Ils sont 122.600 à être millionnaires, voire milliardaires ! " Ils ", ce sont ces Belges dont le compte en banque affiche au minimum un million de dollars (± 900.000 euros). Jamais la Belgique n'a compté autant de riches particuliers. Bonne nouvelle pour les Degroof Petercam et compagnie. Sauf que, ô surprise, ce n'est plus trop le grand amour entre ces millionnaires made in Belgium et leur banquier haut de gamme. De de tous les millionnaires répartis aux quatre coins de la planète, le Belge est même celui qui est aujourd'hui le moins content de son gestionnaire de fortune.
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Ils sont 122.600 à être millionnaires, voire milliardaires ! " Ils ", ce sont ces Belges dont le compte en banque affiche au minimum un million de dollars (± 900.000 euros). Jamais la Belgique n'a compté autant de riches particuliers. Bonne nouvelle pour les Degroof Petercam et compagnie. Sauf que, ô surprise, ce n'est plus trop le grand amour entre ces millionnaires made in Belgium et leur banquier haut de gamme. De de tous les millionnaires répartis aux quatre coins de la planète, le Belge est même celui qui est aujourd'hui le moins content de son gestionnaire de fortune. C'est en tout cas l'étonnant constat du cabinet de conseil Capgemini dans son dernier rapport sur l'état de fortune des particuliers aisés, les High Net Worth Individuals (HNWI), comme on les appelle en anglais, c'est-à-dire les individus qui détiennent au moins un million de dollars d'actifs financiers (hors résidence principale). Sur la base des réponses récoltées auprès de 2.600 HNWI dans 19 pays (en Amérique du Nord, en Amérique latine, en Europe et en Asie-Pacifique), le World Wealth Report édition 2018 de Capgemini montre en effet que le taux de satisfaction des clients belges en private banking s'est dégradé ces deux dernières années, malgré des performances de gestion appréciables. Comment expliquer cette insatisfaction du Belge envers son gestionnaire de fortune ? Pour Robert van der Eijk, CEO de Capgemini Belux, plusieurs élements entrent en ligne de compte. Il y a d'abord la dimension socio-culturelle : " Le Belge est toujours un peu plus conservateur et donc souvent plus difficile à satisfaire, avance l'expert de Capgemini. Là où un Américain donnera un 9/10 pour évaluer un service ou un produit, le Belge sera un peu plus critique et donnera seulement un 7/10. Même aux Pays-Bas, où les performances sont un peu moins bonnes, la satisfaction est meilleure qu'en Belgique. En fait, les clients belges sont plus négatifs dans leur appréciation, sans que ce soit toujours objectif. " C'est en effet aux Etats-Unis, aux Pays-Bas, en France, en Suisse et à Hong Kong que le niveau de satisfaction des clients est le plus élevé. Selon les auteurs du rapport, les riches Américains sont même les plus satisfaits de leur gestionnaire de patrimoine (75,2 %) alors que dans le reste des régions, le taux de satisfaction ne dépasse pas les 70 %. C'est pourtant en Asie, et non aux Etats-Unis, que la croissance des avoirs de ces heureux HNWI a été la plus importante au cours de l'année écoulée, avec une hausse de 14,8 % des actifs sous gestion, contre 10,3 % en Amérique du Nord, tandis que l'Europe s'inscrit en retrait à 7,8 %. Chez nous, les millionnaires ont, quant à eux, vu leur bas de laine gonfler de 8 % en raison, notamment, de " la croissance du PIB, de la progression des Bourses et d'un marché immobilier lui aussi à la hausse ", note Robert van der Eijk. Mais voilà : ces gains ne les empêchent pas de faire la moue face à leur banquier privé. Car au-delà de cet aspect socioculturel, des tendances plus actuelles sont aussi à l'origine de cette insatisfaction, à commencer par le profil de cette clientèle fortunée. " Nous constatons un rajeunissement de la population des millionnaires, observe Robert van der Eijk. C'est le cas aux Etats-Unis et en Asie mais aussi en Belgique. " Bien sûr, tout le monde ne s'appelle pas Kevin De Bruyne. Chez nous, ce rajeunissement vient du fait que " de plus en plus de ces HNWI d'un certain âge transmettent leur patrimoine à leurs enfants ou à leurs petits-enfants via la planification successorale et les donations ", poursuit l'expert de Capgemini. Le problème, pour les professionnels de la gestion de fortune, c'est que cette clientèle plus jeune et plus dynamique compare davantage les performances et les tarifs que les anciennes générations. " Elle veut de la transparence et des services additionnels, reprend Robert van der Eijk. Cette satisfaction en baisse est donc un wake-up call pour les banquiers privés belges. Avec l'entrée en vigueur de la directive MiFID II, certains vont être étonnés de voir ce que leur coûte leur banque quand ils recevront le détail des frais de gestion début de l'année prochaine. Cela risque de susciter pas mal de critiques. Les banques privées belges vont devoir rattraper le retard sur ce terrain-là. " Fini, en effet, le old money qui se contentait d'un portefeuille à peine diversifié aux performances moyennes en partie mangées par des frais cachés. Place au new money (jeunes entrepreneurs du Net, par exemple) qui est, lui, à la recherche de placements plus efficaces et moins chers. Selon les experts de Capgemini, le tsunami numérique joue lui aussi un rôle important dans cette évaluation négative. " Comme la population de ces millionnaires rajeunit, elle est aussi plus friande de nouvelles technologies, note Robert van der Eijk. Elle est de plus en plus demandeuse d'un modèle hybride, c'est-à-dire combinant conseil personnalisé, contact humain et canaux digitaux. C'est une tendance qui s'accélère, y compris en Belgique. " Même s'il n'est pas certain que les géants du Net (Amazon, Alibaba, etc.) débarquent un jour sur le marché lucratif de l'asset management, les grands noms de la gestion de fortune se préparent bel et bien à leur arrivée en investissant dans de nouvelles technologies telles que l'automatisation intelligente et l'intelligence artificielle, souligne Capgemini." Or, nous sommes un peu à la traîne en Europe de ce point de vue-là ; les banquiers privés belges vont devoir rattraper leur retard ", précise Robert van der Eijk. Quel que soit le modèle ou le moment où les Alibaba et consorts pénétreront le marché, Capgemini insiste en effet sur le fait que " les gestionnaires de patrimoine doivent adapter leurs choix d'investissement et s'éloigner des modèles traditionnels pour favoriser une approche plus dynamique de gestion de portefeuille ". Malgré tous ces défis, 2017 fut néanmoins un bon millésime pour les millionnaires en Belgique. En un an, leur nombre a augmenté de 7,3 % et leur richesse globale a crû, approximativement, du même pourcentage. Au total, ces 122.600 millionnaires possèdent désormais plus de 314 milliards de dollars, contre 290 milliards un an plus tôt. " Une belle croissance ", souligne Robert van der Eijk. Une croissance qui porte le patrimoine moyen de chacun de ces millionnaires belges à 2,5 millions de dollars, soit un bon 2 millions d'euros. Notons enfin qu'au classement des pays qui abritent le plus grand nombre de millionnaires ( voir tableau ci-dessus), les Etats-Unis arrivent en tête avec plus de 5 millions de HNWI. Loin devant la Belgique qui ne fait pas partie de ce top 20 malgré ses 122.600 millionnaires, les Etats-Unis devancent le Japon (3.162.000), l'Allemagne (1.365.000) et la Chine (1.256.000). L'an dernier, plus de 60 % de la population des HNWI était concentrée dans ces quatre pays !