Si un quart des investisseurs croient à une baisse des taux dès mercredi, ils sont une écrasante majorité à la prévoir dès l'été, selon l'évolution des produits à terme observée par CME Group.

Depuis fin janvier, la Fed a déclaré s'armer de "patience" avant d'agir sur les taux, mais elle pourrait mercredi abandonner cette posture en se tenant désormais aux aguets vis-à-vis des risques qui menacent la croissance américaine.

L'inflation, qui est nécessaire à petites doses pour la vitalité d'une économie, est toujours languissante (1,5%). Aux yeux de nombreux économistes, comme ceux de JPMorgan Chase, il y a près d'une chance sur deux (45%) pour que la première économie mondiale entre en récession l'année prochaine.

L'industrie manufacturière commence à montrer des signes de faiblesse, selon de récents indicateurs, et les créations d'emplois ont ralenti en mai. Mais surtout la guerre commerciale avec la Chine avec sa menace de nouveaux tarifs douaniers punitifs assombrit grandement l'horizon.

Mardi toutefois, Donald Trump a promis une reprise du dialogue avec son homologue chinois Xi Jinping au cours du sommet du G20 à la fin du mois au Japon pour parvenir à un accord commercial.

Pour Joel Naroff, économiste indépendant, alors que le moteur de la consommation continue de tourner (+0,5% pour les ventes de détail en juin), "les fondamentaux de l'économie restent bons mais ce sont les problèmes politiques qui menacent".

"Les risques pour les perspectives de l'économie sont clairement orientés à la baisse", a résumé pour sa part Joe Gagnon du Peterson Institute for International Economics (PIIE). Cet ancien économiste de la Fed exclut toutefois une baisse immédiate des taux.

A ces grandes tendances, s'ajoutent les invectives de Donald Trump vis-à-vis d'une banque centrale dont il conteste la politique monétaire depuis la fin de l'année.

- Tirs croisés -

Le week-end dernier, il a assuré que le Dow Jones, l'indice des valeurs vedettes à Wall Street, serait supérieur de 10.000 points sans la politique monétaire de Jerome Powell, le patron de la Fed qu'il a lui-même choisi et avec qui il se dit "en désaccord".

Les taux d'intérêt au jour le jour de la Fed se situent actuellement entre 2,25% et 2,50%.

En février, la Maison Blanche aurait même activement exploré la possibilité de priver M. Powell de son titre pour en refaire un simple gouverneur, a affirmé Bloomberg News mardi. Un projet qui n'est "pas d'actualité maintenant", a assuré l'économiste en chef de Donald Trump, Larry Kudlow.

Mais M. Trump a laissé planer le doute lorsque des journalistes lui ont demandé s'il avait l'intention de rétrograder M. Powell: "voyons ce qu'il va faire", a-t-il lancé.

Le président Trump a aussi reproché à la Banque centrale européenne de faire chuter l'euro par rapport au dollar en projetant de stimuler à nouveau l'économie stagnante, ce qui est, selon lui, "injuste" pour les Etats-Unis.

Le patron de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi, ou "Mario D" comme l'appelle Donald Trump dans ses tweets, s'est immédiatement défendu de vouloir agir sur les taux de change.

C'est entre ces tirs croisés que Jerome Powell tiendra une conférence de presse à 14H30 locales (18H30 GMT) après la publication du traditionnel communiqué et de nouvelles prévisions économiques.

"On s'attend à ce que les membres de la Fed indiquent qu'ils sont prêts à baisser les taux" prochainement, ont indiqué les analystes de HFE.

Le plus évident serait d'ôter le mot "patient" du communiqué officiel, a notamment estimé Kathy Bostjancic, économiste en chef d'Oxford Economics pour les Etats-Unis.

Jerome Powell lui-même a laissé entendre début juin que la banque centrale se tenait prête à faire un geste vers des taux plus bas si nécessaire.

"Nous surveillons de près l'impact que peuvent avoir les développements (de la guerre commerciale) sur les perspectives de croissance de l'économie américaine et, comme toujours, nous agirons de manière à soutenir l'expansion", avait déclaré M. Powell à Chicago.