Guerre commerciale: l'avenir incertain de Boeing en Chine

07/11/18 à 10:27 - Mise à jour à 10:27

Source: Belga

Boeing va-t-il piquer du nez en Chine, en pleine guerre commerciale avec les Etats-Unis? Alors que se tient le plus grand salon aéronautique chinois, des acteurs du secteur prévoient des turbulences pour l'avionneur américain- dont Airbus se défend de vouloir profiter.

Guerre commerciale: l'avenir incertain de Boeing en Chine

© REUTERS

Donald Trump impose depuis cet été des droits de douane punitifs sur des marchandises chinoises représentant 250 milliards de dollars d'importations annuelles. Pékin réplique déjà avec des tarifs douaniers, mais pourrait aussi cibler Boeing, symbole de l'Amérique et son plus grand exportateur.

Au salon de Zhuhai (sud), le sort de l'avionneur, dont la Chine représente 20% du carnet de commandes, anime les conversations dans les immenses hangars d'exposition terrassés par le soleil et abritant drones, avions et hélicoptères.

Souriant, John Bruns, président de Boeing Chine, y a assuré mardi lors d'une conférence de presse être "confiant" dans une reprise du "dialogue" entre Pékin et Washington "car une industrie aéronautique saine est dans l'intérêt des deux pays".

En coulisses, l'inquiétude semble réelle. Car les compagnies aériennes chinoises dépendant quasiment toutes de l'Etat, Pékin dispose des leviers pour imposer nombre de mesures de rétorsion.

Elles pourraient "prendre la forme d'annulations de commandes, peut-être à hauteur de 30 à 40%, avec redistribution à Airbus", déclare à l'AFP Vinay Bhaskara, analyste pour Airways Magazine. "Aujourd'hui, il y a une chance sur quatre pour que ce scénario se réalise."

Inquiétude

Une option redoutée par la firme de Chicago, qui a annoncé fin 2017 un méga-contrat en Chine pour 300 appareils, facturés 38 milliards de dollars (33 milliards d'euros).

Si Pékin a menacé en avril d'imposer un droit de douane additionnel de 25% sur un modèle de 737, l'avertissement est pour l'instant resté sans lendemain.

Mais selon le ministère chinois du Commerce, un tarif douanier complémentaire de 5% serait bien appliqué depuis septembre sur les avions "de taille moyenne" -- il n'est pas clair si les appareils de Boeing sont visés ou non.

Autre motif d'inquiétude: la compagnie chinoise Xiamen Airlines, qui achète exclusivement des Boeing depuis plus de 30 ans, discuterait de l'achat d'Airbus, selon l'agence financière Bloomberg, qui cite une source proche du dossier.

Les déboires de Boeing seraient "une très bonne nouvelle pour Airbus", estime Richard Aboulafia, analyste à Teal Group, un cabinet américain spécialiste du marché aérien. "Cela pourrait l'aider à atteindre son objectif de 70 avions monocouloir (A320) produits par mois."

Les deux constructeurs se disputent âprement le marché chinois, deuxième mondial et qui devrait devenir vers le milieu des années 2020 le premier devant les Etats-Unis, selon l'Association internationale du transport aérien (IATA).

Boeing y devance pour l'instant son rival (202 appareils livrés l'an passé contre 176). Mais l'intensification des tensions commerciales entre Pékin et Washington pourrait faire pencher la balance du côté européen.

'Une menace'

Interrogé mardi au salon de Zhuhai, le PDG d'Airbus Chine, Xu Gang, assure que "personne ne sort vainqueur d'une guerre commerciale".

Le conflit génère selon lui de l'incertitude dans les entreprises privées chinoises et "beaucoup de licenciements" qui représentent "une menace" pour le pouvoir d'achat de la classe moyenne, principale cliente des déplacements en avion. "Cela aura un impact négatif sur la croissance du secteur", prédit-il.

"Airbus a déjà plusieurs années de commandes d'avions à assurer, donc il n'aurait rien à gagner si Boeing rencontre des problèmes", abonde John Strickland, directeur du cabinet londonien JLS Consulting, spécialisé dans l'aérien.

Mais même si Boeing perdait des parts de marché, Airbus serait-il en mesure de compenser en fournissant suffisamment d'avions à la Chine?

L'avionneur européen "a augmenté sa cadence de production" dans son usine de Tianjin (nord) et "les institutions chinoises possèdent également un grand nombre d'avions en leasing" actuellement prêtés à des compagnies étrangères, souligne Richard Aboulafia.

"Lorsque ces prêts expireront, les appareils pourront être rapatriés. En bref, si la Chine délaisse Boeing pour un mélange d'Airbus et de ces avions d'occasion, elle pourra s'en sortir sans Boeing, et envoyer un message de fermeté à Trump."

Le président américain a soufflé le chaud la semaine dernière en disant attendre "un très bon accord" commercial avec la Chine, avant une rencontre attendue à la fin du mois avec son homologue chinois Xi Jinping. Mais aucun signe concret de solution au conflit commercial n'est en vue pour le moment.

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