Du jour au lendemain. Que vous aviez ou non ce désagréable pressentiment les semaines précédentes, ce matin, vous ne faites plus partie de l'entreprise. A tort ou à raison, vous êtes viré. Pour beaucoup de salariés, être licencié reste un choc. Après avoir fait aveu de faillite au tribunal de commerce, beaucoup d'entrepreneurs ressentent cette même déflagration.
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Du jour au lendemain. Que vous aviez ou non ce désagréable pressentiment les semaines précédentes, ce matin, vous ne faites plus partie de l'entreprise. A tort ou à raison, vous êtes viré. Pour beaucoup de salariés, être licencié reste un choc. Après avoir fait aveu de faillite au tribunal de commerce, beaucoup d'entrepreneurs ressentent cette même déflagration. " Dès qu'il y a échec, il y a un deuil. On doit faire face à une perte de quelque chose ", explique Geneviève Cool, psychologue aux Cliniques universitaires Saint-Luc. Il y a d'abord des pertes financières qui remettent en question ses investissements, son mode de vie, voire sa maison. Travailler permet aussi de prendre sa place dans la société. D'être quelqu'un aux yeux des autres, de sa famille et de soi-même. Se retrouver sans travail du jour au lendemain peut remettre en cause ce statut social et familial. On peut se sentir inutile, ne plus être un exemple pour sa famille ou son conjoint, ne plus partager les mêmes expériences que son cercle d'amis. Cela peut influencer les relations avec les autres, voire même provoquer des conséquences graves, comme un divorce par exemple. On perd donc finalement bien plus qu'un poste ou qu'une entreprise. " Ce sont des deuils au pluriel ", confirme Geneviève Cool. Nous ne réagissons pas tous de la même manière face à un échec. Il dépend d'abord de l'importance de ce job pour nous. " Cela dépendra de ce que l'on y a mis ", ajoute la psychologue. Pour beaucoup d'entrepreneurs, l'entreprise, c'est leur bébé, auquel il faut dire adieu. Pour certains, c'était même un projet laissé en héritage sur plusieurs générations. Pour d'autres, c'est devenu un poids qui les éloignait de leur famille, de leurs amis ou qui les empêchait de se lancer dans d'autres aventures professionnelles. Travaillant depuis des années dans la même entreprise, impliqué dans son travail au point d'en faire un point central de sa vie, le licenciement de ce salarié n'aura pas le même impact que celui de son collègue qui s'épanouissait plutôt dans sa vie de famille et considérait son travail comme un job alimentaire. " Cela dépendra aussi de l'image que la personne a d'elle-même ", analyse Geneviève Cool. Si elle a peu confiance en elle, qu'elle a une image de soi assez négative, qu'elle ne se sent pas à la hauteur, cet échec sera vécu encore plus difficilement. Nos échecs interviennent aussi à un certain moment de notre histoire. Ils renvoient à ce que nous avons vécu. Aux précédentes victoires. Aux précédentes chutes. Les échecs antérieurs peuvent avoir laissé des cicatrices dont il est difficile de guérir totalement. " Un échec en entraîne un autre si le deuil n'a pas été suffisamment digéré ", explique Geneviève Cool. D'anciennes blessures peuvent ainsi se rouvrir. Par exemple, un échec professionnel peut réveiller d'anciens échecs de l'université. Ces cicatrices prouvent aussi que nous nous sommes déjà relevés. Se plonger dans notre passé peut ainsi nous aider à mieux traduire les événements qui nous arrivent aujourd'hui. Et de nos épreuves, en tirer une force. C'est du moins le sentiment que l'on ressent quand on discute avec Thierry Croix, cofondateur de la société Go 2 Next Levels (lire l'encadré " Thierry Croix est descendu aux enfers... pour mieux remonter "). Face à un licenciement ou à une faillite, les émotions peuvent être multiples. De la tristesse bien sûr, mais aussi de la colère et de la peur. Cette tristesse peut se transformer en dépression. Cette peur peut devenir une véritable phobie. Au-delà de l'intensité, ce qui distingue la peur de la phobie, c'est l'évitement. Une personne souffrant de phobie évitera de se confronter à toutes ces situations où elle est susceptible d'avoir peur. " Des personnes sont traumatisées par ce qu'elles ont traversé. Elles vont devenir incapables d'entreprendre quoi que ce soit ", explique Geneviève Cool. Ce traumatisme peut expliquer qu'un entrepreneur dans l'âme se dirige finalement vers une carrière d'employé après une faillite. Mais il ne faut pas nécessairement connaître un échec pour développer cette phobie. Bien souvent, cette peur apparaît bien avant. Beaucoup de salariés ont ainsi peur d'être licenciés, beaucoup de patrons sont tétanisés à l'idée de perdre leur société. " Dans le cours d'une entreprise, quels que soient ses résultats, il y a beaucoup de situations où l'on est terrifié par l'échec. Il faut apprendre à vivre avec cette peur ", confie Tarik Hennen, CEO de Smartflats, une société qui propose des appart'hotels à Bruxelles, Anvers et Liège. La peur fait partie du métier d'entrepreneur. Pour certaines personnes, la nature même de cette angoisse n'est pas forcément celle que l'on croit. " Je trouve que la peur de l'échec est beaucoup plus rare que la peur de la réussite ", explique Geneviève Cool. Ce n'est pourtant pas la première chose que lui confient ses patients en consultation. Ils parlent d'abord de leur peur d'échouer. Au mois de juillet et au mois d'août, les étudiants de master sont mis à rude épreuve. Ils doivent rendre leur mémoire de fin d'études à la fin des vacances. Le stress de cette échéance peut se transformer en véritable angoisse. " Quand on approfondit, ils vont parler de la peur de terminer leur mémoire, de trouver un boulot, de devoir gagner de l'argent, d'assumer, etc. Ce qui peut apparaître aussi, c'est de la loyauté vis-à-vis des parents : la peur de faire de meilleures études et de mieux réussir qu'eux... En consultation, j'entends ça très souvent. "