Un tweet à 6 milliards de dollars ! Mercredi 16 août (12 h 12), Donald Trump s'en prend une nouvelle fois à Jeff Bezos, l'emblématique patron d'Amazon, responsable selon lui du malheur de bon nombre de petits commerçants aux Etats-Unis. " Amazon cause beaucoup de tort aux petits détaillants qui paient des impôts. Des villages, des villes dans tous les Etats-Unis souffrent. Beaucoup d'emplois sont détruits ! ", balance le président américain sur Twitter. Dans la foulée du tweet, l'action du numéro un mondial de l'e-commerce dévisse sérieusement. Bilan : 6 milliards de dollars de capitalisation boursière partent en fumée à Wall Street. Le cours d'Amazon se redressera ensuite en cours de séance.
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Un tweet à 6 milliards de dollars ! Mercredi 16 août (12 h 12), Donald Trump s'en prend une nouvelle fois à Jeff Bezos, l'emblématique patron d'Amazon, responsable selon lui du malheur de bon nombre de petits commerçants aux Etats-Unis. " Amazon cause beaucoup de tort aux petits détaillants qui paient des impôts. Des villages, des villes dans tous les Etats-Unis souffrent. Beaucoup d'emplois sont détruits ! ", balance le président américain sur Twitter. Dans la foulée du tweet, l'action du numéro un mondial de l'e-commerce dévisse sérieusement. Bilan : 6 milliards de dollars de capitalisation boursière partent en fumée à Wall Street. Le cours d'Amazon se redressera ensuite en cours de séance. Ce n'est par ailleurs pas la première fois que le nouveau président américain fait chavirer les cours de Bourse. Le 12 décembre dernier, la nouvelle cible de son compte Twitter (qui compte plus de 36 millions de followers) est le F-35, le nouvel avion de chasse américain hypersophistiqué. Dans son style bien à lui, Donald Trump explique que " des milliards de dollars pourront et seront économisés sur les dépenses militaires (et autres) après le 20 janvier (date de son arrivée officielle à la Maison-Blanche, Ndlr) ". Conséquence, l'action du constructeur Lockheed Martin s'effondre et perd 3 % à Wall Street. Autre exemple de tweet qui a fait des dégâts : celui qui a fait chuter le cours de Boeing quand le nouveau président a annulé une commande pour un nouvel Air Force One (trop cher). Et quand Trump évoque enfin le nom du patron d'Exxon, Rex Tillerson, comme possible chef de la diplomatie américaine, c'est l'inverse qui se passe. " Que je le choisisse ou non pour les Affaires étrangères, Rex Tillerson, CEO d'ExxonMobil, est un homme d'affaires de classe mondiale. Restez branchés ", écrit alors Donald Trump. Aussitôt le tweet envoyé, le cours du titre du géant pétrolier s'envole de plus de 2 %, soit 6 milliards de dollars de capitalisation. Spécialiste des tweets compulsifs, le nouveau locataire de la Maison-Blanche n'est du reste pas le seul utilisateur de Twitter susceptible de pouvoir faire bouger le cours de Bourse d'une entreprise. " On ne peut pas empêcher le public d'avoir une opinion. Les médias sociaux ont une capacité d'influence sur les marchés qu'ils n'ont jamais eue auparavant, observe l'ancien vice-président de la Bourse de New York aujourd'hui banquier d'affaires, Georges Ugeux. La meilleure preuve en est que la SEC (Securities and Exchange Commission, le gendarme des marchés américain, Ndlr) les surveille autant que les médias traditionnels afin d'éviter toute manipulation de marché. " Manipulation de marché ou pas, Oprah Winfrey (38 millions d'abonnés, plus que Donald Trump ! ) peut en effet elle aussi se targuer de faire partie de l'histoire des tweets qui ont chahuté Wall Street. C'était le 26 janvier 2016. La star de la télé américaine annonce alors sur Twitter avoir perdu 12 kilos - tout en continuant à manger du pain - grâce au régime de Weight Watchers, une société dont elle détient 10 %. A priori, rien de bien terrible. Si ce n'est que grâce à ce petit coup pub, le cours de Weight Watchers décolle et prend 20 %. Dans un autre genre, certains arrivent même à faire bondir tout un indice. C'est le cas de Peter Spiegel (114.000 followers), journaliste au très sérieux Financial Times, qui publie sur Twitter le 1er juillet 2015, en pleine crise de la dette grecque, un tweet montrant la capture d'écran d'une lettre d'Alexis Tsipras à ses créanciers dans laquelle le Premier ministre grec dit accepter une bonne partie de leurs exigences. Regroupant les 50 principales valeurs européennes, l'Euro Stoxx 50 se réjouit de la nouvelle et bondit de 2 % en une demi-heure. Quant au milliardaire américain Carl Icahn (338.000 abonnés), qui en 2013 annonce sur son compte Twitter avoir pris une " forte " participation dans Apple et avoir eu" une jolie conversation avec Tim Cook ", il a réussi, en deux tweets seulement, à faire grimper l'action de la firme à la pomme de 4 % à New York. Et la