Lancés il y a une dizaine d'années en Belgique, les espaces de coworking ont longtemps été le siège des travailleurs indépendants et des start-up. Un lieu de rencontre pour briser son isolement, un premier siège social pour une jeune pousse. Cependant, PME et grandes entreprises débarquent peu à peu dans ces espaces. C'est notamment le cas de DRA Group, une société de conseil en planification financière et courtier en assurances installée dans les bureaux de Silversquare, au 523 de l'avenue Louise, à Bruxelles.
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Lancés il y a une dizaine d'années en Belgique, les espaces de coworking ont longtemps été le siège des travailleurs indépendants et des start-up. Un lieu de rencontre pour briser son isolement, un premier siège social pour une jeune pousse. Cependant, PME et grandes entreprises débarquent peu à peu dans ces espaces. C'est notamment le cas de DRA Group, une société de conseil en planification financière et courtier en assurances installée dans les bureaux de Silversquare, au 523 de l'avenue Louise, à Bruxelles. Ce matin-là, Geoffroy Lycops, managing partner de DRA Group, nous accueille dans cette partie du second étage qu'il loue depuis trois ans. Dans l' open space, plusieurs collaborateurs travaillent devant leur écran. A côté, des bureaux fermés et une salle de réunion complètent le siège bruxellois de la société. Une douzaine de personnes travaillent ici, six autres dans son second siège, à La Louvière. Particularité : il n'y a pas de porte entre cet espace réservé à DRA et le long couloir qui mène aux espaces loués par les autres membres de Silversquare. Geoffroy Lycops nous sert de guide. Il y a bien sûr les bureaux et sièges des autres entreprises, mais aussi des espaces communs que tous les membres peuvent utiliser, qu'ils soient indépendants, salariés d'une PME ou d'une grande société. Des salons cosy, des bureaux individuels fermés, des salles de réunions extensibles peuvent être réservés. Ils alternent avec de confortables alcôves ou des espaces ouverts où sont disposées des tables communes. Au 1er étage, un espace permet de se restaurer et d'accueillir des événements. Pour Geoffroy Lycops, s'installer dans un espace de coworking présente l'avantage d'offrir une location de bureaux très souple. " Ce n'est pas un bail, c'est un contrat de service, avec un renom d'un mois. Si nous avons besoin de nous délocaliser, nous savons que nous ne serons pas tenus par des engagements de longue durée. " Pour Edwin Willems, directeur marketing d'Agilos, une société d'analyse de données pour aider à la prise de décisions, cette flexibilité est un des principaux arguments qui ont motivé sa décision, en avril dernier, de déménager ses équipes dans le nouveau centre de Silversquare, quant à lui situé avenue Arnaud Fraiteur, à Ixelles. Notamment pour accueillir ses clients pour des séances de formation. " Dans le bâtiment que nous occupions précédemment à Woluwe-Saint-Lambert, nous avions une salle de réunion pour 25 à 30 clients. Mais la salle était vide ou peu remplie une grande partie du temps. A d'autres moments, nous avons besoin d'une salle pour 40 personnes. C'était donc trop petit. " Fondée en 2009, Agilos est une scale-up, une entreprise en pleine croissance. Et pour elle, cette flexibilité est particulièrement intéressante : il est possible d'étendre ses murs à tout moment pour permettre à de nouveaux membres de rejoindre son équipe. Beaucoup de collaborateurs d'Edwin Willems sont également nomades : ils travaillent chez leurs clients, chez eux ou au bureau. Etre hébergé dans un centre de coworking permet de disposer d'un espace flexible pour ses collaborateurs, notamment grâce aux open spaces, mais aussi de disposer d'un véritable réseau de " points de chute ", où ils peuvent s'arrêter pour travailler entre deux rendez-vous. Opter pour un réseau d'espaces de coworking permet aussi de lancer facilement des implantations dans de nouvelles villes en profitant des centres mis en place par l'opérateur. Les gros acteurs présents sur le marché cherchent