Ne vous fiez pas à la plupart des photos disponibles sur Internet pour reconnaître Renaud Degueldre, mais à celle ci-contre : il est barbu depuis un an. Et ce n'est pas un caprice passager, c'est pour longtemps, sourit-il. Si les portraits du directeur général du BEP sont nombreux sur la toile, c'est qu'il occupe ce poste depuis bientôt 22 ans ! Il en avait 33 lors de sa nomination, aime-t-il rappeler. Et il n'a pas connu d'autre employeur.
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Ne vous fiez pas à la plupart des photos disponibles sur Internet pour reconnaître Renaud Degueldre, mais à celle ci-contre : il est barbu depuis un an. Et ce n'est pas un caprice passager, c'est pour longtemps, sourit-il. Si les portraits du directeur général du BEP sont nombreux sur la toile, c'est qu'il occupe ce poste depuis bientôt 22 ans ! Il en avait 33 lors de sa nomination, aime-t-il rappeler. Et il n'a pas connu d'autre employeur. Après une licence en affaires publiques et internationales à l'UCL, ainsi qu'un master en gestion des entreprises à l'IAG, Renaud Degueldre se présente au BEP quand il apprend que ce dernier cherche un économiste pour réaliser une étude. Il s'agit de prendre contact avec 140 entreprises pour discerner les filières porteuses. Sur cette lancée, notre homme s'occupe ensuite des fonds européens, le programme Objectif 5B en l'occurrence, qui a précédé les fameux Objectif 1 et 2. Rapidement nommé secrétaire général, il devient directeur général en 1997. Comment tient-on 22 ans à la tête du BEP ? " Le plus dur, c'est le début, juge l'intéressé. C'est à ce moment que vous devez construire votre capacité d'indépendance. J'y suis arrivé pour deux raisons. D'abord, dans le Namurois, il n'y a pas un parti dominant. Ensuite, je suis incapable d'agir en fonction de valeurs que je ne partage pas. C'est, je pense, ce qui a permis au BEP d'obtenir sa crédibilité auprès de l'ensemble des formations politiques. Je précise que l'indépendance n'exclut pas l'écoute, bien au contraire. " Le BEP, qu'est-ce au juste ? Une espèce de super-intercommunale ? Une intercommunale multidisciplinaire, précise son patron. Créé en 1963 pour promouvoir l'expansion économique, au travers notamment des parcs d'activité, le BEP a aujourd'hui pour second métier et activité principale la collecte et le traitement des déchets ménagers. Ceux-ci accaparent 80 % des quelque 440 personnes occupées par le BEP (en consolidé) et pèsent lourd dans le budget de 112 millions acté en 2018. Troisième métier, en fort développement ces dernières années : le soutien aux actionnaires, c'est-à-dire à la province et à ses 38 communes, au niveau de l'aménagement du territoire et des gros projets publics. Elles font appel au BEP quand elles n'ont pas les compétences techniques en interne. Les communes, mais également les entreprises, pour lesquelles le BEP analyse un projet de développement, en matière d'innovation ou d'internationalisation par exemple, en prélude à son accompagnement. " Je n'affirmerai jamais que nous sommes plus compétents qu'un entrepreneur, souligne le patron du BEP. Par contre, nous apportons un regard extérieur, une équipe multidisciplinaire et des compétences orientées marché. " Une vingtaine de personnes sont dédiées aux entreprises, tandis que le BEP signe chaque année 60 à 70 contrats avec elles et répond à quelque 200 questions ponctuelles. Les demandes sont très diverses, observe Renaud Degueldre : un plan financier pour discuter avec le banquier, la manière de prospecter le marché européen, une meilleure organisation interne...". Cette aide est subventionnée à 90 % par le Feder et la Région wallonne, mais c'est le montant total de la prestation qui est porté à la connaissance de l'entreprise : il faut qu'elle se rende compte de l'ampleur du service rendu... Le quatrième métier du BEP peut surprendre : c'est le crématorium provincial. Une activité assez marginale, mais un bel exemple de mutualisation des compétences et de la manière dont le BEP est interpellé par les communes, souligne son patron. Point de départ : un mandataire rapporte les doléances de certains citoyens, obligés d'aller jusqu'à Charleroi ou Liège, où le temps d'attente va croissant. Le