"Le Parlement italien a retiré la protection légale nécessaire à la compagnie pour mettre en place son plan environnemental sans risquer de poursuite judiciaire, ce qui justifie cet avis de retrait", a annoncé dans un communiqué le groupe sidérurgique, qui était engagé dans une bataille avec le gouvernement italien depuis plusieurs mois.

En reprenant le site italien d'Ilva à Tarente (sud) fin 2018, ArcelorMittal, qui a gardé 8.200 employés dans cette région socialement sinistrée, s'était engagé à injecter 2,4 milliards d'euros sur cinq ans pour améliorer sa productivité et accélérer la dépollution.

L'accord de rachat stipulait toutefois que si une nouvelle législation venait affecter le plan de remise aux normes environnementales prévu pour le site et "nuire matériellement (...) à sa capacité à mettre en place son plan industriel", ArcelorMittal aurait un droit contractuel de retrait, affirme-t-il lundi dans son communiqué.

Le groupe invoque également des décisions rendues par le tribunal de Tarente concernant des obligations de travaux, qui vont provoquer l'arrêt des hauts-fourneaux du site, rendant impossible la mise en place de son plan industriel.

Parmi les sites les plus pollués d'Europe

En juin, ArcelorMittal avait clairement menacé de fermer le site de Tarente lorsque le Parlement italien, sous l'impulsion du Mouvement Cinq étoiles (M5S), avait révoqué une "immunité pénale" accordée dans une loi de 2015, permettant au repreneur de dépolluer et de remettre le site aux normes environnementales sans crainte de poursuite pénale.

Une protection avait ensuite été réintroduite dans un décret sur les entreprises, mais le Sénat l'a supprimée en approuvant fin octobre un amendement déposé par le Mouvement 5 étoiles.

Le site, qui figure parmi les plus pollués en Europe, se trouve au coeur d'un énorme procès. Les experts cités par le parquet italien estiment que, sur 11.500 décès recensés à proximité entre 2004 et 2010, 7.500 ont été causés par des maladies cardio-respiratoires et des cancers imputables aux émissions toxiques des hauts-fourneaux.

L'annonce d'ArcelorMittal a provoqué un tollé en Italie et de de vives inquiétudes pour l'emploi dans une ville où le taux de chômage atteint déjà le double de la moyenne nationale.

"Nous sommes devant un vrai désastre industriel, social et environnemental", a déploré sur Twitter la secrétaire générale du syndicat Cisl Annamaria Furlan, qui a demandé "au gouvernement d'intervenir et à l'entreprise de revenir sur sa décision".

"Il s'ouvre une phase dramatique à l'issue incertaine", a jugé de son côté le secrétaire du syndicat Uilm Rocco Palombella. "Aucune entreprise n'est en mesure de produire dans un contexte aussi difficile, ayant tout le monde contre elle, du gouvernement à la région en passant par la commune de Tarente."

Lors d'une réunion qui s'est tenue lundi après-midi entre les ministres italiens du Développement économique, du Travail, de la Santé, du Sud et de l'Environnement, le gouvernement a affirmé qu'il ne "consentirait pas" à la fermeture du site d'Ilva, selon des sources au sein du ministère du Développement économique.

Le chef du gouvernement Giuseppe Conte a, par ailleurs, convoqué les dirigeants de l'entreprise mardi après-midi à Rome.

Ce retrait pourrait avoir des conséquences politiques désastreuses pour l'alliance gouvernementale en place, formée du M5S et du Parti démocrate (centre gauche), alors que la Ligue de Matteo Salvini a remporté récemment une victoire massive lors d'élections régionales en Ombrie.

M. Salvini a d'ailleurs immédiatement réagi, en demandant à Giuseppe Conte de s'exprimer en urgence devant le Parlement. Si la politique du gouvernement "fait partir également les propriétaires d'Ilva (...) ce sera un désastre", a-t-il dit, "et les démissions seront l'unique réponse possible".