Lancée peu après la libéralisation de l'économie indienne au début des années 1990, Jet Airways est le plus ancien transporteur aérien privé du géant d'Asie du Sud encore en activité, et à ce titre emblématique.

L'AFP examine les circonstances qui ont mené au décrochage spectaculaire de la compagnie aux 20.000 employés :

Acquisition coûteuse

Nombre d'experts de l'aviation datent le début des ennuis financiers de Jet Airways à l'acquisition coûteuse en 2006 de la compagnie Air Sahara pour 500 millions de dollars.

Le fondateur de Jet, Naresh Goyal, aurait ignoré les réserves de ses partenaires d'affaires qui estimaient qu'il payait cet investissement trop cher. Les marchés ont également réagi de manière mitigée.

Le transporteur bon marché, rebaptisé "JetLite", a continué à perdre beaucoup d'argent. En 2015, Jet a inscrit à zéro la valeur de cet actif dans ses comptes.

"Cette acquisition est toujours une pierre au cou de la société", explique Devesh Agarwal, rédacteur en chef du site Bangalore Aviation.

Concurrence low-cost

Dans un secteur aérien où la concurrence est féroce, Jet s'est fait tailler des croupières par de nouveaux transporteurs low-cost - à savoir IndiGo, SpiceJet et GoAir - qui ont vite trouvé leur clientèle.

Les experts estiment que l'équipe dirigeante de Jet n'a pas pris le trio au sérieux lorsqu'ils se sont lancés sur le marché autour de 2005 et 2006, offrant des prix réduits et de nouvelles routes aériennes.

"Le management de Jet les considérait dans l'ensemble comme des acteurs marginaux", dit à l'AFP l'analyste Amrit Pandurangi. "Jet a toujours visé une clientèle d'affaires et n'a pas vu que les transporteurs low-cost attirait des consommateurs sensibles au prix."

Mauvaise gestion

Les analystes blâment particulièrement le style de management du fondateur Naresh Goyal. Ils estiment que la concentration de toutes les opérations de Jet dans les mains d'une seule équipe, avec lui à sa tête, était une erreur.

Selon eux, Jet aurait dû avoir une direction pour son service classique, et une autre pour sa branche low-cost.

"Jet n'avait pas de stratégie commerciale et a improvisé, ce qui a déboussoulé les investisseurs et les passagers", dit Devesh Agarwal, qui juge que les choix de la société manquaient de transparence.

Les experts accusent M. Goyal d'avoir réalisé de mauvais investissements et de ne pas s'être préoccupé de la détérioration financière de son poulain.

"Pour le dire simplement, ils dépensaient plus qu'ils ne gagnaient et ont continué à s'endetter", déclare M. Agarwal.

Pétrole

Toutes les compagnies aériennes indiennes sont particulièrement vulnérables aux fluctuations des prix du pétrole, que le pays de 1,3 milliard d'habitants importe massivement.

Lorsque la roupie est faible, ce qui a été régulièrement le cas au cours de l'année écoulée, l'achat de pétrole en devient d'autant plus coûteux.

La hausse des prix du baril et la chute de la roupie l'année dernière ont affecté tous les transporteurs aériens indiens.

IndiGo et SpiceJet ont fait état de pertes importantes mais les analystes jugent que leurs comptes sont assez solides pour compenser ces pertes trimestrielles. Les finances de Jet, en revanche, étaient plombées de dettes.

"Jet Airways a échoué à équilibrer ses comptes et a été victime de ces changements cycliques du secteur", estime l'économiste Ashutosh Datar.