Sale temps pour les épargnants. Le livret rapporte de moins en moins. Les baisses de taux n'en finissent plus de raboter son rendement. Au point de s'approcher de plus en plus de zéro. Les grandes banques, qui collectent la majorité de l'épargne des Belges, n'offrent plus depuis quelques jours que 0,15 %.
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Sale temps pour les épargnants. Le livret rapporte de moins en moins. Les baisses de taux n'en finissent plus de raboter son rendement. Au point de s'approcher de plus en plus de zéro. Les grandes banques, qui collectent la majorité de l'épargne des Belges, n'offrent plus depuis quelques jours que 0,15 %. Chez BNP Paribas Fortis par exemple, le leader du marché, le taux de base se monte actuellement à 0,05 % et la prime de fidélité à 0,10 %. Idem chez Belfius, ING et KBC où les comptes de base affichent désormais un rendement global de 0,15 % en tout (taux de base + prime de fidélité). Pour faire simple, cela signifie que 10.000 euros placés pendant un an chez BNP Paribas Fortis et consorts rapportent à peine 15 euros d'intérêts. Même pas de quoi aller au cinéma à deux ! Les grandes banques ne sont du reste pas les seules à proposer des taux particulièrement peu avantageux. On en trouve aussi auprès des plus petites enseignes (BKCP, Crelan, Triodos, etc.). Au total, une vingtaine de comptes affichent en ce début d'année un rendement global de 0,15 %, selon le site spécialisé guide-epargne.be. Une liste à laquelle il faut encore ajouter la moins bonne offre du marché, celle de Société Générale. Présente chez nous en tant que private banker, la filiale belge du groupe français a annoncé il y a deux semaines qu'elle abaissait carrément le taux de son livret au minimum légal, c'est-à-dire 0,11 % très exactement. Pour rappel, ce minimum légal est fixé par la loi : il s'élève à 0,01 % pour le taux de base (accordé pour chaque jour que l'argent se trouve sur le compte) et à 0,10 % pour la prime de fidélité (calculée sur le montant resté en compte pendant un minimum de 12 mois). Réservant ses services de gestion de patrimoine aux plus fortunés, la banque au logo rouge et noir n'offre donc plus sur son livret que ce taux de base minimum de 0,01 % et cette prime de fidélité minimale de 0,10 %, soit donc une rémunération totale de 0,11 %. Une première en Belgique. Jamais jusqu'ici une banque n'était descendue aussi bas depuis la mise en place de cette limite légale l'an dernier : 10.000 euros immobilisés pendant un an auprès de la petite banque privée d'origine française ne rapportent plus que... 11 euros ! Les grandes banques vont-elles suivre le mouvement et ramener à leur tour leur taux au minimum absolu ? Une chose est certaine : les taux vont rester sous pression en 2016 et on s'attend à une reprise de l'inflation (hausse des prix qui grignote le rendement réel de votre livret) autour de 1 %. Autre certitude : selon les calculs du site guide-epargne.be, le rendement des comptes d'épargne classiques auprès des grandes banques a baissé de plus de 75 % depuis 2012. L'an dernier, il est descendu de 0,40 % début janvier à 0,20 % fin décembre, et même 0,15 % chez KBC. Résultat des courses ? Pour 10.000 euros laissés en compte durant toute cette année 2015 sur le compte d'épargne ordinaire de Belfius, ce dernier n'a rapporté que 26 euros, contre 103 euros trois ans plus tôt. La chute de rendement est encore plus importante chez KBC où les mêmes 10.000 euros placés sur le livret de base n'ont généré que 21 euros d'intérêts en 2015, contre 146 euros en 2012, soit 86 % de moins qu'en 2012 ! Et le coupable est tout trouvé : il s'agit de la BCE. " A cause de sa politique d'argent bon marché, les épargnants obtiennent un rendement nettement inférieur à celui auquel ils auraient droit en temps normal ", résume Kristof De Paepe, fondateur du site guide-epargne.be. Comment