BEP ne pourrait-il imaginer une solution ? "Nous avons été un peu surpris, mais avons réuni autour de la table diverses compétences internes pour étudier la question : le juriste a signalé qu'un crématorium ne peut légalement être promu que par un pouvoir public. L'économiste a étudié le marché et calculé que l'aire namuroise ne suffisait pas ; il fallait l'étendre à la province de Luxembourg. La localisation optimale devait en tenir compte et le spécialiste en aménagement du territoire a mis le doigt sur Ciney. L'ingénieur, de son côté, a analysé les caractéristiques techniques du lieu, dont l'approvisionnement en gaz. Dernière réflexion : on le fait nous-mêmes ou au travers d'un partenariat public-privé (PPP) ? C'est cette dernière option qui fut choisie, la gestion d'un tel établissement requérant des compétences spécifiques." A noter qu'il existe un autre PPP emblématique : Namur Expo, quand la gestion du Palais des expositions a été concédée à Easyfairs (ex-Artexis). Un projet ambitieux dans lequel le BEP a joué un rôle de coordinateur et de fédérateur est celui de Namur Smart City. L'initiative combine la volonté du bourgmestre Maxime Prévot de faire de Namur un modèle de ville intelligente, les compétences de l'université de Namur, et l'enthousiasme du KIKK, association d'acteurs du numérique, notamment dans le marketing, initiateur du festival éponyme. Ces divers intervenants se sont groupés sous l'appellation TRAKK. Des noms qui ne s'oublient pas ! On est marketeur ou on ne l'est pas... Et où en est Namur Smart City ? "Le nouveau hub du TRAKK sera prêt en octobre prochain, précise Renaud Degueldre, offrant un fab lab (atelier partagé, Ndlr) et des espaces locatifs, d'animation et de coworking." "L'étudiant y rencontrera l'artiste et l'entrepreneur, le chercheur. Tous connectés pour créer de l'intelligence collaborative", proclame le hub. "Par ailleurs, poursuit le patron du BEP, nous allons prochainement offrir à toutes les communes un diagnostic de maturité numérique, accompagné d'un plan de développement à six ans, adapté à leur taille et leurs préoccupations. Autre initiative dans le domaine numérique : trois plateformes à destination des citoyens. La première pour les informer sur les données du BEP et, plus tard, des communes. La seconde, collaborative, récolte les idées dont les habitants veulent faire part. Avec un site : www.G1idee.be. La troisième est une plateforme de crowfunding (Cilo) qui soutient de petits projets associatifs. " Grâce à la numérisation, l'approche communale peut être plus intelligente et plus interactive au niveau de la gouvernance ", conclut le patron du BEP. Si les plateformes citoyennes évoquées plus haut font la nique à Facebook, Renaud Degueldre ne fait pas pour autant l'impasse sur le réseau social, où il est au contraire très présent : " J'ai pu y créer une communauté de personnes et j'y combine des informations tant de moi-même que du BEP ". Renaud Degueldre n'est plus administrateur ni d'Ores ni de la Sogepa depuis l'an dernier, ce qui lui permet de consacrer davantage de temps au BEP et à ses loisirs, en particulier la lecture et la marche. La première lui apporte " beaucoup de sérénité et de réflexion ", au travers notamment d'autobiographies. Celles-ci présentent un côté humain que n'offrent pas les biographies, souligne-t-il. " Un manager interrogé par Trends signalait naguère qu'il trouvait dans la lecture, même de romans, plus de sujets de réflexion et d'évolution que dans les livres de management. Je suis assez d'accord. " Parmi les récents ouvrages marquants : Sapiens, de Yuval Noah Harari. Deuxième hobby, un peu similaire dans son apport : la marche en solitaire. " Je déteste marcher en groupe. C'est en marchant que mon esprit est le plus vif et le plus ouvert. " De la marche donc, et sans doute un jour un morceau du pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle, mais pas de voyage ! En dehors des déplacements professionnels s'entend, très concentrés et vraiment très axés sur le boulot. " Au point qu'il est encore plus là quand il est à l'étranger ", plaisante une collègue. Marcheur, lecteur... et très épicurien, doit-on ajouter. Ou plutôt très gourmand, sourit Renaud Degueldre.