Ce brusque ralentissement, est-ce un événement ponctuel, ou signifie-t-il la fin d'un certain modèle économique allemand ?

Ce n'est pas un accident de parcours, mais un problème de fond. D'ailleurs les instituts de prévisions allemands ont revu drastiquement à la baisse leurs prévisions de croissance à 0,8% pour 2019 contre 1,9% précédemment. Certains éléments ponctuels ont joué, certes, comme le Brexit. Mais ce ralentissement traduit la dépendance aux exportations de la croissance allemande. Quand le commerce mondial ralentit, c'est un frein important pour l'Allemagne. Autre élément de fond qui explique cette contre-performance : les facteurs climatiques. D'une part, les nouvelles normes environnementales ont un impact sur le secteur automobile et cela va en s'accentuant. D'autre part, et ce n'est pas anecdotique, la chute du niveau du Rhin l'an dernier a également a eu un effet dans le secteur de la métallurgie. Certaines entreprises ont dû cesser pendant un moment leur activité car il n'y avait plus de transport fluvial possible. Elles ne pouvaient plus importer des matières premières ou exporter leur production. C'est interpellant. Et puis, toujours au niveau environnemental, la production d'électricité reposant sur des centrales au charbon pose aussi question.

Ce coup de frein aura un impact sur l'économie belge et si oui, peut-on le quantifier ?

Oui. Il a déjà des conséquences. Nous avons revu au début de cette année nos estimations de croissance pour la Belgique, en raison des tensions sur le commerce international et de ce ralentissement allemand (KBC/CBC a abaissé en janvier les perspectives de croissance belge à 1,2% cette année et 1,1% l'an prochain, Ndlr). Mais connaître exactement l'impact de celui-ci sur la croissance belge est difficile car d'autres partenaires commerciaux comme la France ou l'Italie souffrent aussi d'un ralentissement.

Face à cette situation, l'Allemagne est-elle en train de revoir son modèle ?

Le gouvernement allemand actuel est un gouvernement de coalition en fin de mandat. Ce n'est donc pas un gouvernement novateur et il n'a pas beaucoup réagi. Mais ce qu'il devrait faire, c'est au moins deux choses. D'abord, relancer la consommation intérieure pour qu'elle prenne le relais des exportations. Mais aussi, même si c'est un point qui dépasse l'Allemagne, investir plus massivement dans les nouvelles technologies, l'intelligence artificielle, etc.

C'est une nécessité qui touche l'entièreté de l'Union européenne. Mais l'Allemagne pourrait utiliser ses excédents budgétaires pour aider à financer ces investissements.