Lorsque l'on entre dans le bâtiment de Sioen Coating à Ardooie en Flandre-Occidentale, la photo de feu Jean-Jacques Sioen nous accueille. Le père Sioen a fondé l'entreprise textile en 1960 et il a introduit environ un tiers des actions de la société familiale en bourse il y a vingt ans. Aujourd'hui, l'action de Sioen Industries se révèle l'une des forces motrices de la bourse de Bruxelles. Ces dernières années, le cours de l'action industrielle a connu une hausse de plus de 60%. Le groupe industriel tourne à plein régime, le chiffre d'affaires a grimpé de 7% au premier semestre, l'EBITDA de 20% et le bénéfice net de 21%. Et l'acquisition de l'allemand Dimension-Polyant, leader mondial dans la production de tissus pour voiliers, ne se trouve pas encore dans les chiffres. Il s'agit de la plus grande acquisition dans l'histoire du groupe textile.
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Lorsque l'on entre dans le bâtiment de Sioen Coating à Ardooie en Flandre-Occidentale, la photo de feu Jean-Jacques Sioen nous accueille. Le père Sioen a fondé l'entreprise textile en 1960 et il a introduit environ un tiers des actions de la société familiale en bourse il y a vingt ans. Aujourd'hui, l'action de Sioen Industries se révèle l'une des forces motrices de la bourse de Bruxelles. Ces dernières années, le cours de l'action industrielle a connu une hausse de plus de 60%. Le groupe industriel tourne à plein régime, le chiffre d'affaires a grimpé de 7% au premier semestre, l'EBITDA de 20% et le bénéfice net de 21%. Et l'acquisition de l'allemand Dimension-Polyant, leader mondial dans la production de tissus pour voiliers, ne se trouve pas encore dans les chiffres. Il s'agit de la plus grande acquisition dans l'histoire du groupe textile.Nous rencontrons ensuite une enthousiaste Michèle Sioen, CEO de Sioen Industries depuis 2005, pour une speed interview sur la société et sur son rôle dans le paysage économique en tant que femme au top de l'organisation patronale FEB et présidente du Groupe des 10. "C'est un travail très dur, mais nous le faisons volontiers", dit la première femme présidente de la Fédération des Entreprises de Belgique. "Mais ce n'est jamais un one-woman-show. Dans notre société, je peux me reposer sur une équipe qui collabore bien et qui désire aller de l'avant, et c'est le cas à la FEB aussi. C'est un mandat de trois ans, très intense, mais également enrichissant."Le nouvel exercice a commencé sous de bien tristes augures, avec la nouvelle de la fermeture de Caterpillar et la restructuration chez AXA. Il semble que cela va mal, sur notre marché de l'emploi.Sioen: "Pourtant, notre économie va mieux, en partie grâce à l'euro plus faible et aux prix plus bas des matières premières. Le Brexit reste bien sûr un facteur d'incertitude. Mais selon la Banque Nationale, il y a eu une création nette d'emplois l'an dernier. Cette année, cela n'en sera pas autrement. Regardez les résultats semestriels: la plupart des sociétés progressent. L'activité économique reprend donc clairement. Je sais que, dans certains secteurs, cela ne va pas de soi. Les taux bas se font sentir dans le secteur financier avec, comme conséquence, la restructuration chez AXA. Même dans un tissu économique sain, des chocs sectoriels ont lieu. La fermeture de Caterpillar, c'est autre chose. Personne ne l'avait prévu. C'est une triste histoire, mais quand on vous dit que la société mère connaît des difficultés depuis longtemps déjà, des restructurations semblent inévitables." Vous faites notamment référence au Brexit. Les sociétés belges sous-estiment-elles sa portée ?Sioen:L'impact est difficile à prévoir. Le référendum a eu lieu en juin, peu avant les vacances d'été. Je pense que nous n'allons commencer à en ressentir les effets qu'à partir de maintenant. Pour beaucoup de sociétés belges, le Brexit représente un risque, car nous avons beaucoup de relations économiques avec la Grande-Bretagne. Si nous vendons en livre sterling, nous perdons environ 15% de marge. Et chaque société qui exporte vers le Royaume-Uni doit faire l'exercice: abandonner de la marge, adapter les prix ou exporter d'autres produits. Produire au Royaume-Uni peut aussi être une option. Le marché britannique est très important, certainement pour le secteur textile."La FEB est positive au sujet des diminutions de charges que le gouvernement Michel a réalisées. Voyez-vous déjà des résultats ?Sioen: "Certainement. Le handicap salarial