La loi, c'est par exemple le décret gouvernance de la Région wallonne, qui impose désormais un plafond de rémunération de 245.000 euros par an pour les dirigeants d'intercommunales et de sociétés à participation publique locale significative. Le respect de la loi, pour les entités concernées (par exemple l'assureur L'Integrale, filiale d'Enodia) consiste à imposer cette mesure à leur management. Et l'esprit de la loi est de comprendre que si de telles mesures existent, c'est parce qu'il convient de faire le meilleur usage des deniers publics. Si le politique a instauré un tel plafond (on peut discuter à l'infini de la hauteur de celui-ci), c'est pour regagner la confiance des contribuables et renforcer la...

La loi, c'est par exemple le décret gouvernance de la Région wallonne, qui impose désormais un plafond de rémunération de 245.000 euros par an pour les dirigeants d'intercommunales et de sociétés à participation publique locale significative. Le respect de la loi, pour les entités concernées (par exemple l'assureur L'Integrale, filiale d'Enodia) consiste à imposer cette mesure à leur management. Et l'esprit de la loi est de comprendre que si de telles mesures existent, c'est parce qu'il convient de faire le meilleur usage des deniers publics. Si le politique a instauré un tel plafond (on peut discuter à l'infini de la hauteur de celui-ci), c'est pour regagner la confiance des contribuables et renforcer la cohésion au sein de ces entités... Mais certains ont du mal à le comprendre. Voici quelques jours, comme l'ont révélé nos confrères du Soir, Pierre Wunsch, le gouverneur de la Banque nationale (BNB), qui est aussi le gendarme des assureurs, a envoyé une lettre explosive à L'Integrale, lui demandant des explications sur sa politique de rémunération et laissant entendre qu'après enquête de ses services, il y avait une forte suspicion d'abus de biens sociaux. Dans le collimateur de la BNB, il y a ces fameuses indemnités de rétention décidées juste avant la mise en oeuvre, en mai 2018, du décret wallon et destinées à conserver dans l'entreprise le management de l'époque qui explosait les plafonds. La rémunération du CEO de l'Integrale, Diego Aquilina, dépassait ainsi les 900.000 euros. Un groupe de six directeurs s'est donc vu verser un total de 5,7 millions d'euros, estimant, comme dans la pub, qu'ils le valaient bien... Certains membres du sextet ont touché ces primes alors qu'ils n'atteignaient pas le plafond des 245.000 euros. Et ce cadeau n'a d'ailleurs pas empêché certains de partir. Diego Aquilina, alors patron de L'Integrale, a ainsi perçu à lui seul près de 4 millions d'euros... pour rester. Il a néanmoins quitté la société... en conservant sa prime et en touchant, en outre, une indemnité de sortie de 520.000 euros ! Pile tu perds, face je gagne. Face à ces éléments, l'argumentaire de l'assureur liégeois tient en trois points. Primo, ces indemnités coûtaient moins cher qu'un licenciement, d'autant que le décret wallon était synonyme de rupture de contrat. Mais la BNB, qui rappelle que les membres du comité de direction exercent un mandat limité dans le temps, conteste durement cette vision. Secundo, il fallait éviter que les nouvelles règles salariales ne décapitent la société. On voit pourtant que cela n'a pas empêché le départ de certains. Et tertio, les autres sociétés financières gravitant autour des pouvoirs publics et avec lesquelles L'Integrale se compare rémunèrent bien mieux leurs patrons : Marc Raisière chez Belfius dépasse les 900.000 euros et Philippe Lallemand chez Ethias perçoit 440.000 euros annuels. Nous serions L'Integrale, nous nous méfierions de ce type de raisonnement. Car le groupe de Marc Raisière a atteint 667 millions de bénéfices et Ethias devrait avoisiner les 200 millions... alors que l'Integrale, en 2018 (derniers chiffres disponibles), a affiché un résultat d'un peu plus de 32 millions. Si l'on applique une règle de trois, le patron de la filiale assurance d'Enodia/Nethys ne devrait recevoir que 50.000 euros. Il faut donc saluer le coup de sang de la BNB, bien décidée à donner un coup d'arrêt à ces pratiques délétères. Mais la question reste : pourquoi ont-elles duré si longtemps ? Et qui peut nous garantir aujourd'hui que de tels comportements appartiennent au passé ?