"Un jour, un coach m'a dit que j'étais davantage un chief challenger officer qu'un chief executive officer. Je déteste le statu quo, j'aime " challenger " les équipes et penser out of the box. Dans mon nouveau monde, cela fonctionne très bien. J'arrive avec un oeil extérieur et des idées différentes. " A 54 ans, Denis Knoops est ce que l'on pourrait appeler un "serial investisseur", entrepreneur et administrateur. Après avoir été remercié par le groupe de distribution Ahold Delhaize en septembre 2017, celui qui était alors CEO de Delhaize Belgique n'a pas eu d'autre choix que de rebondir. Et il l'a fait avec brio ! " Crisis is opportunity, lance-t-il. Cela a toujours été mon fil rouge. "
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"Un jour, un coach m'a dit que j'étais davantage un chief challenger officer qu'un chief executive officer. Je déteste le statu quo, j'aime " challenger " les équipes et penser out of the box. Dans mon nouveau monde, cela fonctionne très bien. J'arrive avec un oeil extérieur et des idées différentes. " A 54 ans, Denis Knoops est ce que l'on pourrait appeler un "serial investisseur", entrepreneur et administrateur. Après avoir été remercié par le groupe de distribution Ahold Delhaize en septembre 2017, celui qui était alors CEO de Delhaize Belgique n'a pas eu d'autre choix que de rebondir. Et il l'a fait avec brio ! " Crisis is opportunity, lance-t-il. Cela a toujours été mon fil rouge. " L'homme est aujourd'hui impliqué dans une multitude d'entreprises. Actionnaire principal du spécialiste des magasins éphémères Chronostock, il a également repris avec deux autres " Delhaiziens " le fabricant bruxellois de croquettes aux crevettes artisanales Vismijn, avant de racheter la master franchise pour la Belgique de la chaîne de magasins de seconde main Cash Converters avec trois autres investisseurs. Et ce touche-à-tout ne s'en tient pas qu'au secteur du retail qu'il connaît évidemment comme sa poche - 25 ans chez Delhaize, ça marque ! Père de quatre enfants, Denis Knoops fait aussi partie de l' advisory board d'Infinity Mobile, une boîte informatique qui a mis au point une plateforme sur laquelle les entreprises peuvent venir se " brancher " pour se lancer, notamment, dans l'e-commerce. Autre secteur sur lequel le quinqua a jeté son dévolu : les biotechs. L'ex-boss de Delhaize Belgique est ainsi administrateur indépendant d'EyeD Pharma, une entreprise liégeoise en pleine croissance et qui entend s'attaquer au glaucome grâce à un système innovant d'administration de médicament par implant intraoculaire à diffusion contrôlée. " La biotech comptait jusqu'à présent beaucoup de médecins dans son board. En tant qu'administrateur indépendant, je peux parler budget, stratégie, mise en place d'un comité de rémunération, etc., explique notre interlocuteur. J'ai également aidé l'entreprise à lever des fonds. Avec son président Marc Foidart, nous avons fait équipe et nous sommes allés chercher 28 millions. C'était ma première levée de fonds. " Mais comment ce passionné de course à pied a-t-il réussi sa reconversion ? Comment a-t-il accusé le coup après son éviction d'Ahold Delhaize ? Quels conseils donnerait-il à un dirigeant qui serait amené à vivre un épisode similaire ? Focus sur un parcours inspirant. Nous sommes en été 2017. CEO de Delhaize Belgique depuis trois ans, Denis Knoops vient de vivre une annus horribilis. " Je comprends très rapidement que la fusion avec le groupe de distribution Ahold n'est en réalité qu'une acquisition pure et simple, dit-il. Les Néerlandais venaient de racheter les Belges qui n'avaient plus qu'à rester dans leur coin et à ne surtout pas influencer la grande stratégie dictée depuis les Pays-Bas. De CEO influent, je devenais petit patron d'une business unit. Si je voulais survivre, il fallait que je ferme ma g... et que j'applique les consignes. J'étais complètement déchiré. Je me suis en fait retrouvé dans un énorme groupe qui n'avait plus rien à voir avec Delhaize et qui ne partageait absolument aucune de mes valeurs. Les gens ne se disaient pas bonjour, j'étais souvent en réunion avec des personnes que je ne connaissais même pas et qu'on ne me présentait pas. J'ai tenté de mordre sur ma chique pendant un an mais, petit à petit, cela devenait un mariage impossible. Plusieurs fois, j'ai émis la volonté de ne pas faire ce qu'ils