Un emplacement commercial sur cinq est vide en Wallonie. A quoi est due cette évolution, selon vous ?
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Un emplacement commercial sur cinq est vide en Wallonie. A quoi est due cette évolution, selon vous ? Notre dernier relevé annuel dans les centres-villes de Wallonie indique un taux de cellules vides de 20,1%. Cette hausse du taux de cellules vides se conjugue avec une diminution du nombre de surfaces commerciales dans les villes : 140 en moins en un an. Le développement de l'e-commerce joue évidemment dans cette évolution mais il n'est pas, selon moi, l'élément essentiel. On continue à construire ou à étendre des retail parks, pas forcément très grands d'ailleurs, à proximité immédiate des petites villes ou à aménager des " boîtes à chaussures " le long des voies d'entrée vers la ville. L'impact négatif sur le commerce urbain est une conséquence inéluctable. Nous avons pu le constater de manière directe à Tamines et Auvelais, après l'ouverture de petits retail parks à Jemeppe-sur-Sambre et Fosses-la-Ville. On ne peut pas multiplier les mètres carrés commerciaux en périphérie et espérer que tout fonctionne en ville. Car le portefeuille des citoyens, lui, n'augmente pas. Une ville sans commerce n'attirera plus de visiteurs, de touristes. Si le commerce urbain se raréfie, quel peut être l'avenir des centres-villes ? Avec l'important taux de cellules vides, beaucoup de centres-villes ont perdu de leur vocation ou densité commerciale. Cela rompt le continuum commercial et nuit à la fluidité du parcours du chaland. Mais le commerce n'est qu'une des fonctions de la ville. Un coeur de ville, c'est aussi des écoles, des administrations, des bureaux, des espaces culturels, etc. Si tout cela part aussi à l'extérieur parce que c'est plus facile de s'y garer, alors cela devient vraiment très problématique pour l'avenir des villes. Les centres commerciaux, eux, ont bien compris qu'ils devaient être aussi des centres de vie. Ils intègrent de plus en plus d'espaces de loisirs, d'horeca, de convivialité, de culture, etc. La force d'une ville, c'est sa multifonctionnalité et ils essaient de reproduire cela en périphérie pour attirer les chalands. Les élus locaux peuvent donc jouer un rôle pour soutenir la diversité des fonctions d'une ville. En ont-ils suffisamment conscience ? Il existe heureusement des exemples d'équipes dirigeantes qui mettent en place une politique globale de la ville, en essayant de capitaliser sur la diversité des forces d'un centre-ville. Je songe par exemple à Charleroi qui tente de relocaliser les bureaux et les espaces dévolus à l'enseignement supérieur. Ou à Hannut, une petite ville où le travail est mené de façon très structurée, avec un schéma de développement commercial clair et précis. Chacun sait à quoi s'en tenir et la commune mène des actions de soutien au commerce. A une autre échelle, une belle dynamique se met en place à Liège. Des rues ont fait l'objet d'une attention ciblée et, aujourd'hui, elles sont bien relancées. Il n'y a pas une gestion uniforme sur tout le territoire communal mais des déclinaisons adaptées à chaque contexte.