"Il faut passer du verre à moitié vide au verre à moitié plein " : voilà une formule à la fois lapidaire et jolie pour décrire une stratégie. Patrick Laevers, qui dirige Fost Plus depuis la mi-2018, est un adepte des métaphores. Mais dans le même temps, l'ex-directeur général de Shanks Belgique et business development director chez Renewi, place la barre très haut : " L'Europe veut que 55 % des emballages en plastique soient recyclés d'ici à 2030. Nous avons l'intention d'arriver, pour la Belgique, à un taux de 65 % dès 2023 ".
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"Il faut passer du verre à moitié vide au verre à moitié plein " : voilà une formule à la fois lapidaire et jolie pour décrire une stratégie. Patrick Laevers, qui dirige Fost Plus depuis la mi-2018, est un adepte des métaphores. Mais dans le même temps, l'ex-directeur général de Shanks Belgique et business development director chez Renewi, place la barre très haut : " L'Europe veut que 55 % des emballages en plastique soient recyclés d'ici à 2030. Nous avons l'intention d'arriver, pour la Belgique, à un taux de 65 % dès 2023 ". L'ambition n'échappera à personne. Un million de Belges ont déjà opté pour le P+, c'est-à-dire le nouveau sac bleu qui accueille désormais non seulement les PMC mais presque tous les emballages en plastique : films, sacs, raviers, barquettes, etc. " Avant, si des déchets résiduels atterrissaient parmi les PMC, nous considérions le sac comme pollué, explique Patrick Laevers. Nous lui collions une étiquette, et ne le récoltions pas. Car plus le tri est mal fait, plus la qualité du produit recyclé s'en ressent. Mais les déchets résiduels contiennent eux aussi pas mal de matériaux d'emballage réutilisables. Nous allons par conséquent trier en aval - c'est l'image du verre à moitié plein. Nous sortirons les déchets résiduels des sacs bleus, et les PMC des déchets résiduels. Nous obtiendrons donc de plus grandes quantités, de matériaux réutilisables, et d'une meilleure qualité. " Le déploiement des nouveaux sacs bleus se déroulera par phases. Les 11 communes couvertes par l'intercommunale IMOG, dans région de Courtrai, ont ouvert la danse l'an passé. Après l'été, ce sera au tour d'une partie de la Wallonie: les communes hainuyères de Farciennes et Aiseau-Presles en septembre, la province de Namur en octobre, celle de Liège en décembre... Plus de trois millions de citoyens utiliseront donc les nouveaux sacs bleus d'ici à la fin de l'année. Ceux-ci devraient avoir été adoptés par toute la Belgique, Bruxelles y compris, d'ici à la fin de 2020. Mais cela ne suffira pas. " A la maison, tous les Belges trient efficacement, constate Patrick Laevers. Mais à l'extérieur, c'est une autre histoire. " Fost Plus veut donc améliorer le tri dans les environnements fermés, semi-ouverts et ouverts. La première catégorie est essentiellement constituée d'entreprises. Certes, elles trient, mais des primes vont les encourager à en faire davantage encore. Quand un opérateur qui enlève aujourd'hui 1.000 tonnes passera à 1.200, il percevra proportionnellement, pour ces 200 tonnes supplémentaires, plus que pour les 1.000 premières. Les acteurs qui commenceront à trier le PMC bénéficieront quant à eux d'une prime d'encouragement. Dans les espaces semi-ouverts (centres sportifs, maisons de la culture, festivals, aéroports, gares, stations-services) et ouverts (rues et marchés), Fost Plus a l'intention d'expérimenter plusieurs méthodes. " Comment encourager le citoyen à trier davantage ? Dans les aéroports, nous allons mettre en place un projet ludique. Il s'agira d'ailleurs de l'un de nos projets phares ", annonce Patrick Laevers. Le problème, dans le domaine du recyclage, est que le plastique n'est pas toujours du plastique - il peut s'agir aussi bien de PET que de polyéthylène ou de polypropylène, ou d'autres matières encore. " Si la société fait le choix de l'économie circulaire, il faudra adapter les systèmes, poursuit Patrick Laevers. Personnellement, je ne suis pas pour la diabolisation du plastique : l'emballage a une fonction, il fait partie du produit. Il faut évidemment éviter de le gaspiller. Mais lorsque son utilisation est indispensable, l'objectif doit être de le recycler aussi efficacement que possible. " Si Fost Plus n'a pas adopté plus tôt les nouveaux sacs bleus, c'est surtout pour une question de qualité du produit recyclé - l'un des plus grands défis, en ce qui concerne le P+. De surcroît, aucune installation n'était jusqu'ici apte à traiter les nouveaux flux de déchets. " C'est un peu la question de l'oeuf et de la poule, ajoute le CEO. Voilà pourquoi nous avons décidé de ne pas attendre que toutes les lignes soient installées, mais de faire en sorte que les opérateurs sachent que les flux sont garantis. " D'où la décision de permettre aux intercommunales clientes d'Indaver à Willebroek et de Vanheede Group à Rumbeke, qui ont été les premières à investir, de bénéficier en primeur du déploiement échelonné du nouveau sac bleu. " Nous tentons de concentrer autant que possible le recyclage en Belgique, assure Patrick Laevers. A l'heure actuelle, seul un quart du travail est confié à l'étranger : aux Pays-Bas, en Allemagne, en France et, pour une toute petite partie, en Italie. On estime à 150 millions d'euros les sommes qui seront investies dans les centres de tri, et à 50 millions, dans les installations de recyclage. Pour encourager ces investissements, la Région wallonne a d'ores et déjà débloqué 60 millions d'euros, dans le cadre de son " appel à projet plas-tique. " La Flandre planche sur une initiative similaire. Tout cela fournira de l'emploi : Fost Plus mise sur 350 postes. Côté finances, les huit kilos de PMC recyclés en plus devraient permettre à chaque Belge d'économiser quatre sacs de déchets résiduels, plus onéreux. En outre, les incinérateurs traiteront 85.000 tonnes de déchets résiduels en moins, soit une économie de 20 millions d'euros par an environ. Fost Plus estime que les nouveaux sacs bleus vont lui coûter quelque 40 millions d'euros, qui s'inscriront en sus de son budget actuel de 190 millions d'euros. Une augmentation que compenseront la vente de matériaux (60 millions) et les cotisations de ses membres. " Que nous enregistrions des pertes ou des bénéfices, nous les répercuterons dès l'année suivante sur les tarifs que paient les membres ", annonce Patrick Laevers. C'est là également que la notion d'économie circulaire prend tout son sens. Les entreprises membres qui mettront sur le marché des emballages non recyclables ou difficilement recyclables seront redevables de cotisations plus élevées. " Le plastique noir, par exemple, exige davantage d'efforts. Je comprends que certains puissent faire ce choix, mais cela leur coûtera un peu plus cher. L'économie sera circulaire ou ne sera pas ", martèle Patrick Laevers. Notre expert n'a pas l'intention d'attendre des années l'arrivée d'autres nouveautés. Il songe déjà à un projet M+, qui permettrait aux sacs bleus d'accueillir davantage d'emballages métalliques. " Nous sommes la meilleure assurance contre les pertes au sein de la chaîne. Ce qui explique également que nous soyons contre le principe de la consigne. Nous disposons d'un système très efficace, que nous développons depuis plus de 20 ans. La consigne constituerait un deuxième système, sans valeur ajoutée. "