"Quand on me demandait, à l'école primaire, ce que je voulais devenir plus tard, je répondais 'agent de change', parce que ma grand-mère me l'avait dit, se souvient René Havaux. Je devais ensuite expliquer ce que c'était. " Vocation bien naturelle pour le petit René, dont le grand-père, René Havaux senior, était devenu agent de change en 1931. Mais avec un enthousiasme pas toujours béat : " Quand je suis sorti de l'Ichec en 1985, j'ai aussitôt été travailler dans la société familiale. Et je me sentais un peu puni dans ce petit bureau réunissant cinq ou six personnes, alors que mes copains de promotion bénéficiaient de brillantes perspectives de carrière dans de grandes sociétés. Mon sentiment s'est toutefois modifié, car nous avons connu une jolie croissance au cours des années 1990, pour arriver à 45 personnes en 2000, au moment de la vente de Havaux à Delen. " On imagine que l'intéressé a encore moins de regrets aujourd'hui, puisque le voilà devenu président de son repreneur !
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"Quand on me demandait, à l'école primaire, ce que je voulais devenir plus tard, je répondais 'agent de change', parce que ma grand-mère me l'avait dit, se souvient René Havaux. Je devais ensuite expliquer ce que c'était. " Vocation bien naturelle pour le petit René, dont le grand-père, René Havaux senior, était devenu agent de change en 1931. Mais avec un enthousiasme pas toujours béat : " Quand je suis sorti de l'Ichec en 1985, j'ai aussitôt été travailler dans la société familiale. Et je me sentais un peu puni dans ce petit bureau réunissant cinq ou six personnes, alors que mes copains de promotion bénéficiaient de brillantes perspectives de carrière dans de grandes sociétés. Mon sentiment s'est toutefois modifié, car nous avons connu une jolie croissance au cours des années 1990, pour arriver à 45 personnes en 2000, au moment de la vente de Havaux à Delen. " On imagine que l'intéressé a encore moins de regrets aujourd'hui, puisque le voilà devenu président de son repreneur ! Cette nomination était attendue, car René Havaux est vice-président de Delen Private Bank depuis cinq ans. Bon bilingue, marié avec une Flamande et habitant dans la province d'Anvers, à la frontière du Brabant, il n'a évidemment rien d'une pièce rapportée exotique pour la banque privée d'origine scaldéenne. La promotion n'en reste pas moins remarquable, voire surprenante, quand on observe que, globalement, les dirigeants des sociétés absorbées disparaissent souvent des écrans ou, au mieux, font de la figuration... " Chez Delen Private Bank, toutes les personnes reprises dans le groupe sont restées, explique René Havaux. Chez nous comme dans l'équipe Capfi ( Capital & Finance, gestionnaire repris en 2007, Ndlr). Cela tient beaucoup à la personnalité de Jacques Delen, qui a la capacité d'allumer l'enthousiasme des collaborateurs. " Du reste, René n'est pas seul à demeurer en piste 19 ans plus tard : son frère Philippe est CEO de Delen Luxembourg, assisté d'Olivier, troisième membre de la fratrie. De toute manière, chez Delen, on est visiblement un peu différent puisque Paul De Winter, le président sortant, ne part pas en retraite mais redevient opérationnel sur le terrain, en tant que patron de l'équipe commerciale d'Anvers, comme il le souhaitait. Différence encore, quand on aperçoit Eric De Keuleneer parmi les administrateurs. Ses compétences économiques et son expérience du monde bancaire sont indéniables, mais toutes les institutions financières ne se seraient sans doute pas accommodées de son franc-parler. Au fait, que pense-t-il de la nomination de René Havaux au poste de président exécutif ? Aucune objection, bien au contraire : " C'est un homme mesuré, qui a la gestion de patrimoine dans toutes ses fibres. La personne idéale pour assurer la continuité ". Si les frères Havaux sont restés dans la banque, c'est évidemment qu'ils s'y sentent à l'aise, en phase avec son ADN. " Tant Paul De Winter que Jacques Delen (aujourd'hui président du conseil d'administration) sont des personnes très qualitatives, juge René Havaux. Et tant au niveau technique, car ils maîtrisent vraiment leurs dossiers, qu'au niveau humain. Nous l'avons tout de suite ressenti. " C'est d'ailleurs ce qui a précipité la décision car, au départ, la famille était en discussion avec d'autres banques. C'est un peu par hasard que Jacques Delen a alors vent