Les Belges qui habitent à Tournai, Mons, Couvin ou Virton en savent quelque chose : il leur suffit souvent de faire une dizaine de kilomètres à peine pour voir le ticket de caisse de leur supermarché se délester de quelques euros, voire de quelques dizaines d'euros lors des traditionnelles courses du week-end. En France, de nombreux produits de grande consommation sont en effet moins chers. L'escapade de l'autre côté de la frontière vaut donc son pesant de pièces. Un constat que partagent aussi de nombreux Flamands qui font leurs achats en Allemagne ou aux Pays-Bas puisque, selon Eurostat, l'alimentation en Belgique est en moye...

Les Belges qui habitent à Tournai, Mons, Couvin ou Virton en savent quelque chose : il leur suffit souvent de faire une dizaine de kilomètres à peine pour voir le ticket de caisse de leur supermarché se délester de quelques euros, voire de quelques dizaines d'euros lors des traditionnelles courses du week-end. En France, de nombreux produits de grande consommation sont en effet moins chers. L'escapade de l'autre côté de la frontière vaut donc son pesant de pièces. Un constat que partagent aussi de nombreux Flamands qui font leurs achats en Allemagne ou aux Pays-Bas puisque, selon Eurostat, l'alimentation en Belgique est en moyenne 8 % plus chère que dans nos pays voisins. Véritable phénomène, les achats transfrontaliers sont loin d'être anecdotiques et une nouvelle étude réalisée par le groupe GfK auprès de 5.000 ménages souligne d'ailleurs leur impact sur l'économie belge. Selon les conclusions de cet institut, ce ne sont pas moins de 723 millions d'euros qui ont ainsi filé dans les caisses des pays voisins pour l'achat de boissons et de produits alimentaires par nos concitoyens en 2015. En sept ans, ces dépenses belges à l'étranger ont explosé (+ 40%) et, aujourd'hui, il ressort de l'étude qu'un quart des Belges font au minimum leurs courses deux fois par an au-delà des frontières. De son côté, Fevia, la Fédération de l'industrie alimentaire belge, tire la sonnette d'alarme et prévient : si l'on ne fait rien pour stopper l'effet boule de neige, ce seront 150 millions d'euros supplémentaires qui viendront s'ajouter cette année à cette addition déjà salée. " Les consommateurs votent avec leurs pieds, s'insurge Jean Eylenbosch, président de Fevia. S'ils trouvent moins cher à l'étranger, pourquoi se priveraient-ils ? Je veux donc faire passer un message au monde politique : il faut qu'il arrête de penser en silo ! Trop de taxes tue les taxes et si l'on n'agit pas, il y aura à terme un effet négatif sur l'emploi. " Et Jean Eylenbosch de citer la liste des nombreuses mesures qui, au fil du temps, ont rendu la Belgique moins compétitive sur le terrain des courses alimentaires : une TVA plus élevée, le coût de l'énergie, la taxe kilométrique, la fameuse contribution emballage ou encore la récente taxe santé que le président de Fevia a rebaptisée " taxe pseudo sucre " puisque même les boissons dites light et aromatisées y sont soumises. " Il faut freiner cette rage taxatoire, enchaîne-t-il, et revenir à une vision plus transversale de la situation pour ne pas mettre les enseignes belges hors compétition. Voilà pourquoi nous demandons à présent la suppression de la taxe santé et de la contribution emballage pour stopper l'hémorragie ". Significatifs, les achats transfrontaliers réalisés par les Belges pour leurs boissons et leurs produits alimentaires ne sont toutefois que la pointe émergée de l'iceberg économique. Selon la fédération belge du commerce et des services Comeos, le montant global des achats transfrontaliers - englobant cette fois d'autres secteurs comme l'habillement, la décoration ou encore l'électroménager - représenterait aujourd'hui près de 5 milliards d'euros de manque à gagner pour les commerçants belges...