Délicatesse robotisée

La cueillette est souvent un moment stratégique pour les producteurs, qui doivent s'en remettre à l'habileté des cueilleurs saisonniers. Une façon de récolter qui pourrait néanmoins changer : à Louvain, l'entreprise Octinion, spécialisée dans la technologie agricole, s'est lancé le pari un peu fou d'automatiser la cueillette des fraises. Elle a donc développé un robot cueilleur. Entièrement autonome, l'engin sillonne les allées, sélectionne les fruits à récolter et se charge même de les ranger directement dans les barquettes destinées à la vente.
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La cueillette est souvent un moment stratégique pour les producteurs, qui doivent s'en remettre à l'habileté des cueilleurs saisonniers. Une façon de récolter qui pourrait néanmoins changer : à Louvain, l'entreprise Octinion, spécialisée dans la technologie agricole, s'est lancé le pari un peu fou d'automatiser la cueillette des fraises. Elle a donc développé un robot cueilleur. Entièrement autonome, l'engin sillonne les allées, sélectionne les fruits à récolter et se charge même de les ranger directement dans les barquettes destinées à la vente.La technologie n'a rien d'un gadget. L'efficacité du robot se rapproche de celle d'un humain. " Notre premier prototype mettait 12 secondes pour récolter un fruit. Désormais, il ne lui en faut plus que quatre. En moyenne, un saisonnier met seulement une seconde en moins ", explique Tom Coen, le fondateur d'Octinion. Le léger avantage des cueilleurs humains est récupérable grâce au travail sans relâche du robot. " Il peut fonctionner non stop durant la saison de récolte, et même cueillir de nuit, ce qui est d'ailleurs préférable pour la fraise ", explique Tom Coen. Le prix de base affiché de l'engin est de 115.000 euros. " On estime qu'il peut fonctionner sans problème durant au moins cinq ans. "Quatre ans de recherche et trois prototypes auront été nécessaires pour finaliser la technologie. En s'attaquant à la fraise, Tom Coen s'est lancé un vrai défi. " C'est probablement le fruit le plus compliqué à cueillir. Mais nous voulions relever ce challenge. En cas d'échec, nous aurions pu tenter notre chance avec des fruits moins délicats. En réussissant, nous devenons capables de proposer des solutions pour toutes les autres productions. " Octinion compte d'ailleurs prochainement adapter sa machine pour d'autres fruits. Ne reste désormais plus qu'à la vendre. " D'abord la Belgique, les Pays-Bas et le Royaume-Uni. Les Etats-Unis et l'Australie sont également des marché intéressants. " Les premières commandes seront finalisées dans les mois à venir.Le responsable d'Octinion ne craint pas une opposition sociale à son invention. " Il y a une véritable pénurie de cueilleurs, dit-il. Le robot ne vise pas à prendre l'emploi de cueilleurs actifs mais plutôt à combler les nombreux postes non pourvus. Même si nous étions plus chers, notre technologie resterait encore intéressante car abandonner une partie de la production par manque de main-d'oeuvre fait perdre beaucoup plus aux agriculteurs. " Encore faut-il convaincre ceux-ci de laisser ce travail délicat aux pinces mécaniques. " C'est effectivement un défi. Mais nous avons déjà réalisé plusieurs démonstrations. Au début, les exploitants belges et néerlandais étaient les plus frileux. Désormais, ils sont les plus enthousiastes. "En Belgique, la grande majorité de la production vient de Flandre, où l'on cultive la fraise hors-sol. " C'est la façon de produire la plus répandue en Europe occidentale, précise le responsable d'Octinion. Elle représente 75 % de la production. " Côté wallon, la fraise de pleine terre - plus goûteuse - s'affiche encore fièrement. Notamment à Wépion et à sa célèbre criée. En sursis après deux années extrêmement mauvaises, cette criée de plus de 50 ans était menacée. Si elle est finalement maintenue, des problèmes persistent, notamment en raison d'un conflit sur l'appellation " fraises de Wépion ". Un nom accessible à tous les producteurs wallons (sous certaines conditions), ce qui agace certains locaux. Huit producteurs du village namurois et de ses alentours viennent d'ailleurs de lancer leur propre criée en ligne sous le nom " véritables fraises de Wépion ". Une saga bien belge. Par Arnaud Martin.