donc à étendre leur toile. En septembre dernier, Silversquare s'est associé à la société immobilière Befimmo pour développer un réseau de 15 à 20 espaces en Belgique et au Luxembourg d'ici 2022. La joint-venture Silversquare@ Befimmo peut déjà compter sur quatre adresses à Bruxelles et vient d'ouvrir un premier centre à Luxembourg-Ville. Un de ses concurrents, International Workplace Group, dispose de 37 centres Regus, localisés notamment dans certaines gares du pays, et un centre Spaces en Belgique. Le groupe possède également 3.500 autres implantations à travers le monde. En Wallonie, huit espaces de coworking répartis dans les principales villes de la région sont accessibles grâce à un " passeport virtuel ", le Pass CoWallonia. Il est ainsi possible, grâce à un seul abonnement, de passer du Co-nnexion de Mons, au Cristal Hub de Seraing, en passant par le Switch Coworking à Charleroi ou le Louvain Coworking Space, à Louvain-la-Neuve. De nouveaux espaces sont également en train de s'ouvrir en dehors de ces grands centres urbains. Un appel à projets a ainsi été lancé en février 2017 pour la création d'espaces de coworking en milieu rural. Treize projets ont été retenus en décembre, six sont déjà ouverts aujourd'hui, comme The Mug à Enghien, La Ferme Coworking à Chimay, ou Coworking Fernelmont, qui vient d'ouvrir dans la commune éponyme, en province de Namur. Il existe en réalité beaucoup d'autres centres de coworking, proposant une ou plusieurs implantations. Des dizaines d'espaces se sont ouverts en quelques années dans les grandes villes du pays, en particulier à Bruxelles. Citons pêle-mêle : le Betacowork à Etterbeek, Le Phare du Kanaal à Molenbeek-Saint-Jean, Stevin 48 à Bruxelles-Ville, Bon Jour à Ixelles, etc. Certains espaces sont davantage centrés sur une thématique ou vers les starters, quand d'autres accueillent tout type d'entreprises, de salariés et d'indépendants. Le mot " coworking " est devenu un véritable phénomène de mode. " Coworking est un terme qui reste générique. Cela veut dire travailler ensemble ", explique Lisa Lombardi, coordinatrice du réseau Coworking|Digital Wallonia. Il peut donc prendre des formes très variées. " Il y a des espaces de coworking qui se développent dans des entreprises, cela permet à leurs visiteurs de pouvoir travailler avant ou après des réunions. " Les incubateurs de start-up proposent également des espaces de coworking aux sociétés qu'ils ont sélectionnées dans leur programme d'accompagnement. " Un incubateur, c'est quelque chose de filtrant, poursuit Alexandre Ponchon, cogérant de Silversquare avec Axel Kuborn. Il va choisir des entreprises qui sont issues d'un secteur spécifique. Il y a toute une sélection qui est mise en place. " Ces incubateurs et accélérateurs ne sont donc pas destinés à accueillir des entreprises déjà établies. Il faut donc davantage se tourner vers des espaces ouverts à tous. De plus en plus de business centers proposent ce genre d'espaces dans leur offre de bureaux. Il faut cependant être conscient que beaucoup proposent cette structure de coworking, mais n'en n'ont peut-être pas l'esprit. Et cet esprit, c'est la communauté que ces espaces fédèrent. Geoffroy Lycops, managing partner de DRA Group, nous confiait que la localisation, l'offre de services et la flexibilité avaient motivé son choix de s'installer dans un espace de coworking, mais que c'était cette communauté qui le poussait à rester. " Le coworking n'est pas du réseautage en tant que tel, nuance Lisa Lombardi. Nous n'allons pas dans un espace uniquement pour distribuer des cartes de visite. Nous sommes là, en priorité, pour travailler. Ce réseautage se fait, en réalité, naturellement. Un peu comme dans une entreprise, nous retrouvons des 'collègues'. " Au-delà de ces rencontres devant la machine à café, à la cafétéria ou au détour d'un couloir, les opérateurs de ces espaces organisent des événements comme des afterworks, des workshops, des conférences, etc., pour permettre aux membres de la communauté de se rencontrer, notamment ceux hébergés dans une autre implantation. Chez