"A l'avenir", explique-t-il au Financial Times, "nous devons avoir une politique budgétaire significative en zone euro", reposant sur une "capacité budgétaire" commune et plus seulement sur des "règles guidant les politiques nationales". Le banquier italien, après huit ans d'un mandat marqué par les crises, apporte un soutien explicite à la proposition portée depuis deux ans par le président français Emmanuel Macron, et qui divise les 19 pays de l'union monétaire. Pour lui, "nous avons des pays qui ont des marges budgétaires et ne les utilisent pas", allusion transparente à l'Allemagne. Mais "même s'ils agissaient", le reste de la zone euro n'en récolterait que des "retombées" indirectes. "La politique monétaire peut faire son travail, mais en l'absence d'une capacité de stabilisation, elle le fera plus lentement et avec plus d'effets secondaires", déplore-t-il également. Or cet outil "de stabilisation", prôné par Bruxelles et Paris et qui permettrait d'aider un pays spécifiquement touché par un choc économique, ne figure pas dans le projet d'"instrument budgétaire pour la compétitivité et la convergence" sur lequel les ministres des Finances de la zone euro se sont accordés mi-juin. Ce compromis, qui pourrait être effectif en 2021, devrait être doté d'une enveloppe bien plus modeste que les centaines de milliards d'euros réclamés par Paris, les pays du Nord étant particulièrement réticents à cette solidarité budgétaire avec leurs voisins du Sud. A quelques semaines de passer la main à la Française Christine Lagarde, M. Draghi a par ailleurs défendu la politique monétaire menée sous sa direction, marquée par un vigoureux et controversé soutien à la conjoncture. "Avons-nous fait assez? Oui, nous avons fait assez, et nous pouvons faire plus", assure-t-il. Lors de la dernière réunion du 12 septembre, la BCE a à la fois baissé l'un de ses taux et relancé son programme de rachats de dette, au grand dam de plusieurs membres de son conseil des gouverneurs qui l'ont publiquement déploré. La semaine dernière, l'Allemande Sabine Lautenschläger a même claqué la porte de son directoire. (Belga)