On y voit Nancy Pelosi, la présidente démocrate de la Chambre des représentants américaine, lors d'une allocution, balbutiant, cherchant ses mots dans une diction erratique et traînante, comme si elle était saoûle. Une vidéo qui a été très rapidement démasquée comme étant un faux. Un montage assez grossier dont le rendu a été obtenu par des effets de montage mais aussi en jouant sur la vitesse de défilement de la bande. Il a suffi de mettre l'original en vis-à-vis pour que la supercherie apparaisse au grand jour. Aucun signe d'ébriété visible chez Nancy Pelosi.
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On y voit Nancy Pelosi, la présidente démocrate de la Chambre des représentants américaine, lors d'une allocution, balbutiant, cherchant ses mots dans une diction erratique et traînante, comme si elle était saoûle. Une vidéo qui a été très rapidement démasquée comme étant un faux. Un montage assez grossier dont le rendu a été obtenu par des effets de montage mais aussi en jouant sur la vitesse de défilement de la bande. Il a suffi de mettre l'original en vis-à-vis pour que la supercherie apparaisse au grand jour. Aucun signe d'ébriété visible chez Nancy Pelosi. Aussitôt des voix se sont élevées - journalistes ou citoyens - pour réclamer la suppression de la vidéo sur les réseaux sociaux. YouTube a immédiatement obéi en retirant l'objet du méfait. Facebook, pour sa part, s'y est refusé, offrant néanmoins de signaler explicitement que la vidéo est un faux et d'en réduire la viralité. Cela a immédiatement provoqué les foudres des âmes indignées. Comment diable Facebook peut-il laisser une vidéo - dont le caractère mensonger est parfaitement avéré - circuler ? Inconcevable. Or, pour nous, la réaction de Facebook apparaît au contraire parfaitement justifiée. D'abord, il convient de reconnaître que cette prise de position ferme sert évidemment avant tout l'intérêt du réseau social. Comme l'a confirmé Monika Bickert, sa responsable des politiques globales interrogée par CNN, Facebook n'a pas à supprimer les fausses informations. Facebook n'est pas un média, mais un réseau social. Et à ce titre, la responsable a fait valoir l'obligation de ce même réseau à retirer les faux comptes et tout ce qui enfreint à la sécurité ou qui concerne des appels à la haine. Un distinguo qui est loin d'être un détail. Car retirer cette vidéo - en d'autres termes censurer un contenu qui n'est ni une menace à la sécurité ni un appel à la haine - ce serait de facto se comporter comme un média. Ce qui, par conséquent, les rendrait responsables de tous les contenus qui circulent sur le réseau. Facebook fait aussi valoir le principe de réalité. Même s'il avait déclaré vouloir retirer la vidéo incriminée, celle-ci se serait retrouvée de nouveau dans les partages. Comme on le sait, il est pratiquement impossible de faire disparaître un contenu ; celui-ci est aussitôt ressorti et rediffusé. C'est dans une certaine mesure rassurant. Contrairement à YouTube, qui est un diffuseur, Facebook n'a pas la capacité de faire disparaître totalement un contenu. Mais, au-delà d'être justifiée, cette décision nous apparaît également souhaitable. Car si Facebook décidait de nettoyer son réseau de toutes les fausses nouvelles, sur quels critères le ferait-il ? Comment, comme dans le cas de cette vidéo, parviendrait-il à différencier un contenu mensonger d'une parodie humoristique, qui relève du même principe de fabrication - la falsification ? Et à quel titre Facebook est-il légitime à déterminer ce qui est faux et ce qui est vrai ? Le remède que proposent certaines âmes éclairées apparaît à bien des égards pire que le mal. Si Facebook devenait un média, il lui serait alors loisible de censurer n'importe quel statut de ses deux milliards de " pigistes "... De fait, cette histoire de vidéo conduit à une situation à front renversé. D'un côté, Facebook défendant le libre arbitre des utilisateurs avec le choix de croire ou partager ce qu'ils souhaitent . De l'autre, les " humanistes " qui, paradoxalement, doutent des capacités des utilisateurs, les imaginant nécessairement contaminés par les fausses nouvelles. Dans cette affaire, le réseau fait office de punching-ball, de " Facebook émissaire ". Il y a suffisamment de griefs contre le réseau social pour ne pas lui chercher des poux inutilement. Car pendant que l'on s'acharnait sur Facebook, une autre vidéo sur le même principe est sortie, concoctée par un média qui produit des fake news à jet continu : la chaîne Fox News. Et retweetée par Donald Trump. En toute impunité puisque toute critique est devenue inopérante. Car, comme le remarque Farhad Manjoo du New York Times, dire que Fox News ment, plus grand-monde ne s'y colle : c'est aussi passionnant que de dire que l'eau mouille.