" La digitalisation des services bancaires s'accélère. Elle est inarrêtable ", a-t-il déclaré. La fréquentation dans les agences a baissé d'environ 30% en deux ans. Les applications bancaires, une fois lancées, décollent rapidement. Les recours aux robots se multiplient, du tri du courrier à la gestion de portefeuille. Le smartphone remplace le guichet. Et tout cela a des répercussions sur l'emploi. D'ici à 2021, la filiale belge de BNP fermera 267 agences sur les 678 qu'elle possède, et réduira l'emploi de 2.200 unités.

On dit que chez Fortis, la réduction ne se fera pas à " la hollandaise ". ING n'avait pas manié la hache avec beaucoup de ménagement pour couper voici deux ans dans son personnel belge (plus de 400 licenciements secs et 3.150 emplois passés à la trappe). Mais chez Fortis, il s'agit quand même de supprimer quatre agences sur 10 dans le réseau, et le sort des agences indépendantes est tout sauf clair : leur disparition devrait tout de même se solder par des licenciements secs.

La digitalisation dévore sans doute les vieux emplois traditionnels. Mais, honnêtement, la modernisation et l'automatisation des banques ne datent pas d'hier. Cela a commencé par le traitement des virements, l'apparition du Bancontact, puis du selfbanking, puis de la banque internet et maintenant des applications mobiles. Et chaque fois de vieux emplois sont passés à la trappe.

Le développement du numérique n'est pas l'ogre qui dévorerait tous les emplois.

Alors, pourquoi BNP Paribas Fortis avait-elle besoin de réaliser des économies en urgence, elle qui a enregistré l'an dernier un bénéfice de plus de 1,9 milliard d'euros, en hausse de 1,8% par rapport à l'année précédente ? Pourquoi cette hâte ?

La popularité des applications mobiles et la robotisation sont des explications, mais elles ne sont pas suffisantes. BNP, comme les autres, est aussi obligée de revoir son business plan. Les banques tablaient encore voici quelques mois sur une remontée des taux d'intérêt, qui leur aurait permis de retrouver des marges plus confortables sur les crédits et de ne plus se faire pénaliser en déposant leur surplus de trésorerie auprès de la banque centrale. Mais la Banque centrale européenne, en révisant tout récemment à la baisse les perspectives de croissance de la zone euro, a indiqué qu'elle n'allait pas rehausser ses taux cette année. Et elle a cassé l'espoir d'une profitabilité retrouvée.

Les banques sentent donc qu'il vaut mieux réparer le toit quand il ne pleut pas encore. BNP, qui a des filiales dans des pays " sportifs " comme la Turquie ou l'Italie, en est la première consciente. Et par-dessus le marché, la régulation s'en mêle, qui exige des grandes banques toujours plus de fonds propres pour affronter les chocs futurs.

Proximus aussi avait brandi l'argument de la digitalisation lorsqu'il avait annoncé le sacrifice de 2.000 emplois au début de cette année. Or le groupe avait surtout réagi à l'arrivée possible d'un quatrième opérateur télécom qui allait nécessairement réduire pour chacun les parts du gâteau. La digitalisation a donc bon dos. On la charge un peu trop de tous les maux, surtout en cette période où menace la récession, parce que c'est une explication facile et déresponsabilisante.

Mais des études tendraient à montrer que le développement du numérique n'est pas l'ogre qui dévorerait tous les emplois. Voici quelques mois, Manpower publiait le résultat d'une enquête réalisée auprès de 20.000 entreprises dans le monde. Et 90% des sondés estimaient que la digitalisation, comme tout progrès technique majeur, n'allait pas vers une destruction d'emplois mais, au contraire, allait créer de nouvelles fonctions et de nouveaux contenus de fonctions. Mais pour que cette dynamique fonctionne, il faut bien sûr de la croissance...