pensaient que je devais faire, et à un moment donné, je me suis mis en danger. C'était inéluctable, je savais que cela allait arriver. " Reste que le choc est rude. Surtout après avoir passé 25 ans au sein de l'entreprise. " J'ai ressenti un mélange de soulagement, de frustration et de dégoût pour la grande entreprise, explique notre interlocuteur. J'étais surtout très triste de quitter mes équipes, c'est cela a été le plus dur. Le fait d'abandonner notre projet en cours de route a aussi été très compliqué pour moi. Delhaize Belgique était petit à petit en train de devenir ce que j'avais envie que l'entreprise devienne. C'était triste de quitter tout cela, mais ce fut aussi un soulagement énorme car je me levais chaque jour en étant frustré. " Du jour au lendemain, celui qui peinait parfois à caser son entraînement sportif dans son emploi du temps se retrouve avec un agenda complètement vide. " Peu de temps avant, j'avais dû décliner l'invitation d'un ami qui avait décidé de rassembler plusieurs personnes à Marrakech pour ses 50 ans. Je l'ai rappelé pour voir si j'étais toujours invité et je suis parti une semaine avec mon épouse. Nous nous sommes retrouvés en septembre au sommet du Toubkal à 8 heures du matin. Il me fallait un peu de temps pour me stabiliser, je ne voulais plus entendre parler de boulot, ni accepter directement un autre poste. J'en ai pourtant eu l'occasion. J'étais encore dans mon bureau chez Delhaize que je recevais une proposition pour un poste de CEO dans le food retail dans un très beau pays, très loin. Mais je n'en avais pas du tout l'envie. " Denis Knoops prendra quelques mois pour se demander comment il entend poursuivre sa carrière. " Il s'agit de bien se mettre un miroir en face de soi, d'éventuellement faire appel à des coachs, et de se demander ce qui fait réellement son bonheur. Si c'est d'être de nouveau CEO d'une grande boîte, c'est bien. Mais ce n'est pas forcément cela. Au départ, je ne voulais plus entendre parler de food retail, ni de la fonction de CEO d'ailleurs. Quelques mois plus tard, je ne raisonnais déjà plus comme cela. Je voulais simplement être entouré de personnes avec qui j'avais envie d'être. Je voulais éviter les gens toxiques, plus nombreux, je pense, dans les grandes entreprises. Je voulais enfin participer à des projets dont je pouvais être fier. " L'ex-patron de Delhaize Belgique commencera à multiplier les rencontres tous azimuts. " J'avais du temps, j'ai rencontré des gens, lâche-t-il. J'ai eu des lunchs et des réunions tous les jours. Que ce soit avec des gens qui avaient quitté le monde de la grande entreprise pour reprendre une PME, qui avaient repris une boîte pour ensuite retourner dans le monde corporate, etc. J'ai été voir des chasseurs de têtes, des business angels, des gens qui avaient créé une start-up, une scale-up, etc. Des gens bienveillants qui avaient parfois vécu la même chose que moi et qui m'expliquaient leur parcours. J'ai fait des centaines de rencontres et je me suis inspiré de certaines choses. " Au fur et à mesure, des opportunités se créent. Nous sommes en décembre 2017 lorsqu'Infinity Mobile propose à Denis Knoops d'intégrer son advisory board. " Ce sont des codeurs, sourit notre interlocuteur. Soit un monde totalement différent du mien. Mais leurs clients sont notamment des groupes agroalimentaires. J'ai participé au premier tour de table en investissant un peu d'argent. " Au gré des rencontres, notre homme investira dans la biotech EyeD Pharma, rachètera Vismijn, aidera un ami d'enfance à redresser Chronostock, deviendra actionnaire du fonds Profinpar, investira dans la petite chaîne de friteries Fritapapa, ou encore se muera en mentor bénévole au sein de l'incubateur The Birdhouse, sponsorisé par Belfius. " Je passe beaucoup de temps à aider des jeunes, des start-up, etc., explique-t-il. Je trouve que la jeune génération est formidable. Elle me donne beaucoup d'énergie. " Si Denis Knoops a décidé d'opter pour cette trajectoire, ce n'est pas du tout un hasard. C'est même, dit-il, un " retour aux sources ". " Le fait de devenir business angel et d'investir dans de petites boîtes est loin d'être une nouvelle idée, insiste-t-il. C'est mon ADN depuis toujours. " Déjà lors de ses études, il analyse dans le cadre de son mémoire la stratégie de croissance et d'internationalisation d'une PME. Chez Delhaize, ensuite, il