dès lors épargner dans ces conditions ? Il est certes loin le temps où les comptes d'épargne en ligne des challengers pouvaient encore offrir plus de 2 %. Mais il y a toutefois encore moyen d'échapper à cette euthanasie des épargnants, ou pour le dire de manière plus polie cette politique de répression financière voulue par la BCE (maintien des taux d'intérêt artificiellement bas pour relancer l'économie). Celui qui prend la peine de comparer les offres sur le marché pourra encore trouver des différences de taux non négligeables. Ainsi, par rapport aux comptes classiques et très peu généreux des grandes banques, il est possible d'ajouter jusqu'à 1 % de rendement en plus en choisissant un autre compte au sein de sa banque favorite ou en ouvrant un dans une autre banque. Exemple ? La petite banque en ligne d'origine néerlandaise MoneYou : son Compte Plus propose pour le moment un rendement de 1,15 % (taux de base de 0,05 % + prime de fidélité de 1,10 %), soit donc effectivement 1 % de plus que les 0,15 % des grands réseaux d'agences (BNP, etc.). Pour un dépôt de 50.000 euros, cela fait tout de même une différence de 500 euros. L'astuce ? Dotées d'une structure légère, ce genre de petites banques en ligne ne doit pas entretenir un coûteux réseau d'agences (bâtiment, personnel). Si bien que " les taux sur les comptes d'épargne avec les rendements les plus élevés ont baissé de manière beaucoup plus limitée que ceux sur les comptes classiques auprès des grandes banques, nous explique Kristof De Paepe. La différence entre les moins bonnes offres des grandes banques et les meilleurs comptes n'a jamais été aussi grande. Ceux qui font l'effort de comparer peuvent trouver un compte qui rapporte jusqu'à 10 fois plus. " Fort bien. Ceci dit, avec la baisse des taux et l'arrivée de toute une série de nouveaux acteurs notamment étrangers sur le marché, voulant capter une partie de l'abondante épargne des Belges (261 milliards d'euros), et qui offrent tous des comptes assortis de conditions différentes, il est de plus en plus difficile pour l'épargnant de savoir quel compte est le mieux adapté à son profil (lire l'encadré " Quatre types de compte d'épargne "). Comme le souligne Kristof De Paepe, les réformes successives du livret n'ont pas eu l'effet désiré en matière de transparence. " Le fonctionnement du compte d'épargne est devenu extrêmement compliqué, note- t-il. Certes, le nombre de comptes par banque a été réduit. Mais beaucoup de comptes pour jeunes ont été remplacés par les comptes à versements mensuels dont l'utilisation est complexe. Surtout quand il faut retirer de l'argent : le faire de manière optimale est presque impossible. La prime de fidélité reste quant à elle calculée sur un an mais est payée chaque trimestre. Et j'en passe. Tout cela pour un produit qui devrait être simple ", dit-il. Pour s'y retrouver dans la jungle des offres, gardons à l'esprit que les banques proposent le plus souvent deux types de compte d'épargne : un premier avec un taux de base beaucoup plus élevé que la prime de fidélité (0,80 % + 0,20 %) et un deuxième qui présente une prime de fidélité élevée assortie d'un faible taux de base (0,10 % + 0,85 %). Mais on trouve aussi depuis quelque temps des comptes à taux unique comme le ME3 de MeDirect (1,20 % net). Particularité : ce sont des comptes d'épargne non réglementés. Attention : les intérêts sont soumis au précompte mobilier, qui se monte désormais à 27 % ! Ce qui n'est pas le cas, rappelons-le, des comptes classiques dont les intérêts sont toujours pour le moment exonérés de précompte tant qu'ils ne dépassent pas 1.880 euros d'intérêts par personne.Enfin, certaines banques ont aussi lancé les comptes avec une limite de versement mensuelle (ou annuelle). Citons à ce propos le compte Epargne Tempo chez ING qui procure un taux global de 1,6 %, le tout nouveau