Tout cela ne fait pas un programme de gouvernement, même en y ajoutant des volets plutôt inattendus sur la tolérance zéro contre la drogue ou l'aménagement de logements pour les sans-abri (" vivre dans la rue est inhumain "). Mais l'initiative montre qu'il y a moyen de bousculer certains positionnements traditionnels.