Regus et Spaces, les gestionnaires des centres sont des community managers, un terme qui qualifie habituellement les animateurs qui font vivre les communautés tissées sur des réseaux sociaux comme Facebook, Twitter, ou LinkedIn. Pour Grégory Mestrone, opter pour un espace de coworking permet d'ouvrir son horizon. Coordinateur digital chez Solvay, il se rend au Switch Coworking, à Charleroi, en moyenne un ou deux jours par mois. " Chaque fois que je fais du coworking, j'en ressors avec quelque chose de nouveau : une nouvelle idée, une nouvelle inspiration, un nouveau contact ", explique-t-il. Des idées qui peuvent se transformer en réalisations très concrètes. " Grâce au Switch Coworking, j'ai pu élargir mon réseau et également signer des contrats avec des start-up. " Côtoyer des espaces de coworking peut donc faire partie d'une véritable stratégie d'innovation portée par la rencontre avec d'autres acteurs, même de secteurs différents. Cela permet de sortir de ses cercles d'affaires traditionnels. " L'innovation disruptive ne vient pas de l'intérieur de l'entreprise, ni de son secteur d'activité, lance-t-il. Elle vient d'ailleurs. De nombreux exemples démontrent que si nous restons dans notre bulle, quelqu'un d'autre va arriver sur notre marché et va tout changer. Et il ne faut pas croire que ce sont dans les grandes villes que tout se passe. " Grégory Mestrone a eu l'occasion de travailler dans différents lieux et de rencontrer des entreprises de tailles différentes qui collaborent avec de grands groupes. " Les grandes entreprises doivent aller chercher des experts là où ils sont. Il y a des petites sociétés pleines de potentiel qui peuvent faire des choses pour lesquelles les plus grandes n'ont pas les ressources. C'est au travers de réseaux transversaux que cela se passe. " Sur le marché, de plus en plus d'entreprises font également attention au retour des clients et développent des produits à partir des besoins des utilisateurs. " Les autres coworkers sont aussi des clients, au travers desquels nous pouvons avoir des avis sur les produits et les services développés ", analyse Lisa Lombardi, coordinatrice du réseau Coworking|Digital Wallonia. Selon un rapport publié en 2017 par le groupe de conseil en immobilier d'entreprises CBRE, les millenials, cette génération née entre 1980 et l'an 2000, devraient représenter 50 % de la force de travail d'ici 2020. " Soixante-neuf pour cent de ces millenials disent qu'ils veulent absolument dans leur package salarial des offres qui leur permettent de travailler de façon flexible : soit à la maison, soit dans le centre d'affaires proche de chez eux. C'est une génération qui ne passera pas deux heures et demie dans une voiture pour aller travailler ", détaille William Willems, directeur général d'International Workplace Group (IWG) Belgique et Luxembourg. A ses yeux, les entreprises qui opteront pour un cadre de travail inspirant et des implantations proches de leurs collaborateurs pourraient tirer leur épingle du jeu. Cette évolution est très technologique. Aujourd'hui, il est désormais possible d'effectuer un grand nombre de tâches n'importe où : il suffit simplement d'un accès internet sécurisé et d'un forfait mobile adapté. Le coworking peut donc être une solution aux problèmes de mobilité, au même titre que le télétravail. Dans cette perspective, la localisation de ces centres a toute son importance. Bonne desserte des transports en commun, proximité de stations de taxi ou de voitures partagées, présence d'un parking, etc., sont autant de critères à prendre en compte dans le choix d'un espace de coworking. Au terme de notre enquête, nous constatons donc une certaine tendance des PME à s'installer dans des espaces de coworking. Du côté des grands groupes, on y pense mais, sauf exception, ce n'est pas encore véritablement intégré dans une stratégie de ressources humaines, comme l'est de plus en plus le télétravail. " Pour le moment, c'est souvent l'employé qui fait la demande à son entreprise, conclut Lisa Lombardi. Ce n'est pas quelque chose de structurel. "