Ils domptent les façades, les animent, les enchantent. Basés à Charleroi, les artistes de Dirty Monitor ont déjà donné vie à plusieurs monuments aux quatre coins du monde en les habillant de sons, d'images et de lumières : le Temple du Ciel à Pékin, le Palais du Parlement à Bucarest, l'Ambassade de Belgique à New Delhi, l'impressionnante Burj Khalifa - actuellement la plus haute tour du monde - à Dubaï, etc.
...

Ils domptent les façades, les animent, les enchantent. Basés à Charleroi, les artistes de Dirty Monitor ont déjà donné vie à plusieurs monuments aux quatre coins du monde en les habillant de sons, d'images et de lumières : le Temple du Ciel à Pékin, le Palais du Parlement à Bucarest, l'Ambassade de Belgique à New Delhi, l'impressionnante Burj Khalifa - actuellement la plus haute tour du monde - à Dubaï, etc. Nombreux, les faits d'armes de ce collectif wallon sont spectaculaires et toujours placés sous le signe du video mapping, une technologie multimédia qui consiste à projeter des images de grande taille sur des édifices ou des structures en relief. Mais paradoxalement, Dirty Monitor n'est pas très connue en Belgique. Certes, l'entreprise carolo a déjà signé les fresques lumineuses de quelques grands événements nationaux comme les commémorations de la Bataille des Ardennes à Bastogne en 2014 ou le centenaire de la libération de la ville de Mons l'année dernière. Mais les spectateurs, sans doute éblouis par l'explosion poétique des images qui défilent, se souviennent rarement de leur metteur en scène. Pourtant, le nom de la société fait mouche. Pas très " politiquement correct ", le choix de l'appellation Dirty Monitor remonte aux premières heures du collectif d'artistes qui, à la base, n'avait aucune ambition commerciale. " Il y a une quinzaine d'années, nous faisions des projections sauvages à Charleroi sur des vieux murs d'usines et dans des bâtiments abandonnés, raconte Orphée Cataldo, cofondateur de l'entreprise avec son frère Mauro. Il y avait un côté post-industriel, sale et un petit peu punk dans nos installations artistiques auxquelles on ajoutait parfois des images de films X. C'est de là qu'est venu le nom de Dirty Monitor et nous l'avons gardé quand le business s'est enclenché. " Un écran de contrôle un peu sale et obscène : voilà comment on pourrait traduire approximativement l'expression Dirty Monitor. " Aujourd'hui, il nous arrive de signer simplement avec les initiales DM sur certains contrats parce que le nom en entier n'est pas toujours bien vu en Chine ou au Proche-Orient, sourit Orphée Cataldo. Mais bon, on ne va tout de même pas changer de nom, c'est beaucoup trop tard ! " Né en 2004, le collectif d'artistes a commencé à se faire remarquer par ses performances de " VJing " - des animations visuelles projetées en temps réel sur de la musique - dans des soirées privées et des clubs de Charleroi.Séduits, des scénographes tels que Franco Dragone et Luc Petit invitent alors Dirty Monitor à intégrer ses images 3D dans quelques spectacles d'envergure. Le bouche à oreille s'enclenche, le collectif se professionnalise et son studio de création décide de se spécialiser dans le video mapping. Petit à petit, son expertise résonne à l'étranger et de gros clients finissent par émerger, comme le Festival international du Film de Pékin en 2013, le centre culturel Sheikh Jaber Al Ahmad au Koweït en 2016 ou encore l'Exposition internationale d'Astana au Kazakhstan en 2017. A chaque fois, c'est le même scénario : les Belges sont recrutés pour donner une âme technologique aux lieux choisis par les organisateurs en les recouvrant de sons, d'histoires et de lumières grâce à des logiciels, de projecteurs high-tech et une sonorisation millimétrée. Avec Dirty Monitor, la trame pénètre dans la pierre et la magie opère. " Nous sommes une trentaine dans l'équipe et tout le monde est un peu artiste, explique Arnaud Meulemeester, business developper au sein de l'entreprise carolo. Il y a des vidéastes, des designers, des comédiens, des architectes, des musiciens et l'on se nourrit tous les uns des autres. Personnellement, je suis chargé de décrocher des contrats et d'explorer de nouveaux