En ces temps difficiles, la Région wallonne met beaucoup d'espoir dans le développement de ses aéroports de Liège et Charleroi. Elle a annoncé un investissement de 250 millions d'euros de 2016 à 2023, " dont environ 105 millions pour l'aéroport de Charleroi ", explique René Collin, ministre en charge des Aéroports wallons. Objectif pour Charleroi : porter la fréquentation de 6,9 millions en 2015 à 11 millions d'ici 10 ans, soit la moitié de la fréquentation actuelle de l'aéroport de Zaventem. Le gouvernement compte bien faire ce qu'il peut pour pérenniser la présence de Ryanair, qui pèse près de 80 % du trafic. Et aussi attirer un segment encore absent : les longs-courriers.
...

En ces temps difficiles, la Région wallonne met beaucoup d'espoir dans le développement de ses aéroports de Liège et Charleroi. Elle a annoncé un investissement de 250 millions d'euros de 2016 à 2023, " dont environ 105 millions pour l'aéroport de Charleroi ", explique René Collin, ministre en charge des Aéroports wallons. Objectif pour Charleroi : porter la fréquentation de 6,9 millions en 2015 à 11 millions d'ici 10 ans, soit la moitié de la fréquentation actuelle de l'aéroport de Zaventem. Le gouvernement compte bien faire ce qu'il peut pour pérenniser la présence de Ryanair, qui pèse près de 80 % du trafic. Et aussi attirer un segment encore absent : les longs-courriers. Soutenir cette croissance n'est pas chose aisée car, depuis 2014, la Commission européenne a compliqué le business model de Brussels South Charleroi Airport (BSCA), société gestionnaire de l'aéroport, qui vise les transporteurs low cost. Ce business model se base sur des redevances par passager peu élevées (2,3 euros par passager, contre 28 euros à Zaventem) et une infrastructure frugale, adaptée aux besoins des compagnies ciblées, qui privilégient l'embarquement et le débarquement le plus rapide possible. Gestionnaire de l'aéroport, BSCA n'en est pas son propriétaire et doit donc verser une redevance annuelle à la Sowaer, l'entreprise publique wallonne propriétaire des installations et terrains. Une enquête de la Commission européenne, diligentée suite à une plainte de l'aéroport de Zaventem pour concurrence déloyale, a débouché en 2014 sur une forte hausse de la redevance payée par BSCA à la Sowaer. Elle est ainsi passée de 3 à 15 millions d'euros. Pour la Commission, la redevance, jugée trop basse, représentait une aide d'Etat implicite et illicite. " Nous avons introduit un recours, mais il n'est pas suspensif, explique Jean-Jacques Cloquet, CEO de Brussels South Charleroi Airport. Donc nous payons, et cela nous freine dans nos investissements. " Les 12 millions d'euros de suppléments annuels peuvent être absorbés, mais ils assèchent l'essentiel des bénéfices, passés de 9,6 à 2,4 millions d'euros entre 2013 et 2015. Pour financer cette hausse de redevance et améliorer la rentabilité en berne, l'aéroport a intérêt à croître. BSCA et la Région wallonne doivent faire preuve d'imagination pour y parvenir sans s'attirer les foudres de la Commission européenne. Le nouveau terminal T2, qui sera inauguré le 22 décembre, illustre la difficulté de la tâche. L'aéroport est saturé aux heures de pointe. " On ne pouvait plus accepter une compagnie qui baserait chez nous ses avions, car il n'y a plus de capacité pour de nouveaux vols entre 6h30 et 8h00 ", se désole Jean-Jacques Cloquet. BSCA avait prévu la construction d'un deuxième terminal, le T2, à côté du terminal principal. Coût initial de l'investissement ? Quelque 80 millions d'euros financés sur fonds propres et non plus aux frais de la Sowaer, et cela pour éviter tout soupçon de subvention. Mais le triplement de la redevance due à la Sowaer a entraîné une révision du projet. Le terminal qui sera mis en service dans les semaines à venir s'avère bien plus modeste et plus petit qu'escompté initialement, et abritera beaucoup moins de commerces que prévu. Il a coûté environ 15 millions d'euros et ne sera mis en service qu'aux heures de pointe. Il comptera huit comptoirs dédiés au check-in (qui s'ajouteront aux 25 de l'aérogare principale). L'aérogare existante a quant à elle été élargie, vers l'est, pour les vols non-Schengen. Il reste encore un problème à solutionner : les commerces et surtout les établissements horeca du terminal actuel sont bondés aux heures d'affluence. La solution envisagée, à moindre coût, est d'utiliser les surfaces occupées actuellement par les bureaux de BSCA, au premier étage de l'aérogare, pour y installer une zone horeca et agrandir les