belge était vraiment trop important. En chiffres absolus, les sociétés portent encore toujours un handicap de 9 à 12%. Si nous souhaitons garder l'industrie ici, nous devons en priorité maintenir les coûts salariaux sous contrôle. L'industrie a encore réellement de l'avenir ici, quoi que certains prétendent. Mais dans ce cas, nous devons aussi nous atteler à une diminution du coût de l'énergie. Ce n'est pas toujours mentionné, mais les sociétés belges rencontrent aussi un désavantage sur ce plan. Une autre condition est que les sociétés continuent à faire des efforts en innovation. Ce n'est pas uniquement dans le produit ou les équipements techniques que l'innovation est nécessaire, mais aussi dans le service. L'innovation est une priorité." C'est un objectif européen d'investir 3% du PIB en R&D: 2% pour les sociétés et 1% pour les pouvoirs publics. La Belgique n'obtient pas un bon score. Devons-nous passer à la vitesse supérieure ?Sioen: "En effet. Mais ce chiffre ne dit pas tout. Dans une société, les personnes doivent aussi elles-mêmes penser de manière innovante. Cela commence déjà au stade des machines. Les opérateurs doivent pouvoir participer à la réflexion sur la manière de produire plus efficacement. Lorsque nos responsables des achats sont chez les fournisseurs, ils doivent être à l'écoute des nouvelles tendances. Et nos vendeurs entendent aussi des choses chez leurs clients. Ils acquièrent des idées. L'innovation n'est pas seulement la responsabilité de l'équipe R&D, c'est un state of mind qui doit être présent chez chacun. Nous devons constamment oser nous remettre en question, rester alertes et nous adapter. Appréhender le monde et ses événements avec une grande ouverture d'esprit."La FEB est venue avec la proposition de diminuer l'impôt des sociétés à 24%. Au gouvernement fédéral, les discussions iront bon train avant qu'une réforme de l'impôt des sociétés ne soit adoptée. Quelle est l'importance de ce dossier ?Sioen: "Très grande. Ce taux d'imposition est trop élevé. Nous devons passer du taux de 33,99% à maximum 24%. Plus bas, c'est bienvenu aussi. L'intérêt de la proposition de la FEB est le financement complet par une limitation du nombre de déductions fiscales. Nous ne prenons pas l'argent ailleurs. Un taux d'imposition plus bas avec moins d'abattements, c'est transparent et plus simple, et cela attirera des investisseurs étrangers chez nous." Vous désirez toutefois maintenir les intérêts notionnels. Mais ce type de régimes favorables se trouvent sous pression au niveau européen.Sioen: "En clair, la FEB désire maintenir les intérêts notionnels, mais pas dans sa forme actuelle. Nous gelons le système ou nous y introduisons un plafond de déductibilité. La priorité reste la diminution de l'impôt des sociétés en elle-même. Des règles fiscales claires sont nécessaires et ce n'est pas une bonne chose si elles changent tout le temps. Les sociétés veulent une sécurité juridique. Une société veut qu'un investissement soit rentable sur cinq à dix ans, c'est pourquoi un environnement fiscal stable est nécessaire."Les organisations patronales n'opèrent-elles pas de façon désordonnée ? Les PME mettent surtout l'accent sur une diminution du taux nominal et sont moins attentives aux intérêts notionnels, les grandes entreprises désirent, en soi, maintenir cette déduction.Sioen: "Un taux plus bas reste le plus important, tant pour les grandes sociétés que pour les PME. Nous nous préoccuperons ensuite des autres modalités du nouvel impôt des sociétés.En tant que présidente du Groupe des 10, vous êtes aux commandes de la concertation interprofessionnelle. Le climat social est tendu. Fin de ce mois, une manifestation syndicale est planifiée, et en octobre une grève générale (NDLR : la grève a entretemps été reportée) .Sioen: "Je ne peux pas dire grand-chose concernant les négociations au sein du Groupe des 10. En tant que présidente, j'ai une position neutre. J'ai reçu des réactions négatives lorsque j'ai signé la lettre ouverte du Voka aux gouvernements, bien qu'il n'y avait pas de choses spectaculaires dans celle-ci. On y demande simplement de poursuivre la politique de réformes. Mais, pour ma part, un climat social serein est nécessaire." AXA restructure et désire opter pour la prépension à 55 ans. N'est-ce pas une solution de facilité? Cela ne jette-t-il pas une ombre sur la concertation sociale ?Sioen:(après un moment de silence). "Nous devons travailler plus longtemps."Revenons