marchés, mais je suis aussi archéologue de formation, ce qui se révèle utile lorsqu'il s'agit d'apporter certaines références dans un travail artistique qui consiste aussi à raconter des histoires. " En quelques années à peine, Dirty Monitor est devenu une référence à l'international. Très bien implantée en Asie et dans le golfe Persique, la société carolo tente aujourd'hui de s'imposer davantage sur le continent américain. Certes, ses vidéastes ont déjà eu l'occasion de projeter un Bruegel animé sur la façade de la bibliothèque de Montréal dans le cadre du 375e anniversaire de la ville canadienne en 2017, mais l'Amérique latine reste encore vierge de leur savoir-faire. Voilà pourquoi Dirty Monitor a emboîté le pas de la princesse Astrid le mois dernier au Mexique dans sa mission économique et espérer ainsi décrocher de nouveaux contrats ( lire l'encadré " Du football aux pyramides " plus bas). " Aujourd'hui, nous sommes très sollicités et nous avons le luxe de pouvoir refuser énormément de projets, précise le business developper Arnaud Meulemeester. Nous ne prenons que les plus importants ou les plus intéressants d'un point de vue artistique, mais cela ne nous empêche nullement de partir à la découverte de nouveaux marchés et de nouveaux défis, qu'il s'agisse de video mapping pur ou d'animations visuelles pour de grandes expositions. " Outre les fresques lumineuses que l'entreprise déploie dans l'espace public, Dirty Monitor a en effet développé une expertise dans la scénographie et l'imagerie 3D à l'intérieur de musées ou de lieux culturels. A son actif, elle compte ainsi la réalisation du parcours interactif de la Schtroumpf Experience, une vaste exposition-spectacle dédiée aux lutins bleus qui s'est tenue dernièrement à Bruxelles et qui s'apprête à parcourir le monde ces cinq prochaines années. Le collectif d'artistes carolo a également conçu l'imagerie numérique de l'exposition Van Gogh, The Immersive Experience qui vient de se clôturer au Palais de la Bourse de Bruxelles - un parcours sensoriel où le visiteur était littéralement plongé dans les tableaux du peintre - et finalise aujourd'hui le même type d'expérience virtuelle à Turin pour l'oeuvre de Claude Monet. Forte d'un chiffre d'affaires de 1,7 million d'euros pour l'année 2018, Dirty Monitor poursuit aujourd'hui son petit bonhomme de chemin technologique, à l'appel d'organisateurs d'événements extérieurs et de commissaires d'expositions intérieures, sans toutefois négliger une autre clientèle qui monte en puissance dans son carnet de commandes. De plus en plus, l'entreprise carolo est en effet sollicitée pour animer des lancements de produits ou des festivités d'entreprises, histoire d'ajouter un peu de magie à ces événements corporate. Parmi ses références, Dirty Monitor compte quelques sociétés de prestige comme Porsche, Lhoist, Asco Industries, Bosch ou encore le fournisseur belge d'énergie verte Eneco. Pour fêter son bicentenaire en 2017, le groupe international Cockerill Maintenance & Ingénierie (CMI) a ainsi choisi la société carolo pour réaliser un video mapping de 25 minutes devant 3.000 clients, fournisseurs et employés. A l'étranger, le collectif d'artistes s'est également chargé de l'inauguration de la boutique de la marque de montres suisses Patek Philippe à Shanghai et a orchestré le 14e dîner de gala de la société Qatargas qui s'est tenu au Qatar National Convention Centre de Doha en 2014. Généralement, le prix de la création d'un événement standard oscille entre 100.000 et 500.000 euros selon le minutage et les exigences du client. Un prix auquel il faut ajouter une somme équivalente pour la location du matériel technique qui n'appartient pas à Dirty Monitor : " Nous sommes spécialisés dans la conception et la réalisation d'installations sonores et visuelles, mais nous ne possédons pas le matériel qui sera mis en place le jour de l'événement, conclut le cofondateur de l'entreprise Orphée Cataldo. Notre expertise, c'est la créativité et notre plus-value se trouve dans le traitement de l'information que le client veut mettre en avant. Au final, nous essayons toujours de privilégier l'émotion". Jusqu'ici, c'est plutôt réussi.