occupera une série de postes d'" intrapreneur ". " J'ai vécu cinq ans et demi en Asie, où j'ai lancé Delhaize à partir de rien. Avant cela, j'ai été patron de Tom&Co. J'avais 28 ans lorsque j'ai repris l'enseigne au sein de Delhaize. J'étais le numéro 1 d'une micro-chaîne de six magasins qui perdait beaucoup d'argent, et on m'a donné un an pour sauver la boîte. Quand je me suis retrouvé sans rien, c'est précisément à cette période que j'ai pensé, à savoir celle pendant laquelle je me suis le plus amusé. C'était suffisamment petit pour que la reprise de croissance aille vite - car je suis un impatient - et la marge de croissance était importante. La croissance, j'adore ! Nous avions fait x10 en trois ans. Si je peux retrouver des endroits où je peux refaire du x10, je prends ! Au fond, sur la fin chez Delhaize, je crois que j'étais plutôt un entrepreneur déguisé en CEO. " Si Denis Knoops avait un conseil à donner pour rebondir après un licenciement, c'est essayer de se connaître au mieux. " Personnellement, je suis allé voir des coachs. J'adore tout ce qui est tests psychologiques pour savoir qui je suis vraiment et ce qui m'anime. En la matière, je prends tout ce que je peux prendre. Je suis par exemple un grand fan des profils MBTI. Un jour, un coach m'avait défini comme un stratège compétitif. " Savoir qui l'on est, c'est aussi savoir qui on n'est pas. " Il ne faut pas s'inventer entrepreneur si on ne l'est pas, assure notre interlocuteur. J'ai par exemple un copain qui était numéro 2 d'une très grande boîte belge et qui, lorsqu'il a perdu son boulot, s'est retrouvé malheureux comme une pierre. Il lui fallait un nouveau job dans un comité de direction d'une grande boîte. Personnellement, je ne suis pas non plus n'importe quel type d'entrepreneur. J'ai beaucoup d'admiration pour les gens qui créent des entreprises à partir de zéro, mais ce n'est pas moi. J'en suis incapable. Une feuille blanche, cela me fait peur. Par contre, ce que je sais faire, c'est, après qu'une boîte a fait le 0 à 1, l'aider à faire le 1 à 10. Ce qui m'excite, c'est la croissance, la stratégie de croissance et la manière d'organiser cette croissance. " C'est précisément pour cette fine connaissance du tissu des PME que le patron de DéFI, François de Smet, est venu chercher Denis Knoops afin de présider le conseil d'administration du bras financier de la Région bruxelloise, finance&invest.brussels (ex-SRIB, société régionale d'investissement de Bruxelles). " C'est original, reconnaît l'ex-Delhaizien. Cela a surpris pas mal de gens, car il s'agit normalement d'une nomination politique qui revenait ici à DéFI. Mais les premiers commentaires sont plutôt positifs : Enfin un entrepreneur ! " L'homme se dit heureux à l'idée de pouvoir " motiver les gens à créer leur boîte à Bruxelles et à ne pas partir ailleurs ". " Je vais pouvoir faire avancer des projets, lancer des jeunes à Bruxelles, créer de l'emploi, se réjouit-il. finance&invest.brussels a du retard par rapport aux autre invests en Flandre et en Wallonie. C'était jusqu'à présent assez plan-plan, il va falloir booster tout cela ! Si je peux faire avancer les choses grâce à mon peu d'influence, ce sera gagné ! " Deux ans et demi après la fin de l'aventure Delhaize, Denis Knoops a plutôt bien mené sa barque. " Ma vie a changé, reconnaît-il. J'ai parfois des journées bien remplies, d'autres sans rien. C'est tout un apprentissage. Je suis par ailleurs devenu un vrai nomade. Je vais voir les gens dans leur environnement, je travaille dans des espaces de coworking, etc. Et aujourd'hui, il m'arrive d'aller courir de 10 à 11 h. Tout est mental. Si le matin, on se lève en se disant que c'était quand même chouette d'être CEO de Delhaize et qu'à présent, c'est difficile, ce sera très compliqué. Mais il faut voir les choses autrement. Si j'ai envie d'aller dire bonjour à ma maman à 15 h, je peux le faire aujourd'hui. " Pour la suite, Denis Knoops se verrait bien jouer un rôle plus actif dans une entreprise. " J'estime que j'ai bien rebondi mais qu'il y a encore de la marge, dit-il. Je pourrais soit reprendre une boîte où j'aurai un rôle plus actif -je ne suis pas dans l'opérationnel aujourd'hui - , soit me tourner vers un nouveau job de CEO dans une grosse boîte. Mais ce n'est pas nécessairement mon choix numéro un. J'aimerais être très proche des actionnaires. "