magasins. Jean-Jacques Cloquet devrait délaisser son bureau situé dans l'aéroport. " Nous irons ailleurs, nous ne savons pas encore où, peut-être dans la zone de l'ancien terminal utilisé avant 2008 ", déclare-t-il. L'opération permettrait de gagner 700 à 800 m2. Ces développements ne sont pas seulement handicapés par la hausse de la redevance. Ils sont aussi freinés par l'actionnaire privé de BSCA, Belgian Airport, qui détient 27,6 % de la société et est contrôlé par l'italien Save (gestionnaire de l'aéroport de Venise). Il a fort bien profité des dividendes lors des belles années et semble peu enthousiaste dans le contexte actuel (les dividendes ont été suspendus pour favoriser les investissements). Save, qui avait été choisi pour aider au développement de l'aéroport, freine tous les projets. Une situation que le ministre René Collin doit tirer au clair. La bonne nouvelle pour BSCA est que la croissance est là. Après un léger recul en 2014, dû à l'arrivée de Ryanair à Zaventem, la fréquentation a affiché un nouveau record historique en 2015 avec 6,9 millions de passagers. Un chiffre qui poursuit sa progression. " Nous allons sans doute dépasser les 7,2 millions de passagers en 2016, avance Jean-Jacques Cloquet. Une partie de la hausse de fréquentation s'explique par le déménagement des vols de Zaventem, après l'attentat de mars, même si nos prévisions de départ prévoyaient déjà de dépasser les 7 millions de passagers. " Ryanair semble continuer à croire dans le potentiel de Charleroi, multiplie les lignes et remplit mieux ses avions. La compagnie envisage de baser un ou deux avions de plus à Charleroi, en plus des 13 actuels. De son côté, Wizz Air, la première compagnie low cost d'Europe centrale, connaît une belle croissance et représente quasiment 10 % du trafic. Dans le plan de développement à l'horizon 2020-2024, l'aéroport prévoit une croissance annuelle de 2 à 3 %, soit un niveau comparable à la progression qu'anticipe aussi Brussels Airport à Zaventem. Le nouveau terminal offrira de nouvelles possibilités et permettra d'attirer de nouvelles compagnies. Ainsi, Air Corsica va ouvrir des lignes sur Bastia et Ajaccio à partir de mars prochain. L'opération qui pourrait conforter la croissance à moyen terme est l'allongement de la piste, de 2.550 à 3.200 m, prévu vers 2020. De quoi pouvoir accueillir les longs-courriers sans restriction de charge. Pour l'heure, Charleroi n'accueille que des moyens-courriers (Airbus 320 ou Boeing 737). Le projet d'allongement a été postposé à de multiples reprises, le partenaire Ecolo de la précédente majorité l'avait gelé. Le gouvernement actuel est résolu à faire aboutir le projet important pour le développement de l'aéroport. L'opération sera exécutée par la Sowaer et coûterait 20 à 30 millions d'euros. Une première réunion avec les riverains est prévue début décembre. Outre une belle croissance, l'arrivée de longs-courriers permettrait de rendre l'aéroport moins dépendant de Ryanair. Qui reste le principal client, même si la part recule légèrement : 83 % du trafic passager en 2011, 79,2 % en 2015. Parmi les candidats potentiels qui pourraient venir à Charleroi, il y a Air Belgium, une nouvelle compagnie belge qui devrait démarrer ses vols vers la Chine, et pourrait aller à Charleroi et/ou à Liège. L'aéroport aimerait bien aussi séduire Norwegian, un des premiers low cost européens, bien développé en longs-courriers. BSCA a bien tenté d'attirer l'islandais Wow, qui propose des longs-courriers à bas prix via Reykjavik vers l'Amérique du Nord, et utilise des A320 qui peuvent atterrir à Charleroi sans allongement de piste. Mais la compagnie a préféré se tourner vers Zaventem, où il sera présent dès juin prochain. Pour arriver à exécuter les projets de développement tant de Charleroi que de Liège, la Région wallonne est prête à revoir le principe des concessions, qui sont limitées dans le temps. Le contrat de BSCA porte jusqu'à 2041. Or, les extensions d'aérogare sont désormais prises en charge par BSCA, et non plus par la Sowaer. Une concession limitée à 2041 peut dissuader un investisseur d'envisager des développements à long terme. Le nouveau régime envisagé est celui d'une licence d'exploitation à durée illimitée. Ainsi, l'aéroport pourra développer un master plan à long terme, à l'image de Brussels Airport et de son récent plan 2040, avec d'autres chantiers en perspective. " J'ai remarqué qu'il était important, pour un aéroport, d'être toujours en travaux ", note Jean-Jacques Cloquet. C'est un signe de bonne santé.