à Sioen Industries. Les chiffres de mi-année étaient solides, le cours de bourse est performant. Sioen est maintenant également suivi par des analystes étrangers. Comment expérimentez-vous ce revirement ?Sioen: "Touchons du bois, tout peut très vite changer. Mais l'économie reprend et nous avons une bonne équipe. Une société tourne autour d'un groupe de personnes et de la dynamique de ce groupe. Cela fonctionne maintenant de manière très positive. Nous avons eu une crise sévère en 2008 et 2009. Nous avons souffert, nous étions alors très dépendants du secteur du transport. Après une lourde restructuration, nous avons énormément diversifié notre assortiment de produits. Nous ciblons de la sorte beaucoup de marchés. C'est ce qui crée ces bons résultats. Nous investissons aussi beaucoup dans l'innovation, la recherche et le développement. Cela prend toujours plus de temps que ce que l'on pense, avant que cela génère des résultats, mais ces efforts paient maintenant. Pour les acquisitions, c'est également le cas. Ces dernières années, nous avons reçu beaucoup de dossiers à examiner, mais il y avait toujours quelque chose qui ne nous convenait pas. L'an dernier, nous avons fait deux petites acquisitions et cette année, nous avons déjà achevé deux grandes reprises. A un certain moment, toutes les pièces du puzzle trouvent leur place. Je pense que nous récoltons maintenant les fruits du travail des dernières années. Le fait que nous sommes maintenant suivis par Berenberg Bank est également positif pour notre réputation à l'étranger. Cela donne à nouveau une nouvelle dynamique."Comment se passe l'intégration des récentes acquisitions, le producteur italien de géotextiles Manifattura Fontana et le fabricant de tissus pour voiliers Dimension-Polyant ?Sioen: "Ce sont des marchés sur lesquels nous sommes forts. Il s'agit de tissus techniques. Nous recherchons des marchés complexes, avec un seuil d'entrée élevé. Là, nous pouvons faire la différence. Maintenant, nous devons exploiter les synergies au maximum. Aussi sur le plan de l'innovation, d'ailleurs. Ces sociétés ont des machines et des processus de production que nous n'avons pas, et inversement. La production des sociétés que nous avons acquises reste en place. L'intention est d'encore optimiser cette capacité de production. Par l'innovation et la coopération, nous espérons qu'un plus un devienne trois. Vous accordez beaucoup d'importance à l'innovation et au know-how. Le marché est-il suffisamment prêt à payer pour cette plus grande valeur ajoutée ?Sioen: "Nous produisons beaucoup de vêtements de travail et de sécurité. Nous ne pouvons qu'être gagnants en augmentant la technicité de nos produits. En Asie, nos habits sont copiés et ils demandent des prix jusqu'à trois fois inférieurs aux nôtres. Le prix sera toujours important, mais nous vendons un produit de sécurité. La garantie que nos costumes sont effectivement sûrs est un must pour nos clients. La sécurité devient de plus en plus importante, aussi dans l'industrie." L'environnement et la sécurité sont des thèmes qui prennent de l'importance, mais surtout en Occident. Comment envisagez-vous l'évolution des ventes dans les pays émergents ? Sioen: "Quelque 75% de notre chiffre d'affaires est réalisé en Europe, 25% hors Europe. Et là, il y a encore du potentiel de croissance. C'est notre ambition de le réaliser."Cela fera bientôt vingt ans que Sioen est coté en bourse. Quel est votre regard sur cette période ?Sioen: "Au cours de la deuxième moitié des années nonante, un grand nombre de sociétés sont entrées en bourse. Nous étions alors l'une des premières. L'introduction en bourse nous a donné les moyens de développer nos usines et de poursuivre cette intégration verticale. Aujourd'hui, l'intégration verticale de notre groupe textile est complète. Nous filons, nous tissons, nous enduisons, nous coupons, nous soudons et produisons des produits finis comme des vêtements de protection. La cotation en bourse nous a aussi procuré une certaine notoriété. Sans cette introduction en bourse, nous serions probablement encore une grande PME. Grâce à la bourse, nous avons acquis une dimension plus grande. La bourse a des avantages et des inconvénients. Elle vous oblige à vous professionnaliser radicalement. Le caractère familial de la société reste néanmoins très important. Mes soeurs et ma mère sont actives dans la société. Notre ancrage familial est garant d'une vision à long terme."