Devenir entrepreneur est une option professionnelle qui traverse l'esprit de plus d'un travailleur. Pourtant, ceux à faire le grand saut restent une minorité. Un constat qui se vérifie particulièrement du côté des femmes. C'est du moins ce qui ressort d'une étude menée par le bureau indépendant iVOX, auprès de 1.000 femmes entre 20 et 55 ans.
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Devenir entrepreneur est une option professionnelle qui traverse l'esprit de plus d'un travailleur. Pourtant, ceux à faire le grand saut restent une minorité. Un constat qui se vérifie particulièrement du côté des femmes. C'est du moins ce qui ressort d'une étude menée par le bureau indépendant iVOX, auprès de 1.000 femmes entre 20 et 55 ans. Si une femme sur quatre déclare avoir des projets concrets d'entrepreneuriat, seulement 9 % d'entre elles se lancent réellement dans l'aventure. Un faible taux mais qui ne surprend pas vraiment Isabella Lenarduzzi, la fondatrice de Jump, une entreprise sociale qui promeut l'égalité des genres au travail. Les chiffres dont elle dispose vont d'ailleurs dans le même sens. " Seulement 30 % des indépendant sont des femmes, explique-t-elle. De plus, la majorité dispose d'un statut complémentaire et garde donc un salaire à côté. Cela signifie que les femmes n'osent pas totalement se lancer. " Une faible présence dans l'entrepreneuriat qui ne se limite d'ailleurs pas aux PME. " Depuis le 1er janvier, il existe en Belgique une réglementation instaurant des quotas au sein des conseils d'administration, précise la responsable de Jump. Trentre-trois pour cent des membres doivent désormais être des femmes. Pour le moment, on atteint en moyenne seulement 28 % et personne ne semble s'en soucier. " Une situation qui s'explique notamment par l'image de la femme au travail. Toujours selon l'étude d'iVOX, 30 % des femmes du panel expliquent que la perception négative des femmes entrepreneuses les effraie et qu'elles hésitent à se lancer. Elles sont autant à penser que les femmes ne sont pas prises au sérieux sur le plan professionnel, tandis que 42 % considèrent que la combinaison famille et entreprise n'est tout simplement pas réalisable. Pour tenter d'améliorer les chiffres de l'entrepreneuriat féminin, la célèbre plateforme de financement participatif Ulule et la marque d'eau Contrex ont décidé de s'associer dans une campagne intitulée Woman Up. Elle a pour ambition d'encourager la gent féminine à davantage faire le pari de l'entrepreneuriat. Pour ce faire, les deux acteurs soutiendront le projet de plusieurs femmes entrepreneuses en donnant, notamment, un coup de pouce à leur levée de fonds sur la plateforme. Pour chaque don versé, la marque d'eau doublera la mise jusqu'à une limite de 2.000 euros par projet. Un chiffre qui n'est pas choisi au hasard. " C'est déjà une belle somme pour se lancer, explique Lore Pieters, brand manager chez Contrex. On souhaitait également mettre en place une limite car le projet doit être solide et ne pas reposer de manière exagéree sur notre aide. " Outre l'apport financier, la marque apportera également son soutien pour la communication. " On réalisera une vidéo de promotion, nous communiquerons sur nos réseaux, ferons des conférences de presse, précise la responsable de la marque d'eau. En réalité donc, notre investissement dépasse largement le don lors du crowdfunding. Afin de s'assurer de la faisabilité des projets, une sélection se fera à l'entrée, avec l'aide des spécialistes de plateforme, qui retiendront les projets les plus prometteurs. " Dans un premier temps, six projets auront le soutien de la campagne. " Il s'agit d'une première qui permettra de juger de l'engouement. Suivant l'intérêt, Woman up pourrait prendre encore plus d'ampleur dès 2019 ", assure Lore Pieters. Si la campagne débute seulement, un premier projet a déjà été sélectionné par Woman Up. Il s'agit de Kimono Belge, une marque lancée par Sara Van Steenkiste, une Gantoise de 36 ans. Elle a pour ambition de développer une marque de kimonos et robes de chambre depuis la Belgique. Pour se lancer, elle a besoin de 5.000 euros. " La campagne démarre plutôt bien. Après cinq jours, j'ai déjà récolté près d'un tiers de la somme nécessaire ", explique Sara Van Steenkiste, qui n'est pas tout à fait novice dans l'entrepreneuriat. Elle travaille depuis quatre ans comme indépendante et a lancé Mini Office, une entreprise spécialisée dans l'assistance des tâches administratives. Elle connaît donc déjà les difficultés pour une femme de se faire une place dans l'entrepreneuriat. " Malgré ma fonction dans la direction, on me regardait souvent comme une jeune fille sans expérience ", explique l'entrepreneuse. Ce genre de situation, Els Van Aerschot la connaît aussi. Cette traductrice de formation a lancé en 2011 sa propre société, spécialisée dans la formation en langues. Son offre vise essentiellement les PME, mais son entreprise collabore aussi avec des plus grands groupes, comme Colruyt. Elle compte aujourd'hui une vingtaine d'employés. Et malgré ce joli C.V., la cheffe d'entreprise doit encore faire face aux a priori. " Lorsque je rencontre des clients pour la première fois, ils sont étonnés d'apprendre que je suis la responsable de l'entreprise, explique-t-elle. Heureusement, après 10 minutes, l'étonnement passe. Mais ce genre de situation arrive régulièrement. " Afin d'éviter ce genre de situation, Els Van Aerschot essaye d'ailleurs de s'adapter. " Notamment dans ma tenue. Je dois faire des efforts pour paraître la plus sérieuse et professionnelle possible. Je ne mettrais jamais un jean au travail, par exemple ", précise encore la cheffe d'entreprise, qui considère qu'une femme doit faire plus d'efforts qu'un homme pour arriver au même résultat. " Il faut davantage prouver qu'on est compétente, ce qui nécessite du temps et de l'énergie. Si j'avais été un homme, je pense que le développement de mon entreprise aurait pu être plus rapide. Ce que j'ai accompli en huit mois, j'aurais sans doute pu le faire en cinq en étant un homme ", explique Els. Pas de quoi pour autant démoraliser l'entrepreneuse qui préfère d'ailleurs traiter, justement, avec des hommes. " Peut-être est-ce lié à cette situation, mais je trouve que les femmes sont beaucoup plus exigeantes et dures en affaires. A choisir, je préfère donc négocier avec un homme ", sourit Els Van Aerschot. Ce qui lui arrive le plus souvent. La surreprésentation masculine aura au moins cet avantage-là pour la cheffe d'entreprise... Par Arnaud Martin.