Belgique dans tout cela ? Pour Bruno Colmant, ancien patron de la Bourse de Bruxelles, " cette dernière n'échappe pas au phénomène ". Bien sûr, rien de comparable avec ce qui se passe aux Etats-Unis. Bruxelles n'est pas Wall Street. Le marché est différent. " Les grandes entreprises belges cotées en Bourse sont pour la plupart détenues par des groupes étrangers et ont perdu leur ancrage national, ajoute l'économiste de Degroof Petercam. L'influence de Twitter sur le marché belge vient donc davantage de l'étranger. " D'ailleurs la pratique du tweet n'est pas aussi répandue chez nous auprès des entrepreneurs qu'aux Etats-Unis. Une exception cependant : Marc Coucke. L'ancien patron d'Omega Pharma est hyperactif et fort suivi sur Twitter (160.000 abonnés). Aussi quand, le 29 décembre dernier, l'homme d'affaires joue au gourou en dévoilant ses cinq actions préférées pour 2017, ses tweets ne passent pas inaperçus. Surtout qu'il recommande en premier lieu Mithra, puis Smartphoto, Ter Beke, Lotus Bakeries et enfin Fagron (dans cet ordre). Marc Couckeprécise qu'il détient des participations dans chacune de ces cinq sociétés et publie un avertissement rappelant que les actions comportent toujours un risque. " Pour être totalement clair : ceci n'est pas une incitation à acheter des actions et je ne suis pas responsable des pertes éventuelles ", ajoute-t-il.Les tweets de Marc Coucke ont-ils influencé les investisseurs et pesé sur le marché ? Dans les trois semaines qui suivent, Mithra gagne plus de 20 % sur Euronext Bruxelles tandis que SmartPhoto (18 %) et Ter Beke (+11 %) font quasiment de même. Les deux autres, par contre, Fagron (-2 %) et Lotus Bakeries (-3 %) ne bénéficient pas de l'aura de l'entrepreneur flamand et s'inscrivent même en léger repli. Tentative de manipulation de marché ? L'épisode n'a en tout cas pas laissé de marbre l'autorité belge des marchés, la FSMA. Cette dernière a en effet envoyé un courrier à Marc Coucke pour lui rappeler les règles auxquelles étaient soumis les investisseurs et professionnels de la Bourse qui font des recommandations. Selon notre gendarme des marchés, Marc Coucke n'a pas commis de faute en tant que telle. " Mais nous lui avons expliqué qu'émettre ce genre d'avis n'était pas une bonne idée dans la mesure où cela pouvait créer de la confusion chez les investisseurs ", indique-t-on du côté de la FSMA. Futé, Marc Coucke savait sans doute très bien que son tweet n'avait rien d'illégal, tant que l'information n'est pas trompeuse, que les conflits d'intérêt sont clairement mentionnés et que lui-même, n'étant pas analyste, disposait d'une certaine liberté en la matière. Il en va effectivement autrement pour les professionnels réglementés (gestionnaires, analystes, etc.). " Nos analystes eux-mêmes ne sont pas actifs sur Twitter avec des commentaires sur des entreprises spécifiques, étant donné que chaque information peut être considérée comme un conseil et donc soumise à des règles de conformité, confirme explique Hilde Junius, porte-parole de la banque BNP Paribas Fortis. Ceci dit, Twitter est un outil utile pour avoir rapidement accès à de l'information, dont on ne sait pas si elle est correcte ou pas d'ailleurs. Mais il est intéressant de savoir ce que certaines personnes qui ont beaucoup d'influence écrivent sur Twitter. " Quant à Bruno Colmant, il estime que " l'instantanéité mondiale et absolue de Twitter contribue à l'efficience des marchés ". En définitive, force est de constater que, plus accessible et moins rigide, Twitter s'est depuis quelques années imposé comme un canal d'information complémentaire aux terminaux Bloomberg. D'abord parce que tous les investisseurs, et notamment les particuliers, n'ont pas accès aux dépêches de l'agence de presse financière américaine. Ensuite parce certains se sont mis en tête de comprendre l'humeur boursière du moment, et de prédire ainsi l'évolution des marchés, en analysant la centaine de millions de tweets diffusés chaque jour. Selon certaines études, les actions de multinationales telles que Nike ou Disney, seraient même carrément sous l'influence de Twitter : quand elles font l'objet de commentaires positifs sur le réseau social, leur cours monte et inversement si les commentaires sont négatifs. Histoire de flairer les bons coups, il existe même une application, baptisée Trump Triggers, qui traque les tweets du président sur des valeurs cotées à Wall Street. Quant à Twitter lui-même, il aurait beaucoup à perdre si Donald Trump décidait de clôturer son compte. Le réseau social favori du président américain pourrait en effet voir sa valeur boursière fondre d'environ 2 milliards de dollars, selon une analyse du cabinet américain Monness Crespi Hardt. Chacun de ses gazouillis intempestifs étant retweeté et commenté plusieurs dizaines de milliers de fois.