de l'affaire. Il se fait envoyer des documents d'urgence, durant un week-end du mois d'août, et une réunion est organisée deux jours plus tard. La vente est définitivement conclue en automne 2000. Beau timing pour les frères Havaux : la bulle technologique éclate quelques mois plus tard et la Bourse chute, tout comme la valorisation des intermédiaires financiers ! Mais Jacques Delen n'est pas dupe, qui déclara plus d'une fois : " Je ne peux racheter vos sociétés familiales que lorsque leur valorisation est très bonne, vous ne me la vendriez pas après une crise... " La réputation de Delen Private Bank tient notamment au fait que la banque est restée prudente au début des années 2000, quand d'autres cédaient à l'euphorie. " Les clés d'un bon investissement, c'est de pouvoir patienter, de ne subir que des dégâts réparables et de ne pas être obligé de sauter du navire en pleine tempête ", juge René Havaux, à la lumière de la crise de 2008. Vu sous un angle plus positif, il s'agit de diversifier suffisamment et de sélectionner de la qualité : elle flanche moins... et rebondit plus rapidement. A contrario, il est des actifs que l'on refuse : pas question d'actions affichant un rapport cours-bénéfice de 500, ou de papiers en livre turque, affirme-t-il. Ceci n'exclut toutefois pas de sortir des sentiers battus. " Notre gestion a bénéficié, au cours des 10 dernières années, de notre engagement dans des produits hybrides, tels que les obligations perpétuelles, convertibles ou à haut rendement. Une bonne asset allocation (allocation d'actifs) compense la difficulté croissante du stock picking, ou choix d'actions individuelles. " La banque a pour habitude d'investir en direct plutôt que via des fonds spécialisés. Pas de fonds axé sur les marchés émergents, par exemple, mais des positions en titres comme Jardine Strategic ou CK Hutchison, deux holdings très diversifiés en Asie. Même chose pour les valeurs ESG (environnement, société et gouvernance) : " Nous avons jugé qu'il n'avait pas de sens d'afficher un fonds ESG en laissant entendre que le reste des positions échappait à tout critère de ce genre. Mais plutôt que de réinventer la roue, nous avons entre autres adopté les critères de sélection du fonds souverain norvégien, dont les investissements sont filtrés par une centaine de personnes. " Une bonne gestion, c'est d'abord du bon sens. Voyez le scandale Madoff, la plus grosse escroquerie de tous les temps : " Quand vous demandez ce qu'il y a dans les portefeuilles et qu'on vous répond que c'est un secret, vous déclinez, tout simplement ", explique René Havaux. Le soutien à des soirées philanthropiques et événements culturels participe à l'image d'une banque privée. Outre la foire d'art Brafa de Bruxelles et la Biennale de Courtrai, Delen soutient les Grandes conférences catholiques et le festival Musica Mundi. Sans oublier le golf, bien sûr : ne fait-il pas partie de l'image d'un banquier privé ? " C'est très sympathique, mais il ne faut pas abuser, sourit le nouveau président : nous devons rester un gestionnaire de patrimoine et non devenir un organisateur d'événements." Lui-même n'est pas golfeur, contrairement d'ailleurs à la plupart des dirigeants de la banque, et encore moins mondain. Quand René Havaux va prendre de l'air et du recul, ce n'est pas à Knokke, mais en Bretagne, dans sa maison des bords de mer. Avec pour passion la pêche entre amis. A défaut de grands voyages (" pas le temps, malheureusement "), il parcourt le sentier des douaniers de la Côte de Granit Rose en VTT. " Que des loisirs simples, constate-t-il, dont font partie les réunions de famille. " On ne saurait toutefois s'arrêter là, car il est un hobby qui sort du lot : le bricolage. En réalité, les termes sont faibles : c'est plus qu'un hobby et beaucoup plus que du bricolage. René Havaux a en effet (re)construit sa maison lui-même ! " Pendant 10 ans et avec l'aide de mon beau-père, j'ai passé tous les week-ends et jours de congé à retaper une vieille ferme. J'ai maçonné environ 45.000 briques. Si je veux un jour changer de métier, pas de problème, je deviendrai entrepreneur ", sourit-il. Les commentateurs anglo-saxons ont pris l'habitude d'opposer les entreprises numériques, voire les banques, aux entreprises classiques et très concrètes, qualifiées de brick and mortar, soit brique et mortier. Chez Delen Private Bank, le patron est clairement brick and mortar !