Il y a d'abord eu, début octobre, ce tweet du patron du groupe, Ralph Hamers : " Des choses excitantes vont se passer, sur lesquelles je pourrai vous en dire plus lundi ". " Exciting time " en effet, puisque quelques heures plus tard le CEO dévoilait un plan visant à supprimer 7.000 emplois en cinq ans, dont 3.500 en Belgique !

Quelques jours après, le directeur des ressources humaines du groupe, Hein Knaapen, a ajouté une couche, mettant le doigt sur les avantages exorbitants d'une partie du personnel. " Payer ses salariés au-delà du niveau du marché est mortel. Si vous avez 55 ans et gagnez plus de 20 % que ce que gagne le marché, félicitations : vous êtes tout simplement dépendant. Le pire qui puisse arriver à un employeur est de voir ses salariés devenir dépendants. "

Hein Knaapen a dû s'excuser. Mais pendant ce temps, on apprenait que Ralph Hamers avait bénéficié en 2016 d'une hausse de 28 % de son salaire.

Et puis voici qu'aujourd'hui, Rik Vandenberghe, le CEO d'ING Belgique, annonce sa volonté de quitter la banque pour aller diriger le groupe de construction Besix, un projet " exaltant ", dit-il, ajoutant : " Je sais que je laisse ING dans les mains de personnes très compétentes. ING n'a jamais été dépendante d'individus mais bien de la force d'un travail d'équipe. Une équipe parée pour relever les nouveaux défis ".

Sur le fond, la décision de Rik Vandenberghe lui appartient. Peut-être se sentait-il désarmé face aux directives rigides émanant du siège central d'ING ? On ne s'étendra pas sur cette conséquence, une de plus, de la disparition des centres de décision dans notre pays. L'homme a passé 30 ans dans la banque belge et il n'a sans doute pas été facile de vivre la brutalité de la réorganisation imposée d'Amsterdam qui prévoit 1.700 licenciements secs en Belgique. Il a d'ailleurs essayé ce mercredi encore d'adoucir les discussions en invitant les syndicats.

Mais sur la forme, il y a beaucoup à dire. On doute en effet que les employés d'ING Belgique trouvent " exaltant " d'être abandonnés au milieu du gué.

Comprenons-nous bien : le nouveau modèle mis en place par ING pour lui permettre de faire face aux coûts de la régulation, à la période prolongée des taux bas et aux nouveaux comportements des clients est peut-être le bon. Ce virage stratégique a été loué par le Financial Times qui estime que le groupe a pris quelques longueurs d'avance. Mais la communication autour de ce plan entame non seulement l'image de la banque auprès de ses "stakeholders" (employés, clients, fournisseurs, régulateur, etc.), elle écorne aussi - et on en est conscient chez les concurrents d'ING - celle du secteur en général, accusé une fois encore de négliger l'élément social et humain. Car " nommer, c'est faire exister ", rappellent les experts en marketing. La banque, selon ING, serait donc une entreprise dans laquelle il ne convient pas de demander un salaire supérieur à la moyenne du secteur ; où l'employé ne doit pas être trop " dépendant " de la société (il est prié de quitter son entreprise s'il trouve mieux ailleurs) ; où le personnel est néanmoins invité à se serrer les coudes pour assumer une réorganisation drastique au terme de laquelle, dans cinq ans, un emploi sur trois aura disparu. Cela alors que le haut management part embrasser d'autres projets plus exaltants ou ne songe qu'à ses ratios financiers...

Le sociologue François Dupuy, dans son livre Lost in management. La vie quotidienne des entreprises au XXIe siècle (Seuil), avait brossé voici quelques années un portrait peu flatteur de certaines de nos entreprises où, faute de confiance, de simplicité et d'un minimum de connaissance des comportements voire d'empathie, la gestion des ressources humaines se révélait tout bonnement catastrophique. Le constat reste visiblement d'actualité.