L'annonce a fait l'effet d'un smash sur la tête des patrons des chaînes de télévision. Il y a quelques jours à peine, la Fédération française de tennis a en effet décidé d'attribuer une partie des droits de diffusion du prestigieux tournoi de Roland-Garros au géant de l'e-commerce Amazon. Dès 2021 et pour trois éditions successives, l'entreprise américaine pourra ainsi retransmettre plusieurs matchs de tennis parisiens sur sa plateforme Prime Video, un service de streaming disponible dans plusieurs pays et qui se positionne comme le principal concurrent de Netflix.

En France, la pilule passe mal du côté de la chaîne payante Eurosport qui, depuis 27 ans, partageait la diffusion du tournoi de Roland-Garros avec le groupe audiovisuel public France Télévisions. Désormais, les passionnés de tennis qui voudront voir l'intégralité de la compétition sportive devront donc s'abonner à Prime Video puisque Amazon a décroché les matchs disputés sur certains courts en journée et d'autres en soirée. Les demi-finales et finales du tournoi seront toutefois retransmises sur France 2, même si le géant de l'e-commerce a également obtenu la co-diffusion de ces matchs fort prisés par le grand public. Délaissée, Eurosport peut toutefois se consoler : l'accord ne concerne que le marché français et la chaîne payante pourra donc continuer à diffuser les Internationaux de France dans d'autres pays européens.

De sérieux concurrents

L'argent, on s'en doute, a motivé le choix de la Fédération française de tennis puisque, selon cette association, les montants perçus pour la diffusion de Roland-Garros vont augmenter de 25% avec ce nouvel accord. C'est précisément ce volet financier qui, aujourd'hui, fait trembler les acteurs de " la télévision de papa ". Depuis quelques années, les géants du Net marquent en effet leur intérêt pour les grandes compétitions sportives et s'érigent en sérieux concurrents des chaînes traditionnelles sur le marché des droits de retransmission. En 2016 déjà, Twitter a diffusé en direct son tout premier match de football américain, attirant ainsi quelque 2 millions de " téléspectateurs " sur les ordinateurs, tablettes, smartphones et autres télés connectées à sa plateforme. Le réseau social à l'oiseau bleu avait acquis les droits de diffusion de 10 matchs de la NFL - la ligue de football américain - pour une dizaine de millions de dollars, des droits qui ont été repris un an plus tard par Amazon pour un montant cinq fois supérieur.

Contrairement à Netflix qui a récemment déclaré n'avoir aucun projet de diffusion de rencontres sportives sur sa plateforme, le géant de l'e-commerce mise précisément sur une offre de matchs exclusifs dans différentes disciplines pour imposer davantage son service Prime Video dans le monde. Outre le tennis à Roland-Garros, Amazon s'est d'ailleurs offert récemment 20 matchs par saison de la Premier League - le championnat de football anglais - pour la période 2019-2022. Il se frotte ainsi à un autre géant de l'économie numérique qui montre, lui aussi, un intérêt grandissant pour le ballon rond : l'année dernière, Facebook a en effet acquis les droits de diffusion de certains matchs de la Copa Libertadores - l'équivalent de la Ligue européenne des Champions en Amérique du sud - à partir de cette nouvelle saison 2019-2020. Des matchs qui passent dès lors sous le nez des chaînes de télévision traditionnelles...