Vous n'avez pas pu passer à côté de la campagne de Carrefour annonçant des baisses de prix sur plus de 1.000 articles (1.200 pour être précis) jusqu'à la fin de l'année. C'est clair: le distributeur veut frapper fort et réajuster son image-prix à l'approche des fêtes. Parmi les articles concernés, on trouve tant des marques (inter)nationales que des produits de marque propre. "Ils ont été soigneusement choisis pour éviter toute comparaison avec un Colruyt, par exemple, qui aurait immédiatement réagi", indique Stefan Van Rompaey, rédacteur en chef de la revue professionnelle RetailDetail.

Mais comment Carrefour peut-il financer ces baisses massives oscillant entre -1 et -50% alors qu'on sait le retailer confronté à des marges en baisse ainsi qu'à d'importants coûts de restructuration? Des chiffres compilés par la société spécialisée Daltix et que nous avons pu nous procurer apportent peut-être un début de réponse. Ils montrent que si la chaîne française vient effectivement de baisser les prix d'environ 850 références dans son hypermarché de Saint-Denis-Westrem (Gand), elle a parallèlement augmenté ceux de plus de 300 autres produits.

Une dynamique commerciale classique

Chez Carrefour, on se défend de toute volonté de compenser les baisses annoncées. "Les adaptations de prix sont propres à la dynamique commerciale de notre secteur, précise Marco Demerling, porte-parole. Il s'agit d'une pratique classique ayant lieu tout au long de l'année. En ce qui concerne les baisses de prix actuelles, nous avons prévu un budget pour les financer."

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Pour notre expert, il se pourrait cependant très bien que les fabricants aient été mis à contribution, ce que Carrefour ne dément pas. "Parfois, ce sont les fournisseurs qui offrent les rabais; parfois, c'est nous", affirme le porte-parole. Quant aux augmentations de prix, il faut rester prudent. "Certaines peuvent effectivement servir à compenser les baisses, explique Stefan Van Rompaey. Mais d'autres sont aussi le fait des augmentations de tarifs pratiquées par les fournisseurs eux-mêmes. Lorsque l'on épluche la liste des produits dont le prix a augmenté, on constate ainsi la présence de nombreuses marques du groupe PepsiCo (Lay's, Cheetos, Duyvis, Quaker, Doritos, Tropicana, Looza, Pepsi, etc.). Ces augmentations sont d'ailleurs également constatées chez les concurrents."

D'après Stefan Van Rompaey, cette combinaison de hausses et de baisses de prix est au final on ne peut plus courante. "Tous les distributeurs sont attentifs au mix de marge, dit-il. Ils doivent compenser les baisses de prix par des augmentations." Sauf que ces augmentations, évidemment, ne font jamais l'objet d'une campagne de publicité nationale...