Tissu de coquilles

Les tapisseries qui sortent de l'atelier A+ZDesign servent, par exemple, à séparer les espaces d'une pièce ou à créer des jeux de lumière devant les fenêtres. Geneviève Levivier a développé cette idée sur le thème du recyclage des déchets agroalimentaires pour l'exposition universelle de Milan en 2015. " Je cherchais à surprendre pour cet appel à projets. Coudre avec des feuilles de bananier ou de maïs, cela avait déjà été fait. Les coquilles, par contre, jamais. La matière dure me parlait ", explique-t-elle. Pendant le montage de l'exposition à Milan, le pavillon français choisit son prototype de robe expérimentale comme pièce d'appel. " C'est comique pour une oeuvre belge, mais ils la voulaient ", ironise-t-elle. Il lui faut ensuite deux ans pour perfectionner son produit, avec l'ai...

Les tapisseries qui sortent de l'atelier A+ZDesign servent, par exemple, à séparer les espaces d'une pièce ou à créer des jeux de lumière devant les fenêtres. Geneviève Levivier a développé cette idée sur le thème du recyclage des déchets agroalimentaires pour l'exposition universelle de Milan en 2015. " Je cherchais à surprendre pour cet appel à projets. Coudre avec des feuilles de bananier ou de maïs, cela avait déjà été fait. Les coquilles, par contre, jamais. La matière dure me parlait ", explique-t-elle. Pendant le montage de l'exposition à Milan, le pavillon français choisit son prototype de robe expérimentale comme pièce d'appel. " C'est comique pour une oeuvre belge, mais ils la voulaient ", ironise-t-elle. Il lui faut ensuite deux ans pour perfectionner son produit, avec l'aide d'une bourse d'innovation de la Région wallonne, et enfin aboutir cette année à la collection complète de panneaux Eggshell.Une pâtisserie locale fournit les oeufs à l'atelier de la designeuse, où trois personnes pèsent et formulent les composants. Les coquilles sont brisées et mélangées avec des matières nobles comme de la laine ou de la soie, mais aussi avec des polymères naturels. Fabriquer une pièce implique en général une douzaine d'étapes. " C'est à la fois très technique et artisanal. Le procédé implique des fours, mais je ne peux vraiment rien dire de plus ", insiste Geneviève Levivier, soucieuse de préserver le secret de son invention. Elle ajoute pourtant que la formule ne contient ni allergènes, ni solvants ou plastifiants. " Le tissu ne s'enflamme pas et n'émet pas de dégagement toxique. Les panneaux épais isolent en plus du froid et du bruit ", poursuit Geneviève Levivier, qui privilégie les matières recyclables locales.Polymères eco-friendly, marbres souples, dentelles au laser... Geneviève Levivier n'en est pas à sa première innovation textile. Et pour cause : son associé et mari est chercheur en chimie des polymères. " Dès mes débuts, nous nous sommes mis à expérimenter avec un pied dans le design d'art et un autre dans l'innovation technique. Mon mari a renforcé les effets plastiques que je réalisais naturellement. C'est un échange très dense ", explique-t-elle.Au moment de se lancer dans le textile en 2008, Geneviève Levivier brigue tout de suite la haute couture. " Dès ma première collection, je suis allée voir s'il y avait un intérêt au sommet, à Paris. Je produisais pour eux, mais j'innovais aussi ", précise-t-elle. Au titre de fournisseur, elle préfère celui de créateur artisanal. " J'étais tout le temps dans l'ombre des maisons. Mes créations étaient sur le podium, mais personne ne savait que c'était de moi ", déclare-t-elle. Après l'exposition de Milan, Geneviève Levivier souhaite faire évoluer son modèle d'affaires vers le partenariat. " Mes créations doivent rester signées. Il y a une valeur ajoutée réciproque ", argumente-t-elle. Poussée par l'envie de créer de grands formats textiles décoratifs, elle vise désormais les décorateurs, architectes d'intérieurs, galeries et show-rooms. " Evidemment, je laisse la porte ouverte. Je peux faire des tailleurs demain avec les tissus Eggshell, mais mon but est de sortir de là, pas d'y retourner tout de suite. Si je lance une collection de vêtements ou de sacs, ce ne sera pas pour faire deux pièces avec un jeune designer, ce sera avec des gens qui ont la force commerciale de lancer une gamme. " Par Sandrine Puissant.