Comprendre pourquoi des élus adoptent fièrement des recommandations, à l'issue d'une commission d'enquête parlementaire hautement médiatisée, et se ravisent moins d'un an plus tard quand la recommandation devient un projet de décret.
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Comprendre pourquoi des élus adoptent fièrement des recommandations, à l'issue d'une commission d'enquête parlementaire hautement médiatisée, et se ravisent moins d'un an plus tard quand la recommandation devient un projet de décret. Les arguments martelés ces derniers jours par les derniers défenseurs affichés de la nébuleuse Nethys telle qu'elle s'était construite (Willy Demeyer, Jean-Claude Marcourt, Pierre Meyers) ne lèvent pas l'incompréhension. Cette scission coûterait 8 millions d'euros par an à Resa - somme à répercuter sur la facture des consommateurs ou à déduire des dividendes aux communes - car le gestionnaire de réseau ne pourrait plus profiter des " synergies " du groupe. Le chiffre a été avancé à plusieurs reprises mais ni les communes actionnaires, ni les parlementaires n'ont pu obtenir d'explication détaillée sur le mode de calcul. Logique : la monétisation des flux au sein d'un groupe est rarement neutre et transparente. Cela dit, si le problème est effectivement celui des synergies en IT ou autre, rien n'empêche d'en rechercher de nouvelles, on est prêt à parier qu'Ores n'attend que cela... Cette histoire des 8 millions d'euros surprend car, jusqu'à présent, on avait toujours flairé l'inverse : les profits de l'activité monopolistique de distribution d'énergie finançaient le développement d'activités concurrentielles dans les télécoms, les médias ou la production d'électricité, ne serait-ce que par le fait qu'une partie des dividendes octroyés par Resa s'évaporait dans la structure et n'arrivait donc jamais aux communes actionnaires (10 millions sur 48, sur base des chiffres 2015 présentés devant la commission d'enquête). Au-delà de cette querelle de chiffres, il y a celle, plus fondamentale, sur la stratégie économique : en séparant Resa de Nethys, disent les socialistes liégeois, on voudrait en réalité saper l'initiative industrielle publique. Un argument idéologique qui ne repose en réalité sur... rien ! On a beau lire et relire les propos des uns et des autres, personne n'a remis en cause le principe de l'implication du public dans l'économie. Ce qui a en revanche été pointé, y compris par des commissaires PS, c'est qu'une intercommunale n'était sans doute pas le véhicule le plus approprié pour investir dans des secteurs concurrentiels. Les conseillers communaux n'ont en effet ni le temps ni l'expertise technique nécessaires pour assurer un véritable contrôle démocratique de politiques d'investissement tous azimuts, surtout quand ces politiques sont menées par des " filiales de filiales ", diluant de facto toute velléité de contrôle. Au besoin, rappelons qu'il existe déjà pas mal - trop, disent même certains - d'outils financiers publics en Wallonie et qu'ils sont gérés par des professionnels, sous le contrôle du gouvernement régional. Et donc, on aimerait comprendre pourquoi des yeux refusent obstinément de s'ouvrir. Pourquoi certains ont choisi de s'enferrer dans une ligne de défense vouée à l'échec. Il faut se rendre à l'évidence : les cris d'alarme sur l'emploi et les " synergies " n'ont convaincu personne en dehors du parti socialiste. Tout au plus un doute subsistera-t-il éternellement sur le vote qu'aurait émis Christine Defraigne (MR) si elle n'avait pas été très opportunément en mission à l'étranger pour le compte du Sénat. Et même au sein du PS, l'opposition est restée cantonnée à Liège et sa proche banlieue. Les députés socialistes de Verviers et Huy-Waremme, dont les communes sont pourtant aussi actionnaires de Publifin, n'ont pas embrayé sur la fronde principautaire. Peut-être un jour, faudra-t-il parler de PS-PSL (pour liégeois) comme la CDU allemande a son appendice bavarois la CSU.