It's raining ropes, we can not work.

Beware, there's an eel under the rock.

No problem, let's pass the sponge.

Voici quelques expressions françaises traduites en anglais de manière littérale. Amusant, non ? Il s'agit malheureusement de la réalité quotidienne de nombreux environnements professionnels.

J'ai pensé à cela plus tôt dans la semaine, lorsque j'ai entendu parler aux informations du nouvel accord social pour les ouvriers du bâtiment. Une règle a notamment retenu mon attention : désormais, chaque chantier doit compter au moins une personne qui maîtrise l'une des langues de notre pays ou l'anglais. L'idée est bonne : elle vise à améliorer la communication et la sécurité sur les chantiers. Mais la solution n'est, selon moi, pas la meilleure pour traiter un problème avec lequel le secteur de la construction se débat depuis longtemps.

Ces dernières années, l'internationalisation du secteur et le détachement ont attiré de la main-d'oeuvre de différents pays et de différentes parties du monde dans nos contrées : Polonais, Bulgares, Brésiliens, Portugais, Tchèques, Roumains, etc. Au début, la situation profitait à tous : les ouvriers internationaux experts dans leur domaine gagnaient bien leur vie ici et les acteurs du secteur de la construction bénéficiaient d'une solution satisfaisante sur le plan économique : ils trouvaient des candidats à bas prix pour des postes à pourvoir.

Globish

Nous savons tous que la communication n'est pas toujours fluide. J'en ai fait moi-même l'expérience. Nous avons mené deux gros projets de construction pour notre entreprise. Les entreprises de construction auxquelles nous avons fait appel employaient à chaque fois de nombreuses nationalités différentes. J'ai dû plusieurs fois intervenir, en tant qu'interprète, pour donner des instructions et également des consignes de sécurité. La sécurité qui est pourtant une question importante sur un chantier de construction.

Dans un environnement professionnel comme celui-là, on ne s'en sort pas avec un simple : "Tout le monde sait bien parler anglais ?". J'appelle cela le Globish (Global English) : des traductions littérales comme ci-dessus qui ne suffisent pas à communiquer les consignes de base sur un chantier (dans le cas présent). La crainte est que la maîtrise de la langue étrangère soit si mauvaise que cela nuise à la sécurité.

La technologie à la rescousse

Le plus simple est peut-être de laisser chacun parler sa langue tout en utilisant la technologie pour établir la communication. Cela permet de ne perdre aucune information essentielle parce que l'on ne trouve pas les bons mots ou la bonne nuance dans la "langue obligatoire", par exemple. Sans parler de Google Translate : l'outil a fait de gros progrès, les traductions proposées restent cependant mauvaises. Surtout lorsqu'il s'agit de domaines spécialisés avec un vocabulaire spécifique, comme dans le secteur de la construction, par exemple. Ou le secteur de la chimie, où la moindre traduction incorrecte peut avoir des conséquences catastrophiques. La traduction automatique n'est donc pas adaptée à de tels environnements en raison de la marge d'erreurs.

La technologie peut davantage contribuer à l'amélioration de la sécurité sur un chantier que la présence obligatoire d'un chef de chantier qui parle le Globish ou une langue intermédiaire.

Pour une communication externe professionnelle, le mieux est de toujours faire appel à des interprètes. Bien évidemment, je comprends qu'il n'est pas possible de se déplacer en permanence avec un interprète sur le chantier (et quelle langue choisir avec toutes les nationalités présentes ?). Mais vous pouvez bénéficier, grâce à la technologie, d'un linguiste présent virtuellement sur le site. Une réunion ou une séance d'information en vue ? Confiez la traduction des consignes de sécurité ou des missions à un traducteur en direct, par téléphone (ou Internet). Il se chargera ensuite de communiquer la traduction aux ouvriers. Le plâtrier polonais est l'exemple type, mais il peut également s'agir de la communication entre un ouvrier ferroviaire néerlandais et un donneur d'ordre français. Ces outils sont particulièrement économiques (il faudrait autrement faire venir un interprète de chaque pays d'origine, lui payer l'hôtel, s'assurer de sa disponibilité immédiate, etc.). Sans oublier les éventuels frais pour le maître d'oeuvre en cas d'instructions incorrectes, ce qui entraîne également un retard de livraison.

Une alternative à la formation linguistique

L'apprentissage d'une langue étrangère n'est pas non plus évident pour les chefs de chantier. Quand on sait que les traducteurs suivent une formation de plusieurs années, on ne peut pas s'attendre à ce qu'une formation intensive de deux semaines suffise pour maîtriser une langue. Apprendre une langue demande du temps et de l'argent. L'immersion dans une langue et une culture étrangères, qui reste le meilleur moyen, est plus facile à mettre en place pour des étudiants Erasmus que pour un chef de chantier.

Il y a également beaucoup de renouvellement de personnel dans le secteur de la construction. Le risque est grand que l'investissement réalisé bénéficie à un autre employeur au bout de quelques années, lorsque le chef de chantier décide de partir. Des chefs de projet indépendants et de nombreux partenaires externes sont également recrutés pour certains projets. Si vous travaillez avec des Polonais aujourd'hui, des Bulgares ou des Portugais demain et ainsi de suite, quelle langue devez-vous apprendre en tant que chef de chantier ?

Je suis convaincu que la technologie peut davantage contribuer à l'amélioration de la sécurité sur le chantier que la présence obligatoire d'un chef de chantier qui parle le Globish ou une langue intermédiaire.

Et vous, parlez-vous 'la' français ? ;-)

Eric Bauwelinck, Interprète-Conseil | PDG Mastervoice