L'industrie pharmaceutique en Belgique, c'est 37.000 emplois directs et un tiers de la valeur totale des exportations. Mais les profits de cette industrie reviennent surtout à des acteurs étrangers. Dans le top 10 de la pharma belge (selon le nombre d'emplois), on ne retrouve qu'une seule société majoritairement belge : UCB, qui affiche 51% de nationaux parmi ses actionnaires connus. " Dans la pharmacie, un marché n'est jamais national, explique Frédéric Druck, CEO d'Essenscia Wallonie-Bruxelles. Plus de 90% de la production belge est exportée. Quand une biotech développe son produit, elle va tout de suite sur les marchés internationaux pour se rapprocher de ses clients. Promethera a eu très tôt le fonds japonais Mitsui dans son actionnariat. Le Japon, la Corée du Sud sont des marchés matures. Pour eux, c'est très intelligent d'avoir à bord des gens de ces marchés de destination. Pour la même raison, de nombreuses biotechs ont des actionnaires américains, un siège à Boston ou en Californie. "

L'internationalisation des entreprises semble donc inéluctable dans ce secteur de pointe de l'économie belge. L'histoire nous apprend heureusement que cela ne signifie pas forcément des délocations. Les deux plus gros employeurs de l'industrie pharmaceutique belge, GSK et Janssen Pharmaceutica (plus de 15.000 ETP à eux deux ! ), en sont de parfaites illustrations. Le premier vaccin a été développé à Genval en 1963 et, cinq ans plus tard, le groupe Smith Kline a apporté les moyens nécessaires à son expansion planétaire. Le Dr Paul Janssen avait, lui, choisi de céder sa société à Johnson & Johnson dès 1961. Manifestement, en un demi-siècle, ces prises de contrôle étrangères ont favorisé la croissance de ces deux grandes entreprises en Belgique.

Un écosystème très attractif

La question n'est pas de s'ouvrir ou non à l'étranger mais de gérer cette ouverture. Les clusters et pôles de compétitivité se sont intelligemment appuyés sur cette présence étrangère pour bâtir les succès de demain. " Très longtemps, les biotechs wallonnes ont été invisibles sur la carte du monde, concède Frédéric Druck. Depuis quelques années, ce n'est plus le cas. Avec les Bone Therapeutics, Celyad, Mithra et autres, il y a une vraie reconnaissance mondiale. "

On n'ira pas jusqu'à parler d'un effet boule-de-neige (restons modestes) mais certainement d'une force d'attraction. Les investisseurs internationaux surveillent désormais ce triangle Leuven-Liège-Gosselies. Parfois pour racheter les innovations émergentes, souvent pour s'y associer, à l'image du groupe américain Gilead qui vient d'injecter 5 milliards de dollars dans la biotech malinoise Galapagos. " Les grands de la pharma tiennent à externaliser une partie des risques, analyse Frédéric Druck. Ils préfèrent alors conclure des partenariats avec les biotechs qui vont, elles, tenter de mener les produits vers le marché. " Ils trouvent en Belgique une réelle assise avec des universités réputées, des sociétés logistiques et de service spécialisées et un soutien public à l'innovation, à travers des incitants fiscaux ou les pôles de compétitivité. Cet écosystème commence d'ailleurs de plus en plus à attirer des sociétés innovantes qui choisissent de venir développer leurs produits en Belgique. Ces derniers mois, il y a ainsi eu l'arrivée de Miracor (Autriche), Graftys (France) ou Osivax (France).

Le défi de la formation

L'attrait ne se limite pas à la recherche. La plupart des géants de la pharma ont en effet conservé des unités de production chez nous. L'histoire continue avec l'usine Mithra à Flémalle ou le développement de MaSTherCell à Gosselies. Attardons-nous sur cette dernière, une spin-off de l'ULB, désormais dans le giron de l'américano-israélien Orgenesis : on n'y parle pas de délocaliser mais bien de quadrupler le site de production de Gosselies. " Nous n'avons pas les coûts les plus bas mais nos entreprises excellent dans la production, insiste Frédéric Druck. UCB a, par exemple, mis au point chez nous des processus opérationnels qui s'exportent dans tout le groupe. "

Le défi actuel est presque paradoxal : continuer à trouver la main-d'oeuvre nécessaire. Le secteur devrait en effet engager 3.000 personnes (remplacements inclus) cette année. " Il est vraiment crucial que plus de jeunes s'inscrivent dans les filières scientifiques et technologiques, conclut le patron d'Essenscia Wallonie-Bruxelles. Pour maintenir notre écosystème, il faut renforcer le maillon de la formation. Cela doit être l'une des priorités des prochains gouvernements. " Il prône notamment la sensibilisation des jeunes et le développement de formations en alternance, y compris dans les études supérieures.

90% de la production

du secteur pharmacetique belge est exportée.