DB Saving Plan de Deutsche Bank (1,5 %), le Ritmo de bpost (1,35 %), le compte Epargne + de Belfius (1,20 %), le compte Etoile de BNP Paribas Fortis (1,15 %) ou encore le Start2Save de CBC (1 %). Impossible cependant de placer directement une somme d'argent importante sur ce genre de compte. Les dépôts sont limités à 500 euros par mois (750 euros pour le compte Etoile de BNP qui offre la possibilité de verser en une fois la somme maximale de 9.000 euros par an : 12 x 750 euros). Bref, un compte n'est pas l'autre. Additionner simplement taux de base et prime de fidélité n'est pas suffisant pour trou-ver le compte qui convient. Surtout en cette période de taux ultra-bas où les banques s'escriment à trouver le moindre avantage comparatif pour sortir du lot, jouant en particulier sur la prime de fidélité pour se distinguer. " Trois critères doivent être pris en compte pour trouver le compte qui convient, suggère Kristof De Paepe. S'agit-il d'épargner pour quelques mois, pour plusieurs années et quel est le montant à placer ? Quelqu'un qui veut placer de l'argent à court terme doit plutôt se tourner vers un compte avec un taux de base élevé. Pour le long terme, il vaut mieux jouer la carte du taux global le plus élevé possible (taux de base + prime de fidélité). " Autrement dit, certaines offres sont plus adaptées pour une épargne à court terme, d'autres pour des économies destinées à rester plusieurs années en compte et combiner les deux types de comptes peut s'avérer dans certains cas judicieux. Quant aux formules à versements mensuels, elles ne peuvent pas convenir aux épargnants qui ont une somme de départ à placer. Elles ciblent plutôt les clients qui décident de se constituer progressivement une épargne... ou d'avoir un deuxième compte. Rappelons également que les taux affichés d'un compte d'épargne ne sont jamais garantis. Ils peuvent être à tout moment revus à la baisse. Autrement dit, on n'est jamais sûr du taux un an plus tard. De sorte que le meilleur compte d'une année n'est pas nécessairement celui de l'année qui précède ni de celle à venir. Ainsi, pour 2015, c'est le Distingo Plus de PSA Bank qui a offert, selon les calculs du site guide-epargne.be, le meilleur rendement pour les épargnants passifs. En 2014, le meilleur compte se trouvait chez NIBC Direct et, en 2013, chez Evi (groupe Van Lanschot). On s'en voudrait de terminer ce tour d'horizon sans rappeler que le livret bénéficie toujours de la garantie des 100.000 euros. Il offre en outre la garantie de ne pas pouvoir rapporter moins de 0,11 %. Les banques ne peuvent en effet comme mentionné pas descendre en dessous de ce plancher fixé par la loi. Du moins pour le moment. Car rien ne dit en effet qu'il ne pourrait pas y avoir du changement à ce niveau-là dans un avenir proche. Une modification de ce cadre légal n'est pas impossible. " Si la BCE aggrave la négativité des taux d'intérêt, cela va immanquablement se transmettre dans tous les circuits bancaires et ceux des compagnies d'assurances, comme on le constate en Suisse ou au Japon, assure le chief economist de Degroof Petercam Bruno Colmant. Le rendement des obligations d'Etat devient négatif et cela pénalise gravement la rentabilité de ces institutions qui doivent, à leur tour, diminuer le rendement des dépôts bancaires et de ceux des compagnies d'assurances. Est-ce que les taux des dépôts ou le rendement des polices d'assurances-vie pourrait devenir négatif ? Ce n'est pas exclu, encore que ce serait catastrophique car les particuliers préféreraient conserver leurs économies en liquide plutôt que sur un compte bancaire, sauf si le plafond des transactions en espèces baissait, ce qui s'assimile à un contrôle des capitaux. Cela conduirait à un transfert de richesse des créanciers vers les emprunteurs, c'est-à-dire exactement l'inverse d'un circuit financier normal ", conclut-il.